Spy Connection #1

(Une) opération (du) tonnerre

Disques • Publié le 15/09/2015 par

Ils s’appellent Derek Flint, Francis Coplan, Hubert Bonisseur de La Bath, Dick Malloy. Les besoins de leur profession les ont affublés de matricules ésotériques comme A-S 3, OSS 117 ou X 1-7. Ils portent (plus ou moins) avantageusement le smoking, déambulent dans des décors tout droit issus d’une brochure touristique, et ni les menaces proférées par quelque génie du mal au petit pied, ni les jambes gainées de noir qu’exhibent de lascives gourgandines ayant juré leur perte, ne peuvent égratigner leur flegmatique réserve. Bien entendu, toute ressemblance avec James Bond ne saurait être que fortuite…

 

Eurospy Logo 1#1 – (Une) opération (du) tonnerreEurospy Logo 2
#2 – Bons baisers d’Umiliani
#3 – Dupliquer n’est pas jouer
#4 – Au service secret de l’Élysée
#5 – Les clones ne meurent jamais
#6 – Lalo Royal
#7 – Spyfall
#8 – Le monde ne leur suffit pas

Même aujourd’hui, alors que les gens se pressent toujours massivement dans les salles pour voir le buffle enragé Daniel Craig faire usage de son permis de tuer, il n’est pas chose aisée de mesurer l’extraordinaire succès de 007 durant les années 60. Fort du masque implacable et de la présence froide d’un Sean Connery starisé du jour au lendemain, l’agent le moins secret de Sa Majesté a laminé à coups de hits planétaires ses concurrents déconfits. Pour ces derniers, une seule contre-attaque envisageable : prendre le train en marche sans même payer de ticket. Le public réclamait de l’espionnage fantaisiste, un exotisme aussi bariolé qu’une carte postale et de peu farouches créatures ? On allait lui en donner pour son argent !

 

A tout seigneur, tout honneur. Jamais les derniers à flairer un filon lucratif, les Italiens n’ont pas ménagé leur peine pour s’assurer le monopole des James Bond d’opérette. Le péplum, jusqu’alors champion incontesté du box-office local, voyait ses colosses huileux manifester d’alarmants signes d’essoufflement, et Sergio Leone venait à peine de lâcher dans le désert d’Almeria ses pistoleros taciturnes. Pour un laps de temps très bref, le cinoche d’espionnage aux péripéties rocambolesques, mieux connu sous le doux sobriquet d’ « Eurospy », allait dicter sa loi. On s’explique mal, dès lors, que le genre ait rapidement sombré dans un oubli quasi total, là où même des dizaines de sous-produits aussi crapoteux que les films de cannibales et les zombie flicks traumatisés par George Romero continuent de fédérer des adorateurs transis. Il est vrai cependant qu’au petit jeu, rarement gratifiant, du « faisons comme si » (comme si l’on disposait de moyens cossus, comme si les stars se bousculaient au générique, comme si tous ces petits films bricolés étaient voués à faire la une des magazines), les artisans du bis transalpin plongés au cœur de la « bondmania » n’ont guère su abattre leurs meilleures cartes.

MatchlessEn ce début de nouveau millénaire, les choses semblent pourtant changer. Plusieurs ouvrages sont parus, s’échinant à faire le tour des indénombrables « réplicants » de 007, certains films connaissent enfin les honneurs du DVD et les labels all’italiana s’enorgueillissent désormais d’un catalogue de disques bien rempli. L’occasion pour les baroudeurs mélomanes de (re)découvrir un pan méconnu de la frénétique production musicale de Cinecittà et de réaliser, ce faisant, qu’en dépit de ce que l’on a pu insinuer via des raccourcis téléphonés, il ne s’agissait pas uniquement pour les compositeurs locaux de singer le style tapissé de mystère et de séduction de John Barry. Sur un Ennio Morricone davantage accoutumé à créer les modes qu’à les suivre benoîtement, la polycopie note pour note ne pouvait être que synonyme d’affreux repoussoir. Ses contributions à l’Eurospy, bien que sporadiques, en témoignent. Tandis que Gino Marinuzzi Jr. gratifiait Matchless (Mission Top Secret) de son indispensable dose de romantisme tantôt feutré, tantôt voluptueux, le Maestro s’occupait de dynamiter la mise en scène d’Alberto Lattuada (grand réalisateur tombé comme on relève un défi dans l’enfer du cinéma alternatif) en emballant d’explosifs passages d’action. L’écriture au scalpel impressionne, l’inexorable poussée de la fièvre rythmique tout autant.

