Starship Troopers (Basil Poledouris)

Missing in Action #4

Décryptages Express • Publié le 16/12/2019 par

Elles forment une troupe hétéroclite d’orphelins et de réservistes qui jamais ne furent envoyés au front, claquemurés pour ne pas fragiliser l’équilibre dramatique patiemment édifié à l’écran ou satisfaire les caprices de stars tyranniques et de producteurs dévorés d’acouphènes. UnderScores se propose, montages à l’appui, de donner la parole aux musiques qu’en tous temps, le cinéma rejeta loin des feux de la rampe.

STARSHIP TROOPERS (1997)Starship Troopers
STARSHIP TROOPERS
Réalisateur : Paul Verhoeven
Compositeur : Basil Poledouris
Séquence décryptée : Klendathu Battle (1:02:00 – 0:00:00)
Éditeur : Varèse Sarabande

Pour les jeunes pousses dépêchées à l’assaut des étoiles sur ordre d’une Fédération belliciste, le désert matelassé de bleu par la nuit de l’inhospitalière Klendathu est leur baptême du feu. Il sera écarlate, nos Spartiates futuristes n’ayant à opposer à des nuées d’insectes monstrueux que leurs sourires estampillés Colgate et une foi aveugle en leur bannière. A cet instant au moins, le très sarcastique Verhoeven s’abstient de tirer à boulets rouges sur l’héroïsme caricatural et va-t-en-guerre que Starship Troopers dégueule à flots. Face au massacre de ces gamins désemparés, une certaine componction semble inhiber ses destructrices diatribes, et jusqu’à la musique de Basil Poledouris, dont les coups de tromblon s’éteignent pour mieux laisser retentir hurlements et supplications. Voilà somme toute une recette éprouvée, qui consiste à réduire le compositeur au silence afin d’adorner d’un peu de « réalisme » le drame faisant rage à l’écran.

 

Mais avant d’opter pour la sobriété, le Hollandais violent avait longuement hésité. Son fidèle comparse sua sang et eau à l’élaboration de cette scène, la gratifiant de deux versions radicalement différentes qui, chacune à sa manière, font jaillir du bain de sang des émotions puissantes. Peut-être qu’un zeste de frustration piqua le compositeur pour ses efforts restés lettre morte ? Auquel cas, tout le bon temps pris en compagnie du Hollywood Studio Symphony, de loin la plus écrasante force de frappe orchestrale qui lui fut jamais allouée, dut amplement réussir à panser son amour-propre. La spectaculaire armada s’en donne d’ailleurs à cœur joie dans l’hypertrophie martiale, procédant au sein de la plus querelleuse des deux moutures à sa lourde démonstration. A force de jouer les fiers-à-bras, Poledouris donne d’abord à croire qu’une victoire sans partage se dessine nettement pour les Big Jim cuirassés. C’était avant qu’il ne strie d’estafilades électroniques la trop pompière marche, à l’unisson des Arachnides tricotant de leurs pattes meurtrières. Inéluctablement, l’euphorie des cuivres au garde-à-vous se désagrège, au point de livrer le nouveau centurion Johnny Rico en pâture à des synthés aussi coupants qu’un grésil.

 

Changement de ton, virage à 180 degrés pourrait-on dire aisément, avec le second essai, qui noie le raid suicidaire dans les eaux saumâtres du film d’horreur. On ne rencontrera pas même l’ébauche du triomphe des humains, cette fois-ci — rien que des clusters glacés, à peine moins humains que ceux d’un Penderecki, où les uniques saillies, estoquées sans crier gare par la baguette de Poledouris, sont à mettre au crédit des monstres et de leur frénétique besogne d’équarrissage. Gageons que ce morceau, qui entérine la déroute avant même qu’elle ait été consommée, eût gagné les faveurs de Verhoeven s’il n’avait résolu in fine de congédier toute dramatisation via la musique. Evidemment, le franc-tireur ricanant logé dans ses tripes reprend dès la séquence suivante le dessus : exhibée sans fard par les caméras de la Fédération, la macabre sculpture formée par les centaines de corps mutilés qui s’enchevêtrent arrache à l’orchestre de solennels trémolos, sous lesquels, intarissables et sournois, palpitent les clairons de la propagande galactique. Engagez-vous, rengagez-vous, qu’ils disaient…

 

Benjamin Josse

Benjamin Josse

Rédacteur
Les temps changent. A l'heure de la communication instantanée et du joug de la téléphonie mobile, on ne trouvera plus grand-monde pour s'étonner d'entendre quelque quidam dégingandé soliloquer à haute voix. Aussi incroyable que cela paraisse, il fut une époque où ces effusions publiques aimantaient moult moues désapprobatrices et sourcils orageusement froncés, à plus forte raison quand l'objet de tous ces regards courroucés fredonnait (mal) le thème de The 7th Voyage Of Sinbad et s'essayait (pour un déplorable résultat) à imiter les glouglous burlesques de La Soupe aux Choux. C'est ainsi que de fil cassé en aiguille tordue, le mal-aimé Benjamin trouva refuge dans le giron d'UnderScores, merveilleuse terre d'asile où, depuis lors, il se consacre à l'égoïste satisfaction des vices précités, et d'autres plus condamnables encore. Le moindre, assurément, n'étant pas de larder d'aiguilles trempées dans du curare une poupée grossièrement faite à l'effigie de Hans Zimmer, sa Némésis de toujours (« Si j'arrivais seulement à lui flanquer des cors aux pieds, je serais le plus heureux des hommes », confesse-t-il, l'oeil torve). Parce qu'il lui faut bien gagner sa croûte, ou plus exactement les quignons de pain moisis que le maître des lieux condescend à lui jeter pour tout salaire, il rédige de loin en loin d'étranges amphigouris dédiés à des scores d'exotique provenance. Ses collègues sont incrédules et les lecteurs baillent d'ennui, mais aux dernières nouvelles, il n'a pas l'intention de fermer boutique...
Benjamin Josse