Elf (John Debney)

Debney au pays du Père Noël

Disques • Publié le 23/12/2011 par

ElfELF (2003)
ELFE
Compositeur :
John Debney
Durée : 30:09 | 17 pistes
Éditeur : Varèse Sarabande

 

3.5 out of 5 stars

Grand spécialiste de la comédie familiale hollywoodienne, John Debney a déjà mis en musique depuis le début de sa carrière pas moins de cinq films exclusivement consacrés aux fêtes de Noël, sans compter tous les autres où Noël peut être évoqué au détour d’une scène et par conséquent dans la musique. Parmi tous ces travaux, Elf (Elfe) est sans doute le plus réussi et c’est de toute façon le seul à être disponible en écoute isolée. Outre le fait de marquer le début de la collaboration entre le compositeur et Jon Favreau, qui se poursuivra brillamment avec Zathura et Iron Man 2, ce score permet de bénéficier d’un condensé de tous les clichés musicaux liés au Noël à l’américaine et constitue donc un parfait « best of » pour les amateurs du genre. Si l’album édité par Varèse Sarabande dure à peine trente minutes, sachant que le film en contient beaucoup plus, l’ensemble se révèle néanmoins cohérent et équilibré, alternance parfaite de comédie, de merveilleux, d’action et d’émotion, chaque piste s’interrompant juste à temps pour éviter à l’auditeur une indigestion de guimauve, fort peu recommandable s’il a déjà abusé du foie gras et de la dinde aux marrons.

 

Tout d’abord, en bon héritier de la tradition, Debney déploie ce qu’on pourrait appeler «l’arsenal de Noël» : carillon cristallin, grelots en abondance, reprise régulière du classique Jingle Bells, mélodie sifflée puis fredonnée par un chœur facétieux façon Christmas Carol, glockenspiel et flûtes paraissant tout droit sortis de La Flûte Enchantée de Mozart… Le compositeur démarre sur les chapeaux de roues dès Papa Elf en introduisant un premier thème très entraînant, à la fois léger, dynamique et émouvant, propulsé par des cuivres déjà triomphaux, sans oublier une bonne dose d’humour ! Il présente ensuite dans le Main Title le thème principal de sa partition, très inspiré, ample, lyrique et généreux. Centre névralgique de la composition, réapparaissant à intervalles réguliers et sur divers modes tout au long du score, ce thème fonctionne à tel point qu’Alan Silvestri s’en servira très largement pour The Polar Express (Le Pôle Express), autre musique de Noël fort réussie.

 

Will Ferrell, un cancre en puissance

 

Par la suite, comme il se doit dans toute comédie familiale qui se respecte, Debney va enchaîner les morceaux de mickeymousing, sans doute les moins intéressants mais toujours bien écrits et orchestrés, illustrant fidèlement les délires puérils d’un Will Ferrell hystérique catapulté dans un monde qu’il prend pour un gigantesque terrain de jeu. Le compositeur s’amuse alors avec les figures imposées et décide d’accompagner les aventures new-yorkaises de Buddy d’une musique de jazz Big Band endiablée (Christmas Medley, Attack Of The Little People), prouvant par-là de façon convaincante sa capacité à imiter tous les styles et à se fondre dans tous les genres. Le film contenant également, contre toute attente, quelques scènes d’action destinées à nous faire croire que les enjeux sont importants (Buddy se lance dans une épique bataille de boules de neige afin de porter secours à son jeune frère, le traîneau du Père Noël se crashe dans Central Park et l’on débauche rien moins que la cavalerie), Debney sort l’artillerie lourde dans The Frozen Battlefield, Central Park Rangers et Showdown In The Park : bordées de cordes déchaînées, explosions de cymbales et de tambours militaires, trompettes et cors martiaux, chevauchées façon western, le pastiche est fort savoureux !

 

Si les moments de douceur et d’humour peuvent souvent s’avérer bien agréables (Buddy’s Theme et sa reprise très élégiaque du motif principal, A Walk In The Park avec sa gaieté exubérante et communicative, Working With Dad et son thème guilleret à l’accordéon, A Snowman’s Advice et son piano langoureux…), on préférera au final les quelques passages de magie surgissant au début, au cœur ou à la fin d’une piste, durant rarement plus d’une minute mais témoignant incontestablement du talent mélodique et instrumental du compositeur, qu’on néglige trop souvent en raison de son manque de personnalité et d’originalité. La première partie de Buddy’s Journey, pétrie d’influences classiques parfaitement digérées avec ses volutes de flûte enveloppantes et son cor anglais à la Tchaikovsky (Casse-Noisette, encore et toujours), son vaste crescendo de cordes et de cuivres rappelant Les Planètes de Holst (déjà citées abondamment dans Cutthroat Island [L’Île aux Pirates]), séduit immédiatement avant de déployer des trésors d’émerveillement et de tendresse. Même constat dans Santa’s In Trouble, où les sonorités minérales des clochettes, les frémissements des violons et les gazouillements des flûtes dessinent aux oreilles de l’auditeur un univers enchanté… Rien que pour cela mais aussi pour tout le reste, le score de Elf mérite largement le détour !

 

Joyeuses Noyelles les z'amis !

Les derniers articles par Gregory Bouak (tout voir)