Psycho (Bernard Herrmann & Danny Elfman)

Mortel remake

Disques • Publié le 11/09/2010 par

PsychoPSYCHO (1998)
PSYCHOSE
Compositeurs :
Bernard Herrmann & Danny Elfman
Durée : 31:22 | 22 pistes
Éditeur : Virgin Records

 

4 Stars

Après avoir fait appel à Danny Elfman pour To Die For (Prête à Tout) et Good Will Hunting (Will Hunting), c’est tout naturellement vers lui que s’est tourné Gus Van Sant pour adapter la musique de Bernard Herrmann. Accompagner un remake plan par plan de Psycho par une musique qui ne serait pas celle de l’original était évidemment inconcevable, et c’est ainsi qu’Elfman l’a envisagé, nullement vexé de ne faire qu’un travail d’adaptation. Bien au contraire, c’est même une aubaine pour lui puisqu’il a toujours clamé haut et fort sa passion pour les musiques d’Herrmann en général et celle de Psycho en particulier ; en outre, le compositeur d’Hitchcock est fréquemment cité comme mentor spirituel et comme source d’inspiration principale d’Elfman aux côtés de Nino Rota (on dit même que le thème de Batman est inspiré de celui de Journey To The Center Of The Earth [Voyage au Centre de la Terre]). Anecdote amusante :  Elfman avait déjà fait partie de l’aventure Psycho en 1986 lorsque Carter Burwell lui avait demandé de composer une chanson pour Psycho III !

 

Dans le film, force est de constater que les différences avec la musique d’origine sont infimes : il s’agit, tout comme dans le réenregistrement de Joel McNeely, de subtiles variations de rythme et de tempo tout comme d’orchestrations. Elfman et Bartek (fidèle orchestrateur, également chargé de la direction d’orchestre) se sont tout simplement employé à modifier la durée des morceaux en fonction du film de Gus Van Sant (qui modifie tout de même assez souvent la durée des plans), ajoutant ou retirant ici et là un violon, un alto, un violoncelle ou une contrebasse. L’intérêt est avant tout de bénéficier une nouvelle fois d’un son entièrement dépoussiéré et d’une intensité peu commune.

 

Norman Bates (Vince Vaughn)

 

Parmi les quelques innovations du score de Psycho version 1998, citons le morceau inédit qui accompagne la présentation du logo Universal d’une intéressante variation sur les thèmes du Prelude et de The City, qui plonge immédiatement le spectateur dans l’univers glauque conçu par Herrmann, tout en y mêlant quelques sonorités typiques d’Elfman rappelant Beetlejuice, Dolores Claiborne ou encore A Simple Plan (Un Plan Simple). Ces cisaillements de cordes très graves et à la limite du grotesque, plus proches d’Elfman que d’Herrmann, se retrouveront aussi à la fin de The Rainstorm. Autres morceaux modifiés, The Discovery, qui réintègre une partie de The Murder, et The Body (absent du disque), correspondant à la scène où Norman Bates se rue hors de chez lui pour aller découvrir le cadavre de Marion Crane, orchestré et rythmé de façon totalement inédite.

 

Au moment de la sortie du film de Gus Van Sant, c’est la traditionnelle compilation de chansons qui est d’abord parue dans les bacs (compilation on ne peut plus inadaptée au sujet) et ne contenait que trois petits morceaux de score : Prelude, The Murder et Finale. Le score album édité peu après ne propose malheureusement que vingt-deux titres au lieu de quarante et surtout ne totalise qu’une demie-heure de musique, c’est-à-dire à peine la moitié de la composition d’Herrmann. Tous les points culminants du score sont évidemment représentés sur l’album mais dans des versions sensiblement plus courtes, ce qui explique la durée très brève du CD. Le travail de Danny Elfman et de Steve Bartek peut donc être apprécié à sa juste valeur mais il demeure frustrant de ne pas avoir accès à l’intégralité de la partition. En l’état, le travail des deux compères reste néanmoins ce que le film de Gus Van Sant contient de plus honorable.

 

Anne Heche sous la douche 

Gregory Bouak

Gregory Bouak

Contributeur (2010-2012)
Toujours un peu décalé, Grégory écoute de la musique classique à l’âge où les autres écoutent du rock, de la variété, ou rien, ce qui fait qu’à quinze ans, il pense avoir fait le tour de la question et se retrouve tout démuni. Il aime aussi depuis longtemps le cinéma et surtout les Star Wars, les Batman, les James Bond, dont il goûte les musiques avant tout parce qu’elles lui rappellent les films. Un jour, en voyant Stargate, il découvre que les musiques de films peuvent être d’une grande richesse et s’apprécier pour elles-mêmes en écoute isolée, se présentant comme les dignes héritières de son genre de prédilection, la grande musique symphonique telle qu’elle a atteint son apogée à la fin du XIXe siècle. C’est le début d’une longue et belle amitié qui n’a jamais connu de rupture. A partir de 2000, il se met à écrire des articles et des critiques de musique de film pour le site internet TraxZone, puis pour LeFantastique.net et Khimaira Magazine, tous deux spécialisés dans le fantastique, la fantasy et la science-fiction. En parallèle, il publie des articles dans la version papier de Khimaira. En 2006, il crée Horreurs et Merveilles, un blog puis un site consacré aux musiques des films de l’imaginaire. En 2010, suite à un bug irrémédiable d’Horreurs et Merveilles, dont il soupçonne secrètement les membres d’UnderScores d’être les instigateurs afin de l’inciter à rejoindre leur équipe, il accepte avec joie de contribuer au nouveau magazine de référence de la musique de film en langue française, afin de continuer à promouvoir sa passion.
Gregory Bouak