 

Le cas OK Connery (Opération Frère Cadet) est plus passionnant encore. Ecrite elle aussi en tandem, cette fois avec l’ami et collaborateur de toujours Bruno Nicolai, cette autre partition de Morricone s’amuse de la nature bâtarde du spy movie, à califourchon entre le divertissement voulu sérieux et la parodie forcément tentante. C’est évidemment la seconde option qui gouverne les mésaventures de l’espion malgré lui Neil Connery (!), incarné par… Neil Connery (!!), le propre frère de Sean. Dialogues ultra-référentiels et clins d’oeil plus qu’explicites abondent, donnant à notre duo de compositeurs toute la matière nécessaire à un score extravagant. Le thème principal, qu’interprète dans sa version chantée la tonitruante Christy, est un joyau d’humour soutenu par une trompette débonnaire et l’ostinato abrasif du güiro. Le reste, zigzagant entre phases mélodieuses, suspense haletant et farce qui s’assume (Gatto Parlante, où le miaulement du chat est imité par un timbre féminin), termine de faire d’OK Connery une oeuvre inclassable, en rien réductible à quelques formules trop élimées.

OK ConneryAgente Logan – Missione YpotronAgente 077 dall'Oriente con Furore

Il n’empêche. En se représentant l’Eurospy sous la forme d’un Eden musical, véritable terre d’accueil pour tous les franc-tireurs de la demi croche, on ferait fausse route. Les compositeurs n’avaient pas les coudées beaucoup plus franches que les cineastes et, dans le cadre extrêmement codifié des embrouillaminis d’espionnage, la moindre tentative d’enfreindre les règles était plutôt vue d’un œil soupçonneux. D’où la récurrence, d’un score à un autre, de figures de style instantanément reconnaissables et d’instruments supposés coller à n’importe quel ressort dramatique. Le vibraphone avec ses gambades à répétition, les bossa novas festives, le jerk endiablé sont de ceux-là. Plus d’un musicien, emporté par le zèle, a transformé ainsi les agents secrets de Cinecittà en noceurs invétérés, toujours fourrés dans les bars à cocktail au lieu d’infiltrer le repaire du Savant Fou de la Semaine. Avec les beats vaguement tropicaux d’Agente Logan – Missione Ypotron (Mission Secrète pour Lemmy Logan) qu’il fait ronronner ad nauseam, Nico Fidenco échoue à donner corps à la menace spatiale d’un script dans lequel on relèvera, à condition d’être d’un naturel conciliant, les prémices de You Only Live Twice (On Ne Vit Que Deux Fois) et Moonraker. S’il n’entre pas plus ouvertement dans le lard du sujet, Agente 077 dall’Oriente con Furore (Fureur sur le Bosphore), en revanche, a le mérite de dévoiler un Piero Piccioni au mieux de sa forme pop. Les slows langoureux qui s’y succèdent sont une aubaine pour le grand habitué des spy movies des sixties Ken Clark, acteur sympathique mais dont le sex appeal, pas vraiment du genre à crever l’écran, avait bien besoin de ce précieux renfort musical.

 

De cette veine folâtre, aussi légère qu’une bulle de champagne, sont encore issues des kyrielles de partitions. Piero Umiliani, associé plus que quiconque à l’easy listening et à ses délices, a bâti autour des espions portant flingue et noeud pap une oeuvre pétulante, dont l’excellent Agente X1-7 – Operazione Oceano (X1-7 Top Secret) pourrait donner une idée très exacte du charme canaille qui l’imprègne. Le discret Benedetto Ghiglia n’est pas en reste, très inspiré, à l’évidence, par le bikini ravageur que l’ex-James Bond girl Daniela Bianchi arbore dans la minuscule production ibérique Zarabanda Bing Bing (Baleari Operazione Oro ou mieux, Barbouze Chérie). Mais il aurait fallu bien davantage de scores de cette trempe-là pour convaincre les allergiques aux sixties que les canons de l’époque ne rimaient pas systématiquement avec pauvre musique d’ascenseur. Dans le petit monde pittoresque de l’Eurospy, il faut l’avouer, tout était souvent affaire de bégaiements : ceux des compositeurs, en perpétuel danger de choir dans de sirupeux tréfonds, ceux des scénaristes ressassant à l’infini des histoires de complots diaboliques et d’agents doubles nonchalants, ceux des acteurs tyrannisés par l’ombre de Sean Connery… et même ceux des titres des films, déraisonnablement friands des mots « agente », « missione » et « operazione ».

