Rogue One: A Star Wars Story (Michael Giacchino)

Michael Giacchino ou l'Héritier de l'Empire

Disques • Publié le 20/12/2016 par

Rogue One: A  Star Wars StoryROGUE ONE: A STAR WARS STORY (2016)
ROGUE ONE : A STAR WARS STORY
Compositeur :
Michael Giacchino
Durée : 69:28 | 21 pistes
Éditeur : Walt Disney Records

 

4.5 Stars

On sait tous que Star Wars a commencé il y a bien longtemps, dans une galaxie lointaine, très lointaine… Et on s’attendait peut-être tous à entendre le fameux générique composé par John Williams dès les premières images du long métrage de Gareth Edwards. Mais non : après le départ d’Alexandre Desplat, Michael Giacchino, compositeur de second choix (mais pas de deuxième ordre !) attaque sèchement par un outburst (enclume, bois et cuivres tonnant dans un même accord aussi bref que saisissant) là où le génial Williams laissait exploser son célébrissime thème. Si, dès ce moment, vous n’avez pas compris que Rogue One est un spin-off, un intermède dans la saga, c’est qu’on ne peut plus rien pour vous ! D’ailleurs, le sous-titre du film, A Star Wars Story, est explicite : si on navigue dans un héritage quasi-mythologique entre Revenge Of The Sith (La Revanche des Sith) et A New Hope (Un Nouvel Espoir), le nouveau film estampillé Disney s’en démarque parfois à bien des égards.

 

Mais que vaut donc ce lien entre les épisodes III et IV ? Franchement, j’en suis le premier surpris, mais le film tient la route. Par instants, il est même très bon, notamment quand le réalisateur décide, dans la dernière partie, de mélanger combats dans l’espace et assaut terrestre. Si la mise en place est parfois un peu longue (mais il fallait bien présenter les nouveaux personnages), le film gagne rapidement en intensité une fois les enjeux posés. La musique de Giacchino suit également cette trajectoire, même si le compositeur nous présente ses thèmes (celui de Jyn Erso vous restera dans la tête un petit moment, on peut le parier) par bribes pour mieux saisir l’auditeur en fin de parcours avec des développements forts réussis. En digne successeur de John Williams, Giacchino n’est certes pas une erreur de casting (et en parlant de casting, Felicity Jones est extrêmement convaincante en parangon archétypal prête à tout pour défendre ses idéaux). C’est d’ailleurs la force à la fois du film et de sa musique : enfoncer le clou jusqu’au bout tant dans l’émotion (le magnifique Your Father Would Be Proud) que dans les passages d’action.

 

Jyn Erso (Felicity Jones)

 

Le thème principal composé pour l’héroine Jyn Erso apparait en filigrane dans A Long Ride Ahead et explose ensuite dans le court mais percutant Wobani Imperial Labor Camp. Puis, dans Trust Goes Both Ways, il se fond dans une merveilleuse reprise du thème de la Force de Williams, un des sommets de l’album. Dans Jedha Arrival, ce thème fait place à un motif de suspens caractéristique du compositeur de Lost. L’ombre de la musique de la série de J.J. Abrams plane d’ailleurs un peu sur Star-Dust, avec son piano distant et sa harpe délicate. Le compositeur propose également un nouveau thème pour l’Empire (richement développé sur le disque à l’antépénultième piste) qui maintient une légitime filiation avec l’emblématique marche impériale écrite par Williams, notamment dans l’utilisation des cuivres, héritée des jeunes années où Giacchino noircissait des pages de partition entières pour la série vidéo-ludique des Medal Of Honor. L’accointance avec la folie guerrière de celle-ci n’est sans doute pas fortuite (c’est même évident dans le morceau Rogue One), lui qui fut intronisé auprès de Spielberg par Williams lui-même. Enfin,  la partition regorge de nouveaux motifs d’action ou de tension (le superbe Jedha City Ambush, le haletant The Master Switch, et le  furieusement choral Hope) dans le plus pur style du compositeur. Le morceau le plus long de l’album (Confrontation On Eadu) fait des pieds et des mains pour soutenir l’action et il y parvient avec un certain brio, exposant en fin de piste un développement du thème de Jyn avec un rien de grandiloquence assumée.

 

Il faut noter que le disque laisse hélas de côté un bon nombre de morceaux de bravoure qu’on peut entendre dans le film, ce dernier étant quasi-couvert de musique. L’album, quant à lui, se clôt par trois suites pour orchestre et chœur d’une grandeur faisant de l’œil à son superbe Jupiter Ascending. Le compositeur y développe, non sans une certaine émotion, le thème de Jyn en l’orchestrant un peu différemment : un solo de violon dans un générique de fin pour un film qui, somme toute, est plutôt sombre, ça ne passe pas inaperçu. La mélodie de Jyn, portée par une flute traversière toute en retenue, est ensuite pleinement offerte dans un tutti remarquable. L’effort de Michael Giacchino pour marcher dans les traces de John Williams est vraiment à saluer, d’autant que la partition gagne beaucoup à être écoutée à plusieurs reprises. Certains diront qu’il ne fait qu’imiter, émuler, le style de Williams sans jamais parvenir à transcender les images. Votre humble serviteur, il est vrai grand fan du compositeur de Doctor Strange, pense résolument le contraire ! Que la Force soit avec vous, si vous décidez de tenter l’aventure sonore de ce Rogue One d’excellente facture.

 

La team Rogue One

Christophe Maniez

Christophe Maniez

Rédacteur
Alors à l'orée de l'adolescence, au début des années 80, le jeune Christophe découvre à la télévision, coup sur coup, deux chefs d'œuvre qui marqueront son esprit à jamais. Le premier, Rocky, fait naitre en lui la jubilation par les mélodies riches en émotion de Bill Conti, devenu maintenant un de ses compositeurs fétiches. Le second, Vertigo d'Alfred Hitchcock, le plonge dans la musique du géant Bernard Herrmann, par le biais d'une partition pleine de mystère et de romance. Puis c'est l'escalade : il est tellement absorbé par la puissance des plus belles pages de la musique de film qu'il en vient à étudier de plus près le solfège et la composition (en quasi autodidacte, d'où son niveau plutôt moyen). Durant les mois suivants, il découvre John Williams et son Return Of The Jedi au cinéma. Transporté par la musique, il devient rapidement fan de ce compositeur. Son cercle de connaissances s'élargit et il en vient, plus tard, à admirer James Horner (un autre de ses compositeurs préférés) et Franz Waxman, notamment. Et puis, en 1989, c'est la claque : alors que tout le monde s'éclate sur la Bat Dance de Prince, il n'a d'oreille que pour les notes du Batman de Danny Elfman (par ailleurs, un des premiers CDs qu'il achète). Depuis lors, son amour pour la musique du compositeur attitré de Tim Burton ne s'est jamais démenti. Aujourd'hui, Christophe erre dans les couloirs obscurs d'UnderScores où il peut disputer le bout de gras avec d'autres êtres atteints du même syndrome que lui. Et l'aventure continue...
Christophe Maniez

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