L’Âge d’Or de la comédie musicale égyptienne

#8 : Les chanteurs de charme

Dossiers • Publié le 20/08/2018 par

MOHARRAM FOUAD : le son du Nil (1934-2002)


Moharram Fouad est un acteur et chanteur égyptien qui a eu son moment de gloire dans les années 50/60. Il s’est distingué dès son premier film, à l’âge de 20 ans, aux côtés de Souad Hosni, dans la romance Hassan et Naïma (Hassan wa Naima), une sorte de Roméo et Juliette à la sauce orientale dans lequel il interprète son célèbre titre, Remash Einah : « Les cils de ses yeux m’ont blessé. Les cils de ses yeux m’ont tué. Qui sera l’arbitre entre eux et mon cœur ?… » C’est grâce à cette chanson, composée par Mohamed al Mougui, que Fouad doit ses millions de fans de par le monde et son surnom de « Son du Nil ».

 

Dans le film, Fouad se fait négligemment appeler « le chansonnier » par le père de la belle Souad Hosni, qui préfère la voir aux bras d’un riche propriétaire aguerri plutôt que d’un jeune blanc-bec au profil incertain. Heureusement, tout se terminera bien : les deux amants finissent par vivre ensemble et Souad promet même à son futur époux de bien lui faire la cuisine. (c’était avant l’avènement du micro-onde et du féminisme arabe). Parfaitement prévisible dans son déroulement, le film d’Henri Barakat possède néanmoins un charme musical certain grâce aux compositions instrumentales signées Mohamed Abdelwahab et aux chansons de Mohamed al Mougui. La belle couleur sonore de la flûte naï est en particulier bien exploitée sur les scènes dramatiques. On regrette cependant de ne pas avoir eu droit à un duo chanté (à la fin du film par exemple) entre la belle et le charmant troubadour.

 

« Le chansonnier » Moharram Fouad et la belle Souad Hosni dans Hassan et Naïma (1959)

 

Fouad poursuit ensuite sa carrière d’acteur dans plus d’une dizaine de productions parmi lesquelles on peut retenir quelques belles mélodies, comme le délicieux et primesautier Shoft Beini de Mounir Mourad, et Premier Amour de Baligh Hamdi, qu’il minaude à la douce Imane dans La Mélodie du Bonheur (Lahn al Saadah – 1960) d’Helmi Rafla. Il y a aussi l’attrayant Prenez bien soin de votre beauté, de Mohamed al Mougui : un duo chanté/dansé entre Fouad et la belle libanaise Jogena Rezik dans La Reine et Moi (Al Malika wa Ana – 1975) d’Atef Salem.

 

Pour Chaînes de Velours (Salasil min Harir – 1962) d’Henri Barakat, on peut noter Ô mon Cœur je n’aurais pas Soif d’Abdel Azim Mohamed et Oh Wahshni de Farid al Atrache : une mélodie que chante Fouad entouré de son orchestre et de la danseuse Zeinat Olwi, dans un style vocal très proche du « chanteur au cœur triste. » Dans un genre plus introspectif, on peut aussi relever le sombre et mélancolique Ya Ayam Ya Ahlam (Ô Jour Ô Rêves), composé par le grand compositeur syrien Mohamed Mohsen (1922-2007), pour le mélodrame musical méconnu Renaissance (Walidtu min Gadid – 1965) de Said Tantawi.

 

Deux des plus belles chansons de Moharram Fouad figurent dans le film Adieu à l’Amour (Wadaan al Youb – 1960) réalisé par Houssam Eddine Mostafa. Le déchirant Ya Habibi (Mon Amour, mon Cœur), composé par Baligh Hamdi, qui s’ouvre sur un superbe solo de naï et l’étonnant Fares al Naghma (Mon Bien-Aimé, Dis ma Dernière Plaie), de Mohamed al Mougui. Une sorte de mambo symphonique, à la fois rythmique et lancinant, écouté amoureusement par la belle Mariem Fakhr Eldin sur son poste de radio.

 

Moharram Fouad et la douce Imane dans La Mélodie du Bonheur (1960)

 

En 1965, Fouad tourne avec la grande chanteuse Sabah dans Jeune et Belle (Al Siba wa al Jamal), un film qui bénéficie d’une variété musicale plaisante et où figure le savoureux twist Hally Dabki, interprété en français par Sabah. Les chansons de Fouad, pas déplaisantes, manquent un peu d’originalité et on retiendra finalement bien plus les déhanchements de la gracieuse Nadia Gamal qui danse à ses côtés, moulée dans une splendide robe de soirée fushia. Dans un autre style, on peut aussi apprécier les chansons du film Remontrance (Ettab – 1966), bien imprégnées du folklore musical libanais, que Moharam tourne en compagnie de la superbe chanteuse Samira Taoufik. Il comprend notamment le tube Abhath Áan Samraa (Chercher la Brune) composé par Mohamed Mohsen, que Fouad déclame à Samira au beau milieu de la campagne méditerranéenne.

 

Souffrant de problèmes cardiaques, Moharram Fouad s’est éteint en 2002, trois jours après son soixante-huitième anniversaire. Il laisse derrière lui un immense vide pour ses fans et un répertoire riche d’une voix incomparable et immortelle, avec une discographie de plus de 900 chansons dont 20 dédiées à la Palestine.