Agente X1-7 - Operazione OceanoZarabanda Bing BingOSS-77 - Operazione Fior di Loto

Puisqu’il est question de cliché, il en existe un en l’absence duquel la panoplie sonore de l’espion smart serait affligée d’un manque terrible : le dépaysement. Tous les super cracks des services secrets ont en commun une bougeotte infernale, ce qui exigeait bien sûr des producteurs qu’ils aient les reins assez solides pour pouvoir promener le public aux quatre coins du globe. Les douloureuses réalités budgétaires ayant souvent contrecarré ces nobles intentions, les derniers espoirs reposaient sur les épaules du chef-décorateur (carton-pâte, palmiers en plastique, stock shots à foison) et du compositeur. Avec leur concours (saupoudré, de préférence, d’un peu de la bonne volonté du spectateur), il devenait permis de voyager très loin, comme ce fut le cas à maintes reprises en Chine. Une Chine évidemment fantasmée, la contrée maléfique des vieux serials de naguère où Fu Manchu ourdit d’ignobles complots. Luis Bacalov l’avait parfaitement compris en écrivant le formidable thème d’OSS-77 – Operazione Fior di Loto (Tonnerre sur Pékin), gorgé d’ombrageuses menaces qui, tout en cristallisant à merveille le Péril Jaune, se payaient le luxe d’exhaler quelques forts effluves du futur The Chairman (L’Homme le Plus Dangereux du Monde) de Jerry Goldsmith. C’est le plus grand fait d’armes et, trois fois hélas, l’unique atout d’un score sans cela bien paresseux, qui s’enkyste trop vite dans une routine prévisible.

 

A peu de choses près, Angelo Francesco Lavagnino est logé à la même enseigne. Comme son titre l’indique, Superseven Chiama Cairo (Super 7 Appelle le Sphinx) nous embarque à destination de l’Egypte. Laquelle, filmée par cette vieille crapule d’Umberto Lenzi, baigne dans un folklore autrement moins ténébreux que celui de l’Extrême-Orient. Pour un Lavagnino rodé à l’exercice de l’exotisme lumineux grâce aux documentaires qui tombèrent dans son havresac au cours des années 50 (et dont le point culminant est sans doute la splendeur impressionniste de L’Impero del Sole), musarder au pied des pyramides ne pouvait se refuser. Son joli leitmotiv, qui se mue parfois en ritournelle aux accents forains, l’a plus intéressé, soit dit au passage, que des couches de suspense obligées qu’il étale sans état d’âme… Tout l’inverse, en somme, de Francesco de Masi. Tel l’authentique homme d’action qu’il a toujours été (combien de westerns, de péplums, de séries B testostéronées à son actif ?), il imprime à la comédie capharnaüm Sinfonia per Due Spie un rythme débridé, courant de Venise à San Francisco, de la Chine ancestrale à Las Vegas, bondissant d’un twist échevelé à la mélancolie du banjo et de l’harmonica mêlés.

Superseven Chiama CairoSinfonia per Due SpieF.B.I. Operazione Vipera GiallaSur ce dernier chapitre cependant, le compositeur était moins aiguillonné par l’envie de jouer les globe-trotters que par un désir profond de laisser vibrer l’américanisme de ses racines artistiques. Sous-genre à part entière au sein des conventions musicales détourées avec soin par l’Eurospy, le jazz opère dans Sinfonia per Due Spie un succulent et classieux déploiement de saveurs. Pour les fins gourmets en quête, cette fois, d’atmosphères mélancoliques et violentes, F.B.I. Operazione Vipera Gialla (Opération Vipère Jaune) du même de Masi, ou le très nerveux La Trappola Scatta a Beirut (Baroud à Beyrouth pour FBI 505) de Morricone, font une bien plus accorte clientèle, remplis qu’ils sont d’action mouvementée et des bleus à l’âme ruisselant du saxophone. L’excellent Assassination (La Peur aux Tripes) de Robby Poitevin aurait pu former avec ceux-ci un terrific trio, si des atours grisâtres de thriller urbain et la trogne d’Henry Silva n’avaient pas éloigné le film des excentricités de l’espionnage all’italiana.

