Predator 2 (Alan Silvestri)

Rasta Rocket

Disques • Publié le 15/09/2010 par

Predator 2PREDATOR 2 (1990)
PREDATOR 2
Compositeur :
Alan Silvestri
Durée : 45:13 | 11 pistes
Éditeur : Varèse Sarabande

 

4.5 Stars

Trois ans après le phénoménal succès de Predator, une suite est mise en chantier, cette fois sans Arnold Schwarzenegger ni John McTiernan. Heureusement, Alan Silvestri est toujours de la partie. La musique étant l’une des composantes majeures de la réussite du premier film, sa présence constitue déjà une garantie de qualité pour le second opus, qui s’avère de toute façon presque aussi bon que son prédécesseur, l’effet de surprise en moins. L’opportunité de travailler sur une suite est toujours intéressante pour un compositeur dans la mesure où elle l’amène à retravailler son matériau d’origine pour se hisser encore plus haut; en général, cela se traduit par une inflation des moyens, ce qui est bel et bien le cas dans Predator 2. Bonne nouvelle pour ceux qui avaient apprécié le score du premier film : celui-ci est tout aussi excellent, voire meilleur. Pour aboutir à un tel résultat, le compositeur a d’abord gardé ce qui avait bien fonctionné dans sa précédente partition, à savoir les nombreux thèmes qui la structurent ainsi que le recours à un orchestre massif pour un son encore plus gigantesque. Ensuite, il a choisi d’explorer plus à fond deux pistes déjà esquissées dans le précédent : celle de l’atmosphérique et de l’expérimental, et celle de l’exotisme.

 

On pouvait s’étonner que pour le film de John McTiernan, Silvestri ait choisi de conserver un son relativement occidental et classique – malgré ses nombreuses innovations – alors que l’intrigue se situait dans la jungle d’Amérique centrale. Plus martiale que tribale, sa musique avait peut-être déçu ceux qui espéraient que l’ensemble serait dans la lignée de Jungle Trek, l’un des rares morceaux à donner dans cet exotisme percussif que d’autres auditeurs auraient jugé quant à eux trop cliché. Qu’on se rassure, ce manque est réparé avec Predator 2 : des percussions tribales et des rythmes furieux évoquant le retour à un monde primitif et sauvage, le compositeur va nous en offrir à foison et jusqu’au vertige ! La jungle végétale se mue cette fois en jungle urbaine, comme si la vraie bestialité – celle de l’homme – éclatait enfin au grand jour, justifiant alors une musique encore plus barbare que par le passé. A ce titre, le plan d’ouverture, survolant ce qui ressemble à une forêt pour dévoiler soudain les gratte-ciels de Los Angeles, ville-parangon de la violence, est une entrée en matière des plus habiles. Silvestri nous gratifie pour l’occasion d’un tout nouveau Main Title rythmé en diable, issu de la rencontre entre un orchestre symphonique explosant littéralement lorsque le titre apparaît à l’écran, et un ensemble de percussionnistes brésiliens déchaînés ; assailli par des cuivres grinçants et un déluge de timbales orageuses, agressé par des sonorités synthétiques évoquant des cris de baleine ou des grognements étranges et inquiétants, le spectateur est plongé immédiatement dans la folie communicative du film de Stephen Hopkins.

 

Predator 2

 

Dans Predator 2, il fait chaud, très chaud même, au point que l’expression « enfer urbain » est à peine une métaphore ! Les véhicules et les armes fument, les personnages suent sang et eau, l’air tremble, on croit presque sentir l’odeur de la poudre et du métal fondu… Ces données sont essentielles car elles influent également en profondeur sur la musique : la chaleur, la violence, les relents sulfureux, tout se retrouve dans les orchestrations de Silvestri. La confusion liée à la double menace dans ce second film – d’un côté le gang des trafiquants de drogue jamaïcains et de l’autre le Predator – amène le compositeur à faire fusionner deux approches instrumentales différentes mais pareillement brûlantes et pour un même résultat infernal : ainsi les brusques accès de démence percussive, synthétique et chorale rencontrés dans Rest In Pieces, El Scorpio et Swinging Rude Boys sont-ils mêlés aux expérimentations grinçantes obtenues via des instruments à vent retravaillés à l’ordinateur et illustrant l’aspect radicalement étranger du monstre.

