Shark Night 3D (Graeme Revell)

Gang de requins

Disques • Publié le 18/10/2011 par

Shark Night 3DSHARK NIGHT 3D (2011)
SHARK 3D
Compositeur :
Graeme Revell
Durée : 32:00 | 19 pistes
Éditeur : Cutting Edge

 

1 Stars

On se demande ce qui a poussé le réalisateur David R. Ellis, qui a jadis travaillé avec Bruce Broughton, Shirley Walker et John Ottman (avant d’en arriver à Trevor Rabin et Brian Tyler : certes, c’est moins reluisant !), à faire appel à Graeme Revell pour son dernier film, Shark Night 3D. En effet, le compositeur des brillants mais lointains The Crow et The Saint (Le Saint) est plus que jamais has-been : alors que l’on a pu croire à intervalles réguliers, durant les années 90 et même au début des années 2000, que sa carrière allait (re)décoller grâce au potentiel commercial de Lara Croft : Tomb Raider, de The Chronicles Of Riddick (Les Chroniques de Riddick) ou encore de Sin City, Revell n’a fait que sombrer toujours plus bas entre remakes de séries B horrifiques et adaptations de comics lamentables. Signe de sa déchéance : son dernier score édité, Street Kings (Au Bout de la Nuit), remonte à 2008 et n’est disponible qu’en téléchargement !

 

Sur Shark Night 3D, le compositeur est en terrain connu puisqu’il a débuté dans l’horreur et s’est notamment illustré sur les sagas mettant en scène Chucky, Norman Bates, Freddy Krueger, Jason Vorhees… Allait-il cette fois-ci rendre hommage à Jaws (Les Dents de la Mer) de John Williams ? Point du tout, ç’eût été trop beau, et c’est plutôt du côté des pires moments de Deep Blue Sea (Peur Bleue) de Trevor Rabin que Revell s’aventure ! Pour faire des économies, sa partition est entièrement électronique, ce qui nous garantit d’emblée un son artificiel et désagréable – certains pourront dire qu’un tel son est approprié pour un film d’horreur, où la musique n’est pas censée être agréable, mais l’ennui est qu’encore une fois, le synthétiseur est employé pour imiter et remplacer un véritable orchestre, avec le résultat cheap et désastreux que l’on connaît (dans un registre assez proche, Piranha 3D de Michael Wandmacher était plus réussi).

 

Shark Night 3D

 

Samples de guitare électrique agressive, rythmes synthétiques en tous genres, percussions frénétiques, imitations de cordes grondantes ou crissantes et de cuivres stridents, la musique attaque dès le générique d’ouverture et bombarde durant presque trente minutes. Le cahier des charges est parfaitement respecté (pour un film lui-même correct mais un peu avare sur les effets gore et même sur les apparitions des requins, derrière lesquels se dessinent les vrais méchants, une bande de rednecks sadiques) mais avec une telle abondance de clichés et une telle absence de recherche que l’on se demande si le compositeur a travaillé plus d’une journée sur ce film ! Lui qui a affirmé à plusieurs reprises dans des interviews disposer d’une banque sonore toute prête dans laquelle il pouvait piocher à volonté, a sans doute servi au réalisateur un score déjà formaté par sa longue expérience du genre horrifique et réchauffé en deux temps trois mouvements… On y reconnaît notamment pas mal de séquences qui semblent tout droit tirées de Freddy Vs. Jason (Freddy contre Jason).

 

Efficace dans le film mais totalement dénué d’intérêt en écoute isolée, très bruyant voire épuisant lors des scènes d’action et soporifique lors des rares moments d’accalmie, parfois ridiculement branché pour coller à l’univers de jeunes héros décérébrés, ce n’est hélas pas le score de Shark Night 3D qui redonnera foi dans le talent de Graeme Revell. Il paraît désormais très improbable de voir le compositeur se sortir de cet enfer. Mais de toute façon, qui s’en soucie ?

 

Shark Night 3D

Gregory Bouak

Gregory Bouak

Contributeur (2010-2012)
Toujours un peu décalé, Grégory écoute de la musique classique à l’âge où les autres écoutent du rock, de la variété, ou rien, ce qui fait qu’à quinze ans, il pense avoir fait le tour de la question et se retrouve tout démuni. Il aime aussi depuis longtemps le cinéma et surtout les Star Wars, les Batman, les James Bond, dont il goûte les musiques avant tout parce qu’elles lui rappellent les films. Un jour, en voyant Stargate, il découvre que les musiques de films peuvent être d’une grande richesse et s’apprécier pour elles-mêmes en écoute isolée, se présentant comme les dignes héritières de son genre de prédilection, la grande musique symphonique telle qu’elle a atteint son apogée à la fin du XIXe siècle. C’est le début d’une longue et belle amitié qui n’a jamais connu de rupture. A partir de 2000, il se met à écrire des articles et des critiques de musique de film pour le site internet TraxZone, puis pour LeFantastique.net et Khimaira Magazine, tous deux spécialisés dans le fantastique, la fantasy et la science-fiction. En parallèle, il publie des articles dans la version papier de Khimaira. En 2006, il crée Horreurs et Merveilles, un blog puis un site consacré aux musiques des films de l’imaginaire. En 2010, suite à un bug irrémédiable d’Horreurs et Merveilles, dont il soupçonne secrètement les membres d’UnderScores d’être les instigateurs afin de l’inciter à rejoindre leur équipe, il accepte avec joie de contribuer au nouveau magazine de référence de la musique de film en langue française, afin de continuer à promouvoir sa passion.
Gregory Bouak