Rio Conchos (Jerry Goldsmith)

Rivière Sans Retour

Disques • Publié le 15/11/2019 par

Rio ConchosRIO CONCHOS (1964)
RIO CONCHOS
Compositeur :
Jerry Goldsmith
Durée : 59:19 | 16 pistes
Éditeur : Intrada

 

5 Stars

 

À bien des égards, Rio Conchos marque une sorte de tournant dans le genre western. Filmé juste avant la trilogie des dollars de Sergio Leone et les westerns crapoteux de Sam Peckinpah, ce petit film ne paie certes pas de mine, ne jouit pas d’une grande notoriété, et pourtant : son script est intelligent, le développement de l’histoire est assez inattendu et les motivations des personnages sont loin de cadrer avec le manichéisme des westerns de papa. Tout y est trouble et original, à commencer par la musique de Jerry Goldsmith. Avant que Film Score Monthly n’en édite une version complète en 1999, dix ans plus tôt, le label Intrada, qui n’a encore à l’époque que peu de vrais succès à son actif, prend le risque de réenregistrer l’essentiel de la musique avec le London Symphony Orchestra ! Et, cerise sur le gâteau, cartouchière sur le ceinturon, c’est Jerry Goldsmith qui se charge lui-même de diriger le prestigieux orchestre !

 

Et voilà l’auditeur pris, dès le Main Title, dans un tourbillon musical étonnant (ah, ces claquements de fouet !) au service d’un film où les gentils ne le sont pas tant que ça et les méchants non plus d’ailleurs. Au milieu d’une petite guéguerre post sécessionniste, nos chers cowboys, ex-Unionistes et ex-Confédérés, font face à des Apaches qui ne font que défendre leur territoire (même s’ils sont, en fait, manipulés par les ex-Sudistes). Les 43 minutes réenregistrées sous la baguette du compositeur valent vraiment leur pesant d’or, surtout que la prise de son, à défaut d’être exemplaire, enterre tout de même facilement la version de 1964.

 

Rio Conchos pourrait juste être une musique parmi tant d’autres dans l’œuvre foisonnante de Goldsmith, mais on commettrait sans doute à la fois une erreur et une injustice. Injustice parce que la partition mérite d’être redécouverte avec ses orchestrations chatoyantes et son thème central hyper accrocheur. Et une erreur parce Rio Conchos constitue rien moins qu’un pivot majeur dans la façon dont Goldsmith écrira ses musiques d’action à partir de cette date. Le compositeur californien emploiera les fameux « jagged effects » souvent basés sur une répartition de la ligne mélodique sur plusieurs pupitres, de manière successive, en utilisant des métriques assez inhabituelles, comme le 9/5 par exemple.

 

Enfin, ce CD propose, en guise d’introduction, une longue suite de douze minutes tirée du prologue de The Agony And The Ecstasy (L’Extase et l’Agonie), une œuvre longtemps réclamée par les fans du compositeur californien à la fois pleine d’un certain lyrisme quasi religieux et d’un trouble musical caractérisé par l’audace du langage symphonique ici employé. En bref, on peut remercier Douglas Fake, le boss d’Intrada, pour avoir investi dans ce réenregistrement qui est, pour le dire en un mot, essentiel.

 

Richard Boone et Edmond O'Brien dans Rio Conchos

Christophe Maniez

Christophe Maniez

Rédacteur
Alors à l'orée de l'adolescence, au début des années 80, le jeune Christophe découvre à la télévision, coup sur coup, deux chefs d'œuvre qui marqueront son esprit à jamais. Le premier, Rocky, fait naitre en lui la jubilation par les mélodies riches en émotion de Bill Conti, devenu maintenant un de ses compositeurs fétiches. Le second, Vertigo d'Alfred Hitchcock, le plonge dans la musique du géant Bernard Herrmann, par le biais d'une partition pleine de mystère et de romance. Puis c'est l'escalade : il est tellement absorbé par la puissance des plus belles pages de la musique de film qu'il en vient à étudier de plus près le solfège et la composition (en quasi autodidacte, d'où son niveau plutôt moyen). Durant les mois suivants, il découvre John Williams et son Return Of The Jedi au cinéma. Transporté par la musique, il devient rapidement fan de ce compositeur. Son cercle de connaissances s'élargit et il en vient, plus tard, à admirer James Horner (un autre de ses compositeurs préférés) et Franz Waxman, notamment. Et puis, en 1989, c'est la claque : alors que tout le monde s'éclate sur la Bat Dance de Prince, il n'a d'oreille que pour les notes du Batman de Danny Elfman (par ailleurs, un des premiers CDs qu'il achète). Depuis lors, son amour pour la musique du compositeur attitré de Tim Burton ne s'est jamais démenti. Aujourd'hui, Christophe erre dans les couloirs obscurs d'UnderScores où il peut disputer le bout de gras avec d'autres êtres atteints du même syndrome que lui. Et l'aventure continue...
Christophe Maniez