Conan The Destroyer

L'Adieu au Roi

Disques • Publié le 24/02/2020 par

Conan The DestroyerCONAN THE DESTROYER (1984)
CONAN LE DESTRUCTEUR
Compositeur :
Basil Poledouris
Durée : 122:09 | 32 pistes
Éditeur : Prometheus Records / Tadlow Music

 

4.5 Stars

 

Il revient. Et il n’est pas content. Conan ? Non. Mais le compositeur Basil Poledouris, lui, avait des raisons de ne pas l’être. Malgré le beau succès du premier film (réalisé par son ami John Milius), Poledouris gardait un souvenir mitigé de Conan The Destroyer. La faute à un temps très réduit alloué à la composition, des sessions d’enregistrement très courtes et un orchestre romain pas franchement motivé, le compositeur avait toujours nourri des regrets quant à la qualité de l’interprétation.

 

Le Label Prometheus et son boss, Luc Van de Ven, chez qui l’idée d’un réenregistrement des deux opus avait fait son chemin, peut-être poussé par une bonne cohorte de fans en furie se lamentant de ne pouvoir posséder que les albums sortis chez Varèse et Milan, se dit qu’il y avait sans doute là quelque chose à faire. Début 2010, le City Of Prague Philharmonic Orchestra And Chorus s’attèle à l’immense tâche de faire renaitre de ses cendres une musique mythique dans l’histoire de la musique de film. Considérée par bon nombre de collectionneurs comme une partition qui fait date, l’œuvre de Poledouris pour le premier film éclate de toute sa splendeur sous la direction de l’expérimenté Nic Raine. Malheureusement, Poledouris n’entendra jamais cette nouvelle interprétation, puisqu’il décède en 2006, à peine âgé de 62 ans. Mais, de là où il se trouve, gageons qu’il doit surement être ravi, par Crom !

 

Conan The Destroyer 

Le Main Title de cette suite des aventures du barbare cimmérien, propulsé par la rythmique désormais célèbre des percussions et des cuivres alternant les mesures en 6/4 et en 5/4, sonne bien mieux que dans la version produite par Varèse. Aidé par un tempo en furie, les scansions jaillissent tels des coups de poing vengeurs. La mélodie principale s’envole dans un torrent de cordes lyriques à faire pâlir les grands moments de la musique hollywoodienne du Golden Age. Bien sur, la majeure partie des thèmes du premier film est réutilisée. Que ce soit le thème de Conan, bien entendu, mais aussi celui de Valeria, subtilement cité au hautbois, le thème du destin de la Montagne du Pouvoir (utilisé dans la suite lorsque Conan pénètre dans le château de Shadizar), le thème sautillant d’Akiro, le thème de The Orgy dans Dagoth Ceremony (le réenregistrement propose la version initiale telle que voulue par Poledouris – avec une chorale à donner des frissons – et celle qu’on entend finalement dans le film) et le thème de la roue de la souffrance (utilisé ici lorsque Conan pousse une énorme pierre qui sert d’entrée du temple dans Door Lift). Au chapitre des nouveaux thèmes et motifs, on peut citer par exemple celui de la Reine Tamaris (Net Fight), celui de Malak (souvent interprété par les bois), le thème de Toth-Amon en triton que l’on peut entendre clairement dans Chamber Of Mirrors.

 

Par rapport à l’enregistrement original, la nouvelle interprétation de l’orchestre de Prague semble parfois comme augmentée (et possède semble-t-il plus de musiciens), ce qui constitue une petite entorse en terme de fidélité mais qui procure un plaisir lui aussi décuplé. C’est assez flagrant dans un morceau comme Eating The Elite, propulsé par la brutalité des timbales et la puissance des cuivres. Dans ce second opus, Poledouris avait ajouté quelques synthétiseurs (il n’y en avait aucun dans le premier film) qui sont présents ici, et les sons sont reproduits avec une certaine fiabilité et participent au lyrisme de certains morceaux (comme par exemple dans la longue piste Door Lift / Dragon’s Head / Conan The Destroyer).

 

Le second disque propose la musique composée par Poledouris pour le show live de l’Universal Tour intitulé Sword And Sorcery (une petite vingtaine de minutes), et qui mérite amplement qu’on lui prête une oreille attentive, ainsi que quatre versions alternatives de pistes issues du second film. Ce réenregistrement de Conan The Destroyer est un complément indispensable au superbe double album de Conan The Barbarian également produit par Prometheus Records.

 

Conan The Destroyer

Christophe Maniez

Christophe Maniez

Rédacteur
Alors à l'orée de l'adolescence, au début des années 80, le jeune Christophe découvre à la télévision, coup sur coup, deux chefs d'œuvre qui marqueront son esprit à jamais. Le premier, Rocky, fait naitre en lui la jubilation par les mélodies riches en émotion de Bill Conti, devenu maintenant un de ses compositeurs fétiches. Le second, Vertigo d'Alfred Hitchcock, le plonge dans la musique du géant Bernard Herrmann, par le biais d'une partition pleine de mystère et de romance. Puis c'est l'escalade : il est tellement absorbé par la puissance des plus belles pages de la musique de film qu'il en vient à étudier de plus près le solfège et la composition (en quasi autodidacte, d'où son niveau plutôt moyen). Durant les mois suivants, il découvre John Williams et son Return Of The Jedi au cinéma. Transporté par la musique, il devient rapidement fan de ce compositeur. Son cercle de connaissances s'élargit et il en vient, plus tard, à admirer James Horner (un autre de ses compositeurs préférés) et Franz Waxman, notamment. Et puis, en 1989, c'est la claque : alors que tout le monde s'éclate sur la Bat Dance de Prince, il n'a d'oreille que pour les notes du Batman de Danny Elfman (par ailleurs, un des premiers CDs qu'il achète). Depuis lors, son amour pour la musique du compositeur attitré de Tim Burton ne s'est jamais démenti. Aujourd'hui, Christophe erre dans les couloirs obscurs d'UnderScores où il peut disputer le bout de gras avec d'autres êtres atteints du même syndrome que lui. Et l'aventure continue...
Christophe Maniez