S.W.A.T. (Elliot Goldenthal)

Seriously Weird Atonal Thunder

Disques • Publié le 04/07/2009 par

S.W.A.T.S.W.A.T. (2003)
S.W.A.T. UNITÉ D’ÉLITE
Compositeur :
Elliot Goldenthal
Durée : 47:04 | 14 pistes
Éditeur : Varèse Sarabande

 

4.5 Stars

Galvanisé par les échos urbains de S.W.A.T. (S.W.A.T. Unité d’Elite) de Clark Johnson, Elliot Goldenthal a inventé la musique de film qui s’écoute comme du bon hard-rock, et que vous pouvez mettre en voiture sans souffrir du problème du joueur de triangle au fond à droite que l’on n’entend pas derrière les 3000 tours/minute de votre bolide lancé à fond sur l’autoroute. Les inconvénients inhérents aux scores fins et délicats sont ici joyeusement balayés par un compositeur qui, même s’il nous a maintenant habitués à son écriture extravertie, parvient encore à étonner ses adeptes. Depuis la révélation d’Alien 3, Goldenthal poursuit un parcours exemplaire, parvenant à surprendre à travers certaines expérimentations cinématographiques tout en approfondissant son style. Il est d’ailleurs impossible de ne pas repenser à sa collaboration avec Julie Taymor. En effet, la double expérience avec sa compagne a permis au compositeur d’aérer quelque peu son espace musical et de maîtriser d’autres densités : orchestrale et d’inspirations diverses pour Titus, thématique et émotionnelle pour Frida. Depuis quelques années, le compositeur repousse ainsi de tous les côtés les limites de son univers en variant sa fresque orchestrale et en appréhendant des instrumentations et sensibilités assez nouvelles. Deux autres travaux du compositeur pour le cinéma ont été déterminants : sa collaboration avec Michael Mann pour Heat, dans lequel le compositeur utilisait, outre le Kronos Quartet, l’ensemble Deaf Elk (quatre guitares aux sons saturés mais assourdis) sur un mode très délicat puisqu’il déterminait le caractère du score sans pour autant en définir les contours exacts, et son travail sur In Dreams (Prémonitions) de Neil Jordan, succédant à l’ambiance urbaine relativement éthérée de Heat avec une masse orchestrale plus importante, des textures électroniques poisseuses, la fragilité d’un piano et la sèche vélocité d’un quartette de cordes, révélant chez Goldenthal sa schizophrénie musicale. C’est notamment grâce à tous ces travaux qu’il poursuit son chemin vers une audace jusqu’au-boutiste.

 

Pour S.W.A.T., Goldenthal s’est avant tout fait plaisir, sans oublier au passage de renvoyer les reflets torturés de Heat au rang de musique d’ambiance. Mais avant d’être ce musicien qui nous bouscule dans notre confort artistique et nos certitudes musicales à coups de cuivres feulants et d’ostinatos ardents, Goldenthal est un artiste de très grande envergure dont le talent renverse tout sur son passage, y compris l’indulgence de ceux qui ne le suivent pas toujours dans ses frasques orchestrales. Sa musique est jubilatoire, mais elle est aussi et surtout issue d’une inspiration sans faille et d’une science musicale qui impressionne par sa double aptitude d’assimilation et d’innovation. Plutôt que de se fondre dans le moule de la musique de film urbaine du 21ème siècle, le compositeur se tourne plus volontiers vers un registre hard-symphonique qui pourrait s’avérer risqué et dépassé dans d’autres mains. Entre les siennes, les accents métalliques n’ont jamais vocation à imiter quelque tendance que ce soit, mais simplement à imprégner sa partition de teintes caractéristiques pour lui donner une dimension faite de bruit et de fureur, tout en conservant une rare subtilité dans l’organisation du chaos. S.W.A.T. ne sonne en rien le rassemblement de l’orchestre au pays du hard-rock, ou inversement, et n’aspire en rien à une quelconque fusion des deux. Goldenthal prélève ce qui l’intéresse dans chaque instrument, chaque section, chaque combinaison, construit les fondations de sa structure musicale pour mieux l’exploser.

 

S.W.A.T.

