Event Horizon (Michael Kamen & Orbital)

Perdus dans l'au-delà

Disques • Publié le 03/12/2013 par

Event HorizonEVENT HORIZON (1997)
EVENT HORIZON : LE VAISSEAU DE L’AU-DELÀ
Compositeurs :
Michael Kamen & Orbital
Durée : 44:27 | 4 pistes
Éditeur : London Records

 

3.5 Stars

En 2040, l’Event Horizon, conçu par le docteur Weir (Sam Neill), disparaît après l’activation de son moteur qui crée un «trou» dans l’espace. Il réapparaît sept ans plus tard. Une équipe de secours menée par le capitaine Miller (Laurence Fishburne) est envoyée pour l’accoster… Le film de Paul Anderson (Resident Evil) peut se résumer ainsi : une maison hantée dans l’espace. Le personnage central est bel et bien l’Event Horizon, délire architectural techno-médiéval, visuellement attirant et dérangeant. La bande originale a aussi été l’objet d’un parti pris radical. Le réalisateur anglais et son producteur Jeremy Bolt, fans du duo électro Orbital, ont demandé aux frères Hartnoll de renforcer de leurs rythmes musclés la partition symphonique de Michael Kamen.

 

Le compositeur new-yorkais a toujours adoré travailler avec d’autres artistes. Il a donc invité Orbital à une session avec une trentaine de musiciens. Kamen avait apporté quelques ébauches pour guider l’orchestre tout en l’encourageant à improviser sur les idées de science-fiction et d’horreur. Paul et Phil Hartnoll y ont enregistré de quoi tirer samples et échantillons. Après avoir écrit un morceau et quatre variations, ils ont laissé leur travail à Kamen sous la forme de «Lego musicaux» pour qu’il puisse l’arranger à sa guise. S’il ne reste que deux séquences avec les sonorités du duo britannique dans le film, le disque produit par Kamen et son ingénieur Steve McLaughlin est véritablement le fruit de la fusion entre la techno glauque d’Orbital et un London Metropolitan Orchestra perturbé.

 

Le programme propose trois pistes d’une douzaine de minutes et une quatrième plus courte en conclusion. Ces longues plages assemblées sans lien avec le déroulé du film permettent à la musique de passer de l’orchestre à l’électro de manière abrupte ou plus pernicieuse. Kamen pèche par excès de modestie dans The Forward Decks, laissant peut-être un peu trop de place à Orbital pendant des «tunnels» de plusieurs minutes, avec l’orchestre sous-mixé par rapport à l’électronique. The Main Access Corridor laisse l’atmosphère malsaine de Kamen s’instaurer. C’est pourtant bien dans les passages qui mixent les deux éléments dans Engineering que la partition semble prendre sa forme la plus intense.

 

Event Horizon

 

La partie due à Orbital est très agressive, mais toujours structurée : rythmes écrasants et sonorités métalliques entrechoquées, incantations fantomatiques, motif menaçant au trombone mis en boucle… Un assaut technoïde infernal, brutal et froid. Michael Kamen opte lui pour une approche athématique, mais jamais chaotique. Le malaise intervient de manière plus perverse : l’orchestre joue une musique mystérieuse aux accords malades, mais aux desseins bien calculés. Kamen esquisse motifs et mélodies, toujours changeants, volutes spectrales aux cordes, à la harpe, à la flûte, au hautbois, l’auditeur s’agrippant à ces repères familiers. Puis, l’orchestre se mue en bête aux respirations sournoises et aux mouvements implacables, avec cuivres grondants et martellements de piano et percussions, emporté par des tourbillons de cordes. Le compositeur remercie Bernard Herrmann dans le livret, mais on pensera aussi à ses travaux pour Venom et Lifeforce.

 

L’album d’Event Horizon tient presque de l’expérience sensorielle déviante et ne fera pas l’unanimité : beaucoup, à l’image du capitaine Miller, rejetteront son caractère «contre-nature», forçant la coexistence de deux univers. D’autres, tels le docteur Weir, se laisseront emporter par sa noirceur pour approcher leurs limites mélomanes, piégés entre révélation et damnation. Une réédition offrant la partition de Kamen à part et une reprise de l’album permettrait certainement à Event Horizon de corrompre d’innocentes âmes béophiles supplémentaires…

 

Event Horizon

Milio Latimier

Milio Latimier

Rédacteur
Enfant dans les années 1980, l'infection se manifeste par le fredonnement incessant de musiques de films en jouant avec ses G.I.Joe. Plus tard, les symptômes s'aggravent avec le magnétophone collé à la télévision pour enregistrer des béos et les écouter le soir en cachette. Le diagnostic est définitif en 1991 avec prescription à Noël de disques Spielberg/Williams et Star Wars. Se shoote toujours principalement au cocktail « Poledouris, Silvestri, Kamen, Elfman » entre deux cures de Williams ou Goldsmith. Dernières rechutes dues à des excès de Beltrami et de Giacchino.
Milio Latimier