Superman Returns (John Ottman)

L'épopée de Superman

Disques • Publié le 10/01/2014 par

Superman ReturnsSUPERMAN RETURNS (2006)
SUPERMAN RETURNS
Compositeur :
John Ottman
Durée : 127:29 | 37 pistes
Éditeur : La-La Land Records

 

4.5 Stars

Après avoir lancé les adaptations de comics Marvel au cinéma avec X-Men en 2000 et persévéré avec X-Men : United (X-Men 2) en 2003, Bryan Singer passe la main pour le troisième opus, X-Men : The Last Stand (X-Men : l’Affrontement Final) et délaisse un projet de remake de Logan’s Run (L’Âge de Cristal) lorsqu’en 2006, la Warner lui propose de basculer dans l’univers de DC Comics. Recréer Superman, rien de moins que le plus célèbre des super-héros, ça ne se refuse pas… C’est alors qu’il compose le score de Fantastic Four (Les 4 Fantastiques) que John Ottman se voit offrir par son réalisateur de prédilection les postes de monteur et compositeur pour Superman Returns.

 

Davantage une sequel qu’un reboot, Superman Returns fait plus ou moins l’impasse sur les suites au film culte de Richard Donner, Superman : The Movie, et s’inscrit volontairement dans le sillon du film qui fit la gloire de son interprète-titre, Christopher Reeves. Voilà pourquoi Ottman et Singer décident d’intégrer au nouveau score les thèmes composés par John Williams en 1978. Y seront donc repris le thème principal, la musique pour Krypton, quelques mesures du thème Leaving Home lié aux Kent et le thème d’amour. Bien conscient de la valeur iconique des thèmes de Williams, Ottman décide de ne pas de se préoccuper de ce que les gens vont penser de son score (il recevait déjà des emails haineux des mois avant d’avoir couché la moindre note !). Il prend pour règle d’écrire ce que requiert le film sans pasticher le style de Williams, considérant qu’un autre a écrit le thème principal du film, qu’il intègre aux moments voulus.

 

Si la célébrissime Superman’s March de Williams se fait entendre chaque fois qu’une action héroïque est effectuée par l’homme de fer, Ottman peut tout de même composer « son » thème pour Superman, puisque Kal-El expose une facette tourmentée et triste, jusqu’ici absente des films. Mais l’affaire n’est pas simple, puisque dans le même temps, ce nouveau thème doit être suffisamment malléable pour pouvoir refléter l’espoir que représente Jason, le fils présumé que Superman se découvre à son retour sur Terre. Ottman souhaite en effet que les deux personnages soient liés musicalement. Ce thème repose essentiellement sur les violoncelles, supportés par le chœur. Lorsque le personnage de Jason est concerné, la clarinette remplace les cordes et le motif au piano qui ornemente le thème prend des couleurs proches du célesta. Lois Lane, et sa relation à Superman, disposent de leur propre thème porté par les cordes. Si la mélodie de Can You Read My Mind est toutefois bien reprise pour illustrer le lien entre Superman et Lois, la citation fait plutôt écho au passé qu’au présent, puisque Superman et Lois se sont éloignés physiquement et sentimentalement… La kryptonite se voit attribuer un motif mystérieux qui, lorsque s’y associent les chœurs, exprime une certaine étrangeté un peu effrayante. Enfin, parce qu’il juge la March Of The Villains de Williams trop comique pour un Lex Luthor plus machiavélique qu’excentrique, Ottman compose un nouveau thème pour ce dernier, un motif descendant joué par les cuivres et les percussions soutenus par un ostinato agressif joué par les cordes.

 

Sessions d'enregistrement de Superman Returns

 

Le film permet à Ottman de composer des morceaux d’action absolument fabuleux, tel Boosters Not Responsive / Rough Flight qui illustre le sauvetage de l’avion qui supporte la nouvelle navette spatiale sensée s’en décrocher mais qui reste coincée sur la carlingue du Boeing… Ottman accompagne cette scène de sept minutes d’une musique digne d’une montagne russe, intégrant intelligemment les rythmiques et la montée en charge du thème d’origine, une émotion sincère et intense et les chœurs qui viennent conclure magistralement le morceau.

 

Pendant la postproduction, Ottman retouche au montage du film plusieurs fois, déplaçant parfois ses compositions ça et là et réenregistrant de nouvelles prises. Plusieurs morceaux accompagnant de grosses scènes doivent être réenregistrés, pas moins de quatre fois pour Saving The World… A l’occasion de la sortie du film, Rhino Records édite un album déjà généreusement rempli. Si l’écoute de ces 55 minutes s’avère plaisante, et malgré d’indéniables moments de fulgurance, force fut de constater que les reprises des thèmes de Williams écrasaient quelque peu le matériel composé par Ottman. Mais ça, c’était avant.

 

Juste à temps pour célébrer le 75ème anniversaire de la création de Superman, La-La Land Records propose une réédition intégrale de la partition de Superman Returns, y compris les sections coupées lors du montage de la musique (même si ce n’est pas précisé – il suffit de revoir le film). Et c’est avec respect et admiration pour John Ottman que l’auditeur ressort des deux heures de musique ici restituées. Car plus qu’une réédition, c’est une redécouverte majeure. Le déséquilibre qui gênait sur l’album d’origine disparaît : parce que des mesures entières sont ici réintégrées, les insertions des thèmes de John Williams et leurs transitions s’intègrent en fait totalement au sein du score qui, loin de n’en être que le faire-valoir, acquiert une nouvelle dimension. L’utilisation des chœurs n’est pas pour rien dans cette réussite. Contrairement aux travaux passés du compositeur, les chœurs ne sont pas utilisés comme élément de texture, comme Ottman avait pu les intégrer dans l’excellent Apt Pupil par exemple. Tantôt exaltées, tantôt introspectives, ces voix enfoncent le clou et entérinent le caractère divin de Superman : les choristes chantent sa gloire ! Soulignons enfin les nombreux moments sentimentaux très réussis, reflétant la tendresse et la peine de Superman et Lois. Épique, romantique et plein d’action, le score de Superman Returns atteint des sommets. Is it a bird? Is it a plane? Non, c’est John Ott-Man !

 

Bryan Singer et John Ottman pendant les sessions d'enregistrement de Superman Returns

Olivier Soude

Olivier Soude

Contributeur
Jamais la conscience du rôle de la musique pour l’écran n’aurait jailli si tôt sans les repiquages (avec les bruits ambiants de la pièce !) de génériques de dessins animés et de génériques de fin de (télé)films dès le début des années 80. A force d’écouter en boucle, forcément, l’intérêt grandit. En 1984, quand sort Indiana Jones And The Temple Of Doom, c’est le choc musical! La K7 de la bande originale du film constitue la toute première pièce de sa collection. Ceci explique sans doute pourquoi pour lui, aujourd’hui encore, l’œuvre de John Williams reste inégalée. Au début des années 90, à la faculté d’Amiens, sa rencontre avec d’autres mordus de béos enracine définitivement sa passion et sa curiosité pour cet art particulier. En 1996, au Barbican Center de Londres, après un concert, il échange quelques mots avec John Williams. Peu de temps avant de débuter la carrière d’enseignant à laquelle il se destine, en 1998, il commence à participer au fanzine Dreams To Dreams. Il s’entretient alors avec certains des compositeurs anglo-saxons qui le fascinent. Sa rencontre à Lunéville en 1999 avec Michael Kamen restera le point culminant des années passées en tant que rédacteur de Dreams Magazine.
Olivier Soude