 

S.W.A.T. réunit les variations et adaptations dans une forme compacte qui démolit l’hermétisme habituel de son compositeur à coups de masses à la fois électriques, percussives et orchestrales. Heat passe désormais pour un travail nuancé sur la texture cordes / guitares en comparaison avec cette nouvelle force qui a hérité des multiples agitations de In Dreams. Elliot Goldenthal a toujours fui la sobriété comme la peste, même si la finesse de son écriture se lit précisément dans ses plus impétueuses manifestations et il écarte dès les premières secondes de Bullet Frenzy le trouble et la noirceur qu’il cultive par ailleurs. Les guitares électriques emplissent l’espace sonore de telle manière que l’auditeur en ressort pétrifié, les cuivres qui avaient gonflé à bloc les partitions explosives de Titus et de Final Fantasy sont de la partie et suppriment définitivement tout espoir d’une écoute tranquille et reposante en scandant le thème principal, en vérité le seul, qui renouvellera son impact tout au long du disque. Ce thème rappelle celui de Demolition Man, le côté apocalyptique de l’ouverture en moins, mais avec une extase dans la peinture de la violence qui renonce en tant que telle à toute ambiguïté : le compositeur prend ainsi les traits d’un peintre balançant furieusement ses pinceaux sur sa toile. Alors qu’il cultivait un évident second degré relatif au personnage de Wesley Snipes dans Demolition Man, il assène dans S.W.A.T. le motif de base de quatre notes avec tout le sérieux et la verve dont il est capable.

 

Il suffit d’écouter avec quelle science et quelle justesse le peintre déchaîné découpe, réunit, place, modèle chaque parcelle de son œuvre pour en percevoir toute la saveur, pour se convaincre que le musicien turbulent maîtrise chaque élément de son désordre. Les dix minutes littéralement assommantes de Bullet Frenzy introduisent également les cordes exaltées et les cuivres fusants qui trouvent leur force dans leurs interventions ponctuelles mais atonales dans leurs combinaisons. My Big Black Assault Weapon, dont la rythmique lourde soutient les trompettes acérées, installe définitivement la partition dans le milieu urbain alors que AK-47 Scherzo – pièce typique du répertoire du compositeur – dont le rythme est plus imposant encore grâce à une guitare saturée, laisse les cuivres s’exprimer pleinement avant une accalmie puis une fin percussive versant dans le chaos. Run For Your Life engage les hostilités avec les échanges et passages de relais entre les cordes et les cuivres galvanisés par une écriture méthodique dans la folie. Interprété par Danny Saber, S.W.A.T. 911 fait office de récréation après The Fascist Shuffle qui privilégie la rythmique mais trouve le moyen d’asséner encore une fois ce thème récurent désormais gravé dans notre mémoire auditive. Mais c’est peut-être Crash Landing qui l’exposera de la plus belle manière : après un mouvement similaire au début du Bait And Chase d’Alien 3, ce passage chaotique s’éclaircissant par palier laisse enfin place aux cascades de cordes et de flûtes rappelant la fin de The Entrapment pour mettre en valeur le thème dans sa version la plus éclatante. That Cop Stole My Car et Bullet Frenzy II finissent de convaincre qu’Elliot Goldenthal est désormais capable de tout, l’extraversion sans complexe de sa musique n’ayant pas fini de nous étonner. Le caractère bien trempé du compositeur y est pour quelque chose et c’est à espérer qu’il osera encore se défouler ainsi à chaque fois qu’il sera de mauvaise humeur !

 

S.W.A.T.

 

Chronique écrite en collaboration avec Jean-Christophe Arlon

Sebastien Faelens

Sebastien Faelens

Rédacteur
Cinéphile depuis sa plus tendre enfance, ce n’est qu’à ses dix-huit ans que Sébastien commence réellement à écouter la musique de film en dehors de son support. Effectivement, il s'écoulera de nombreuses années d’errements dans les vidéo-clubs de Beauvais à la recherche de films bien trop violents pour son âge, avant sa rencontre pendant ses études avec Vivien Lejeune, qui deviendra rapidement un ami et un premier guide passionné dans l’univers de la B.O. Puis c’est l’escalade : la rencontre avec Olivier Soudé, puis la participation aux magazines Dreams to Dreams et Cinéfonia finiront de rendre le jeune métalleux complètement accroc aux trames sonores, ce qui a longtemps conforté ses parents dans l’idée qu’il avait probablement des fréquentations peu recommandables malgré son apparente tranquillité. Mais le célèbre magazine périclite en 2006 et c’est après trois ans d’une retraite bien méritée qu’il reprend du service comme rédacteur puis secrétaire de rédaction d’UnderScores : les années ont passé mais la passion est restée intacte !
Sebastien Faelens