 

Justement, voilà le genre de chausse-trappe que d’aucuns, malgré tout leur talent, n’ont su éviter. Voyez Riz Ortolani, auteur d’un Berlino – Appuntamento per le Spie (Berlin, Opération Laser) de grande classe. Les multiples crépitements de tension, le romantisme embuant le Love Theme sont un régal pour les oreilles, mais les privés toujours prêts à noyer leur spleen au fond d’un verre et les jeux d’ombre expressionnistes du polar hard-boiled, qu’ils évoquent irrésistiblement, vont à rebours du chaud soleil méditerranéen dans lequel baigne un film mâtiné, de surcroît, d’un zeste de science-fiction. Rapporto Fuller, Base Stoccolma (Trahison à Stockholm), bien que truffé d’ingrédients identiques, est plus convainquant dans son numéro d’équilibriste. Noble compositeur dévoué à Ettore Scola et Vittorio De Sica côté pile, roi de la lounge à qui l’on doit une brouette de comédies sexy côté face, le polymorphe Armando Trovaioli mise tous ses deniers sur l’enivrante chanson The Touch Of A Kiss, dont la beauté jazzy n’atténue aucunement des fragrances « bondiennes » au plus haut point délicieuses.

La Trappola Scatta a BeirutAssassinationBerlino - Appuntamento per le Spie

Il va sans dire que dans l’Eurospy comme dans n’importe quel autre de ces genres impurs dont l’histoire du cinéma est prolixe, les hommes-orchestres capables de tirer en même temps toutes les ficelles, fussent-elles énormes et de mauvais goût, ne voyaient jamais leur carnet de rendez-vous désemplir. Bienvenue dans la surenchère triomphante, ultime roue de secours des faiseurs à bout de souffle, le plus souvent, mais parfois signe d’une inventivité affranchie de toute espèce de bienséance. On rangera sans hésiter dans cette dernière catégorie le parolier, animateur radio et télé et compositeur à ses heures perdues Gianni Boncompagni, qui fait feu de tout bois avec une jouissance non dissimulée dans Riuscira il Nostro Eroe a Ritrovare il Piu’ Grande Diamante del Mondo ? Approximativement tous les trucs du spy scoring cités plus avant se télescopent sous la houlette facétieuse du gaillard. Face à cette déferlante de flonflons, l’indigestion menaçait forcément. Ô ! stupeur, le résultat, d’une cohérence assez étonnante, dévide ses notes cartoonesques avec autant d’aisance que sur un roulement à billes. Si le nom de Boncompagni ne s’était pas étalé en toutes lettres dans les crédits du générique, la tentation eût été grande d’attribuer ce joyeux remue-ménage à Bruno Nicolai.

 

Le vieil acolyte de Morricone (passons bien vite sur les débats fielleux l’accusant de n’avoir jamais fait office que de prête-nom) a toujours compté à son arsenal une fantaisie roborative, où le ludisme et l’ironie prennent le pas sur la gaudriole balourde. Presque toutes ses partitions pour l’Eurospy en attestent, et le jubilatoire Missione Speciale Lady Chaplin au premier chef. Dans ce fleuron du genre, habilement mis en images par l’artisan tout-terrain Alberto De Martino, la musique se soumet d’excellente grâce au lubies caméléons de la sublime Daniela Bianchi, femme fatale aux cent identités (votre serviteur doit reconnaître un faible pour la séquence pré-générique, où l’actrice, déguisée en nonne, nettoie un monastère high-tech à grandes rafales de mitraillette). Elégant disciple de John Barry le temps de mélodies capiteuses, puis l’instant d’après bateleur jovial ne reculant devant aucune roublardise pop pour accrocher l’oreille, Nicolai désamorce sans cesse les attentes. Et son auditoire, plutôt que d’implorer pitié devant ce copieux festin, en réclame toujours davantage.

