Astro Boy (John Ottman)

Love Ex Machina

Disques • Publié le 30/04/2010 par

Astro BoyASTRO BOY (2009)
ASTRO BOY
Compositeur :
John Ottman
Durée : 63:01 | 21 pistes
Éditeur : Varèse Sarabande

 

4 Stars

Manga créé en 1952 par Osamu Tezuka et adapté de nombreuses fois en séries animées pour la télévision, Astro Boy nous revient en 2009 sous la forme d’un film d’animation réalisé pour le grand écran par David Bowers. Au lieu de faire à nouveau appel à Harry Gregson-Williams, compositeur de son précédent film, Flushed Away (Souris City), et vétéran du genre avec la trilogie des Shrek, le réalisateur collabore cette fois avec John Ottman, qui signe ici son premier score pour un film d’animation après s’être érigé depuis près d’une décennie en spécialiste des super-héros. Sa partition pour Astro Boy constitue sans doute son plus bel effort depuis Superman Returns et s’imposera peut-être comme son meilleur travail à ce jour.

 

Souvent attaqué pour ses faiblesses d’écriture et d’orchestrations, réputé pour être assez ennuyeux et peu innovant, John Ottman est généralement considéré comme un Danny Elfman au rabais qui marche sur les plates-bandes de son aîné et tente de l’imiter sans réel succès. Quand il compose pour le thriller, son autre genre de prédilection, on l’accuse de faire du sous-Christopher Young, et quand il ressuscite le surhomme venu de Krypton, on murmure que tout le mérite en revient à John Williams. Ce jugement est un peu sévère, voire injuste, car ce serait oublier que le compositeur possède un réel talent pour les thèmes (celui des Fantastic Four [Les 4 Fantastiques], certes un peu facile mais efficace, celui du Surfeur d’Argent, magnifique, ainsi que tous ceux des X-Men) et a produit au début de sa carrière de vrais petits bijoux.

 

Cette fois, il ne doit sa réussite à personne d’autre que lui-même, car sa partition pour Astro Boy ne repose pas sur des mélodies déjà existantes. Il a conçu pour le jeune robot au grand cœur, plus valeureux que la plupart des humains, l’un de ses thèmes les plus inspirés, à la fois élaboré et évident, complexe et mémorable, fait d’envolées glorieuses et triomphales, incroyablement majestueux, dynamique et lumineux, à l’image du héros. Très bien utilisé dans l’ensemble de la partition (contrairement à celui des Fantastic Four, par exemple), ce thème est la parfaite incarnation musicale de la force bleue, cette source d’énergie positive et miraculeuse qui apporte à celui qu’elle habite toute sa vie et son énergie.

 

Astro Boy

 

Servi par des orchestrations royales, Astro Boy est plus agréable à écouter que les précédentes musiques signées John Ottman. Il faut dire que le musicien s’est entouré pour l’occasion d’une équipe de sept orchestrateurs chevronnés parmi lesquels le compositeur Larry Groupé, qui a déjà orchestré plusieurs scores de l’auteur de Usual Suspects, ainsi que John Ashton Thomas, collaborateur habituel de John Powell, grand maître ès-musiques de films d’animation. Ajoutons à cela un grand orchestre de quatre-vingt-dix musiciens, sans compter la chorale d’adultes et la chorale d’enfants, et l’on peut dire que le compositeur a mis toutes les chances de son côté.

 

Depuis l’Opening Theme jusqu’au Theme From Astro Boy en passant par Astro Flies! et Saving Metro City, le thème radieux d’Astro Boy galvanise bon nombre de morceaux emportés par une énergie épique des plus réjouissantes. Les scènes de vols et de combats sont ainsi illustrées par des morceaux virtuoses et aériens du meilleur effet, saturés de cordes virevoltantes et de cuivres ronflants, amplifiés par des régiments de percussions martiales et de sonorités électroniques renvoyant à l’univers des robots. Pour rendre plus captivants et effrayants encore les affrontements avec le méchant de service, Ottman n’hésite pas à faire appel à des sonorités agressives et dissonantes qui ne sont certainement pas réservées à toutes les oreilles, et surtout pas à celles des plus petits, sans pour autant s’avérer difficile d’accès ni rebuter ses auditeurs.

 

Mais si la tonalité aventureuse est évidemment celle qui domine, on trouve également plusieurs moments plus délicats et émouvants proposant de belles mélodies associées au jeune héros et à ses nouveaux amis, tous en recherche de leur famille perdue (The RRF / New Friends). Les aventures d’Astro Boy sur Terre occasionnent quant à elles bon nombre de séquences de mickey mousing plus abouties que d’ordinaire chez le compositeur et dont le sens de la fantaisie rappelle les musiques écrites par James Newton Howard pour Atlantis (Atlantide, l’Empire Perdu) et Treasure Planet (La Planète au Trésor). Parfois proche de ses idoles Jerry Goldsmith (Innerspace [L’Aventure Intérieure] dans Designing Toby) et John Williams (Hook dans Toby’s Destiny), auteur d’un brillant pastiche du Ben-Hur de Miklos Rozsa pour la scène des robots gladiateurs (Reluctant Warrior), John Ottman brasse quantité de nobles références sans pour autant perdre son identité depuis longtemps affirmée et livre au final le score ultime de super-héros, planant loin au-dessus des nuages à la vitesse de la lumière et nous emportant avec lui vers les hautes sphères. Une heure durant, la musique d’Astro Boy garantit un moment de bonheur intense et grisant, une (re)plongée salutaire dans nos plus beaux rêves d’enfants. Bravo !

 

Astro Boy

Gregory Bouak

Gregory Bouak

Contributeur (2010-2012)
Toujours un peu décalé, Grégory écoute de la musique classique à l’âge où les autres écoutent du rock, de la variété, ou rien, ce qui fait qu’à quinze ans, il pense avoir fait le tour de la question et se retrouve tout démuni. Il aime aussi depuis longtemps le cinéma et surtout les Star Wars, les Batman, les James Bond, dont il goûte les musiques avant tout parce qu’elles lui rappellent les films. Un jour, en voyant Stargate, il découvre que les musiques de films peuvent être d’une grande richesse et s’apprécier pour elles-mêmes en écoute isolée, se présentant comme les dignes héritières de son genre de prédilection, la grande musique symphonique telle qu’elle a atteint son apogée à la fin du XIXe siècle. C’est le début d’une longue et belle amitié qui n’a jamais connu de rupture. A partir de 2000, il se met à écrire des articles et des critiques de musique de film pour le site internet TraxZone, puis pour LeFantastique.net et Khimaira Magazine, tous deux spécialisés dans le fantastique, la fantasy et la science-fiction. En parallèle, il publie des articles dans la version papier de Khimaira. En 2006, il crée Horreurs et Merveilles, un blog puis un site consacré aux musiques des films de l’imaginaire. En 2010, suite à un bug irrémédiable d’Horreurs et Merveilles, dont il soupçonne secrètement les membres d’UnderScores d’être les instigateurs afin de l’inciter à rejoindre leur équipe, il accepte avec joie de contribuer au nouveau magazine de référence de la musique de film en langue française, afin de continuer à promouvoir sa passion.
Gregory Bouak