 

Mais le meilleur arrive avec Truly Dead lorsque le gourou King Willie est à son tour confronté au Predator : les thèmes du score original, interprétés par le grand orchestre, y croisent un nouveau motif qui est sans doute LA trouvaille du film, fusion lancinante et hypnotique de percussions enflammées, de chœurs samplés aux accents sataniques et de sonorités extraterrestres, monument à la gloire de celui que la mythologie vaudou perçoit comme le démon lui-même. Ce motif sera repris avec quelques variantes dans Dem Bones, plus solennel encore, lorsque Danny Glover s’introduit dans le vaisseau des Predators et rencontre de nouvelles créatures. Cette descente sous la ville dans les entrailles de la Terre, au cœur d’un lieu où il fait toujours plus chaud, baigné de fumées opaques et nimbé de couleurs orangées, confirme une fois de plus le désir du réalisateur et du compositeur de nous entraîner en enfer… Cette tonalité grandiloquente, ce basculement jouissif dans une démesure totalement maîtrisée explique aisément pourquoi certains béophiles considèrent ce second opus comme supérieur au précédent. Et pour ceux qui ne seraient pas forcément très adeptes des séquences les plus atmosphériques (First Carnage et Danny Gets It, entre autres), pleines de cordes rampantes et de bruits sournois, il reste encore les grandes scènes d’action reprenant sous formes de variations diverses les meilleurs moments du score précédent : Tunnel Chase et la seconde partie de This Is History, sans parler de l’incroyable End Title.

 

Ce dernier, long de presque neuf minutes, est un véritable modèle du genre comme on n’en fait plus aujourd’hui et l’un des plus fascinants jamais exécutés : vaste medley reprenant les principaux morceaux de bravoure de la partition sous une forme chaque fois différente de celle déjà entendue, il débute par une reprise triomphale du thème principal du premier film, façon élégante pour le compositeur de boucler la boucle ; vient ensuite le thème du Main Title, dans une version à la fois plus rapide et plus fracassante ; puis c’est au tour de Tunnel Chase de réapparaître brièvement avant de laisser la place à une séquence inédite fondée sur des variations étourdissantes autour du Main Title ; extrêmement bien rythmé, très scandé et dramatique, ce passage est un pur moment de bonheur comptant parmi les meilleures pages de Silvestri. Enfin, last but not least, arrive la reprise de Truly Dead qui achève la partition de façon définitive, laissant l’auditeur dans un état de transe, complètement atomisé face à tant de rage, d’énergie et de mâle puissance. La musique de Predator 2, tout comme celle de Predator, est tout simplement un chef-d’œuvre, un incontournable de son compositeur, et si l’album édité par Varèse paraît un peu court, il n’omet rien d’essentiel et contient juste ce qu’il faut pour éviter absolument tout ennui et tout risque d’indigestion.

 

Predator 2

Gregory Bouak

Gregory Bouak

Contributeur (2010-2012)
Toujours un peu décalé, Grégory écoute de la musique classique à l’âge où les autres écoutent du rock, de la variété, ou rien, ce qui fait qu’à quinze ans, il pense avoir fait le tour de la question et se retrouve tout démuni. Il aime aussi depuis longtemps le cinéma et surtout les Star Wars, les Batman, les James Bond, dont il goûte les musiques avant tout parce qu’elles lui rappellent les films. Un jour, en voyant Stargate, il découvre que les musiques de films peuvent être d’une grande richesse et s’apprécier pour elles-mêmes en écoute isolée, se présentant comme les dignes héritières de son genre de prédilection, la grande musique symphonique telle qu’elle a atteint son apogée à la fin du XIXe siècle. C’est le début d’une longue et belle amitié qui n’a jamais connu de rupture. A partir de 2000, il se met à écrire des articles et des critiques de musique de film pour le site internet TraxZone, puis pour LeFantastique.net et Khimaira Magazine, tous deux spécialisés dans le fantastique, la fantasy et la science-fiction. En parallèle, il publie des articles dans la version papier de Khimaira. En 2006, il crée Horreurs et Merveilles, un blog puis un site consacré aux musiques des films de l’imaginaire. En 2010, suite à un bug irrémédiable d’Horreurs et Merveilles, dont il soupçonne secrètement les membres d’UnderScores d’être les instigateurs afin de l’inciter à rejoindre leur équipe, il accepte avec joie de contribuer au nouveau magazine de référence de la musique de film en langue française, afin de continuer à promouvoir sa passion.
Gregory Bouak