WhiteOut (John Frizzell)

La Reine des Neiges

Disques • Publié le 08/07/2011 par

WhiteOutWHITEOUT (2009)
WHITEOUT
Compositeur :
John Frizzell
Durée : 47:48 | 21 pistes
Éditeur : Varèse Sarabande

 

3 out of 5 stars

Après Thirteen Ghosts (13 Fantômes), Ghost Ship (Le Vaisseau de l’Angoisse) et The Reaping (Les Châtiments), WhiteOut est la quatrième collaboration de John Frizzell avec Dark Castle Entertainment, le studio de Joel Silver : une affaire qui marche ! Raison de plus pour s’en féliciter : Frizzell n’a absolument pas de complexe à avoir dans le domaine de l’action puisqu’il avait fait ses premiers pas dans la cour des grands avec le très convaincant Dante’s Peak (Le Pic de Dante), sous la houlette du maestro James Newton Howard. Ceux qui regrettaient le Frizzell des débuts, auteur de grandes partitions symphoniques telles Alien Resurrection et I Still Know What You Did Last Summer (Souviens-toi… l’Été Dernier 2), pourront donc se réjouir puisqu’on le retrouve ici, plus ou moins débarrassé des expérimentations et de l’aspect très peu mélodique qui pouvaient rendre ses derniers travaux difficiles d’accès aux oreilles des non-spécialistes. WhiteOut se présente alors comme sa partition la plus abordable depuis longtemps et devrait ramener à lui les béophiles précédemment refroidis.

 

Lors d’une introduction mystérieuse faite d’un tapis de cordes frissonnantes sur lequel reposent un piano fragile et un violoncelle mélancolique, Frizzell plante admirablement bien le décor et parvient d’emblée à transporter le spectateur dans les contrées glacées et brumeuses du Grand Nord, en magnifiant les paysages bleutés nimbés de rose et d’or. La guitare slave intervient brièvement ici et là pour accentuer le dépaysement. On pense souvent – comme par hasard – à Snow Falling On Cedars (La Neige Tombait sur les Cèdres) de James Newton Howard, qui associait déjà avec succès violoncelle et paysages enneigés. Tonalité intimiste, grave ou solennelle, nappes atmosphériques et hypnotiques faisant souffler le blizzard, crescendos de cordes et de cuivres dramatiques : toute la première partie de l’album baigne dans un climat agréable de rêve éveillé et entretient habilement un suspense captivant. Le compositeur offre à l’héroïne un beau thème pour piano et violons rejoint par des sonorités synthétiques discrètes et envoûtantes ; on croit entendre ici et là des instruments asiatiques ainsi qu’un duduk arménien, encore une façon de transporter l’auditeur vers un ailleurs fascinant. L’aspect élégiaque du score, qui contribue sur la fin – happy end aux envolées triomphales – à le rapprocher des grosses musiques hollywoodiennes traditionnelles, se retrouvera dans les savoureux Frost Bite et Resolution.

 

Dans le Grand Nord, il ne faut pas trop compter sur l'EDF

 

L’angoisse et la tension sont également très présentes et à partir du morceau-pivot Discovery, le plus long de l’album, on bascule dans l’action presque non-stop (déjà introduite dans les pistes The Soviet Plane et Vostok Attack). Frizzell, qui depuis le début des années 2000 a toujours cherché à s’éloigner des sentiers battus et à expérimenter sans cesse, fait de nouveau appel à toute la batterie de sonorités électroniques à la fois étranges et dérangeantes entendues dans ses récents travaux, pour un résultat indéniablement efficace. Les multiples boucles synthétiques, grondements sourds et autres rythmes saccadés sont relayés par des cordes véhémentes, des percussions trépidantes et des cuivres altiers qui font décoller l’ensemble et emportent l’auditeur dans un tourbillon haletant : sans doute Frizzell a-t-il reçu l’ordre de transcender des images qui manquaient quant à elles cruellement de vigueur. C’est donc une véritable tempête qui s’abat sur nous, depuis l’excellent Examining Weiss jusqu’à l’agressif Carrie Searches.

 

L’ennui, c’est qu’à force un tel enchaînement de morceaux de bravoure frénétiques finit par lasser, voire épuiser. L’album dure trois quarts d’heure, ce qui est une durée tout à fait raisonnable, mais le regroupement des séquences d’action en seconde partie le rend quasiment indigeste et le fait paraître trop long. Un séquençage plus habile aurait sans doute davantage rendu justice au travail de John Frizzell, qui finit par sonner presque passe-partout avant d’être heureusement rattrapé par les derniers morceaux. Évidemment, c’est beaucoup mieux que du Remote Control, bien écrit et bien orchestré, du bel ouvrage fignolé et remonté comme une horloge suisse. À condition que l’on fasse un tri afin d’en garder la substantifique moelle, WhiteOut vaut donc largement le détour.

 

Kate Beckinsale est décidément bien jolie... même quand on y voit rien !

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