Wolf Totem (James Horner)

Horner danse avec le Dernier Loup

Disques • Publié le 08/04/2015 par

Le Dernier Loup WOLF TOTEM (2015)
LE DERNIER LOUP
Compositeur :
James Horner
Durée : 58:59 | 13 pistes
Éditeur : Milan Music

 

5 Stars

A la fin des années 60, deux étudiants chinois envoyés en Mongolie chinoise pour propager les « bienfaits » de la Révolution culturelle vont y découvrir la beauté de la steppe mongole et l’âpreté de la vie quotidienne des nomades, mais aussi sa richesse. Quatrième collaboration entre le cinéaste français Jean-Jacques Annaud et James Horner, Le Dernier Loup est l’occasion pour le second de revenir de façon flamboyante sur le devant de la scène, trois ans après The Amazing Spider-Man et deux ans après le rejet de sa musique pour le Romeo & Juliet de Carlo Carlei. Tourné à l’ancienne, Le Dernier Loup a visiblement enthousiasmé Horner, qui nous livre un score majeur, beau et intense.

 

Exposée dans Leaving For The Country, la mélodie principale, portée par les cuivres soutenus par les cordes, s’avère à la fois épique et noble, embrassant les vastes étendues de la Mongolie. Ce thème de six notes est fragmenté et connait des variations tout du long du score, sans perdre sa substantifique moëlle. La ligne mélodique est ici plus courte que celle des thèmes de Legends Of The Fall (Légendes d’Automne) ou de Braveheart, mais son impact n’en est pas moindre. L’orchestre londonien est conséquent et Horner y adjoint une palette d’instruments asiatiques (erhu, shakuhachi, taiko…) utilisée avec beaucoup de parcimonie, tout en conservant une écriture occidentale. Car point de clichés musicaux sur la Chine ici : le score apparaît moins chinois que Braveheart n’était écossais, ou que Titanic n’était irlandais. Comme si Horner prenait du recul pour, au-delà de ce récit chinois, globaliser le discours du film sur l’équilibre fragile entre l’Homme et la Nature, sur le conflit entre tradition et modernité (comme dans Avatar). Un second thème se découvre dans An Offering To Tengger / Chen Saves The Last Wolf Pup. Plus dramatique que le premier, ce second thème de quatre notes est joué par les cordes. Le Dernier Loup expose aussi régulièrement de beaux moments calmes et tendres, qui ne sont pas sans rappeler l’esthétique de scores comme To Gillian on Her 37th Birthday (Par Amour pour Gillian) ou The Pelican Brief (L’Affaire Pélican) dans les combinaisons piano/cordes.

 

La horde prête à l'attaque

 

Avec ses thèmes, ses couleurs d’Orient et une science orchestrale toujours aussi impressionnante (les variations du thème principal par les cordes sont époustouflantes), le score du Dernier Loup serait déjà hautement satisfaisant. Mais il y a encore davantage à découvrir ! C’est que le film offre en effet au compositeur des séquences d’action remarquables, notamment Wolves Stalking Gazelles et l’attaque nocturne des loups sur les chevaux autour d’un lac gelé (répartie sur deux morceaux du disque). Aux visions cauchemardesques de la sauvagerie animale vue par Annaud, Horner répond avec une gravité, une férocité musicale assez rare chez lui. Une férocité dont les prémices remontent à ses débuts et qu’il avait rarement exprimée depuis : on pense à Brainstorm, Wolfen et Aliens. La montée en charge, un trait caractéristique du compositeur, laisse pantois l’auditeur : au fur et à mesure que la nuit tombe et la tempête s’annonce, la musique, d’abord calme, s’intensifie. Et à la moitié de Wolves Attack The Horses, l’action éclate de façon saisissante : les cordes sont effrénées, tels les chevaux pris dans un galop fatal, et les cuivres expriment la férocité des loups et des éléments naturels qui se déchaînent… The Frozen Lake, aux cordes hypnotiques, l’intense Scaling The Walls et Hunting The Wolves sont trois autres morceaux d’action haletants. Ce qui frappe, c’est que Horner arrive à conjuguer un matériau d’action qui s’avère également hautement mélodieux, harmonique et gracieux… Il a peut-être pris du recul ces dernières années, mais à n’en pas douter, son amour du cinéma reste intact.

 

Enfin, c’est toujours un plaisir de voir Horner conclure un album avec l’un des ces longs finals dont il a le secret. Return To The Wild enchaîne l’émouvante scène finale avec le générique de fin. Les talents de narrateur musical du compositeur y font une fois de plus merveille. Il embarque l’auditoire dans une série de variations du thème principal tantôt lumineuses, tantôt sombres, dans un moment de perfection absolue. Porté par un thème principal sensationnel, le score du Dernier Loup, à la fois brutal et épique, est à Horner ce que Dances With Wolves (Danse Avec Les Loups) fut à John Barry : la quintessence musicale d’un génie entré dans l’ère de la maturité, et un nouveau pas vers l’éternité.

 

Les beautés de la Mongolie

Olivier Soude

Olivier Soude

Contributeur (2008-2018)
Jamais la conscience du rôle de la musique pour l’écran n’aurait jailli si tôt sans les repiquages (avec les bruits ambiants de la pièce !) de génériques de dessins animés et de génériques de fin de (télé)films dès le début des années 80. A force d’écouter en boucle, forcément, l’intérêt grandit. En 1984, quand sort Indiana Jones And The Temple Of Doom, c’est le choc musical! La K7 de la bande originale du film constitue la toute première pièce de sa collection. Ceci explique sans doute pourquoi pour lui, aujourd’hui encore, l’œuvre de John Williams reste inégalée. Au début des années 90, à la faculté d’Amiens, sa rencontre avec d’autres mordus de béos enracine définitivement sa passion et sa curiosité pour cet art particulier. En 1996, au Barbican Center de Londres, après un concert, il échange quelques mots avec John Williams. Peu de temps avant de débuter la carrière d’enseignant à laquelle il se destine, en 1998, il commence à participer au fanzine Dreams To Dreams. Il s’entretient alors avec certains des compositeurs anglo-saxons qui le fascinent. Sa rencontre à Lunéville en 1999 avec Michael Kamen restera le point culminant des années passées en tant que rédacteur de Dreams Magazine.
Olivier Soude