Missione Speciale Lady ChaplinAgente Speciale LK - Operazione Re MidaUpperseven - L'Uomo da Uccidere

Aucun problème ! L’oeuvre du compositeur est sertie d’autres petites pépites d’un même acabit. Le déjanté Kiss Kiss… Bang Bang (Très Honorable Correspondant) démarre ainsi pied au plancher, via des accents yéyé qui désarçonnent et aguichent à égales proportions, avant de se métamorphoser en friandise jazzy dont le goût moelleux et la texture fondante dissimulent un je ne sais quoi de plus âcre. Jess Franco, indéfectible partenaire de pellicule de Bruno Nicolai, qui fut de tous les mauvais coups au fil de sa chaotique carrière, s’est lui aussi amouraché des espions chicos en réalisant, entre autres parodies d’espionnage, Agente Speciale LK – Operazione Re Mida (LK Agent Spécial). En 1967, le cinéaste n’était pas encore sous l’influence des mystérieux psychotropes qui l’ont par la suite conduit à mettre en scène des objets irracontables, et son spy movie reste, en comparaison, plutôt orthodoxe. Soyons francs, ce n’est pas tellement le cas de la musique, à son désavantage, d’ailleurs. Hormis la joliesse plaintive du Love Theme, elle ressemble au fond sonore d’une surboum chauffée à blanc, pédale wah-wah et vocalises aigrelettes à l’appui.

 

Mais le plaisir pervers qu’on pourrait tirer d’une telle écoute ne s’apparente en rien à celui que procure sans réserve le génial thème d’Upperseven – L’Uomo da Uccidere (Espionnage à Cape Town). Galvanisé par une énergie virile dont les héros de l’Eurospy n’ont pas eu si souvent l’occasion de se rengorger, Nicolai fait vociférer les cuivres et trépider la guitare. Le western à l’italienne rôde, tout proche. Rien d’étonnant à cela, notre compositeur ayant représenté, juste après le grand chambellan Morricone, l’un des plus talentueux illustrateurs du genre. L’un des plus fidèles aussi, que les années 70 et l’aberrante transformation des duels baroques en concours de tartes à la crème n’ont pas réussi à décourager. Il faut dire que Nicolai en avait vu d’autres. Quand on a survécu, comme lui, et comme bien d’autres de ses confrères, à l’opportunisme fauché des pâles succédanés de 007, qui ont connu à Cinecittà un âge d’or surtout quantitatif malgré des réussites éparses et le charme indémodable des swinging sixties, quelles turpitudes pourrait-on encore craindre ?

 

Upperseven - L'Uomo da Uccidere

Benjamin Josse

Benjamin Josse

Rédacteur
Les temps changent. A l'heure de la communication instantanée et du joug de la téléphonie mobile, on ne trouvera plus grand-monde pour s'étonner d'entendre quelque quidam dégingandé soliloquer à haute voix. Aussi incroyable que cela paraisse, il fut une époque où ces effusions publiques aimantaient moult moues désapprobatrices et sourcils orageusement froncés, à plus forte raison quand l'objet de tous ces regards courroucés fredonnait (mal) le thème de The 7th Voyage Of Sinbad et s'essayait (pour un déplorable résultat) à imiter les glouglous burlesques de La Soupe aux Choux. C'est ainsi que de fil cassé en aiguille tordue, le mal-aimé Benjamin trouva refuge dans le giron d'UnderScores, merveilleuse terre d'asile où, depuis lors, il se consacre à l'égoïste satisfaction des vices précités, et d'autres plus condamnables encore. Le moindre, assurément, n'étant pas de larder d'aiguilles trempées dans du curare une poupée grossièrement faite à l'effigie de Hans Zimmer, sa Némésis de toujours (« Si j'arrivais seulement à lui flanquer des cors aux pieds, je serais le plus heureux des hommes », confesse-t-il, l'oeil torve). Parce qu'il lui faut bien gagner sa croûte, ou plus exactement les quignons de pain moisis que le maître des lieux condescend à lui jeter pour tout salaire, il rédige de loin en loin d'étranges amphigouris dédiés à des scores d'exotique provenance. Ses collègues sont incrédules et les lecteurs baillent d'ennui, mais aux dernières nouvelles, il n'a pas l'intention de fermer boutique...
Benjamin Josse