Meet Joe Black (Thomas Newman)

L'amour à mort

Disques • Publié le 21/09/2011 par

Meet Joe BlackMEET JOE BLACK (1998)
RENCONTRE AVEC JOE BLACK
Compositeur :
Thomas Newman
Durée : 51:36 | 20 pistes
Éditeur : Universal Records

 

4 Stars

C’est paradoxalement pour un film globalement assez mal reçu que Thomas Newman a signé l’une de ses plus belles compositions. Malgré son point de départ appartenant au genre fantastique, Meet Joe Black – remake de Death Takes A Holiday (La Mort prend des Vacances), lui-même adapté de la pièce du même nom – assume totalement son romantisme fleur bleue, même si l’on ne peut ignorer le ton doux-amer qui lui donne ce cachet particulier. L’auteur de Scent Of A Woman (Le Temps d’un Week-end) illustre avec parcimonie – quarante minutes de musique originale pour ce métrage de 2h50 – différents aspects de cette histoire hors du temps : comme suspendue entre quelques moments de grâce, la partition sème au fil du récit un certain trouble émotif qui se changera en véritable passion.

 

Le disque s’ouvre avec Yes, un premier thème éthéré pour lequel des cordes lointaines, relevées par les touches d’un piano, illustrent une étrange anxiété malgré l’impression d’une relative douceur : impuissant face à une attaque cardiaque, William Parrish (Anthony Hopkins) semble cerné par un ennemi invisible… Ce dernier se montre dans Meet Joe Black, dans lequel le piano se fait plus présent pour matérialiser un rapport qui se nouera progressivement entre les deux personnages. Même si, grâce à son écriture cultivant le décalage, il fait preuve de justesse pour évoquer la rencontre entre Parrish et Joe Black (Brad Pitt) et par conséquent l’étrangeté de sa situation, Newman semble s’être particulièrement concentré sur la motivation de la Mort, c’est à dire la découverte de la vie en général et des rapports humains en particulier. Par exemple, le thème de Frequent Things, avec son piano empreint de tristesse, s’apparente à la compassion de la Mort pour une vieille femme souffrante ou au regret de Susan Parrish (Claire Forlani) à l’idée d’une histoire d’amour impossible.

 

Susan (Claire Forlani) dans les bras de Joe Black (Brad Pitt)

 

Mais c’est d’abord par le thème principal dans Walkaway que s’exprime l’une des composantes essentielles du score. Ce love theme joué par les cordes et le haut-bois relève de ce qu’il y a de plus romantique, voire naïf, lorsque Susan quitte à regret l’homme qu’elle vient de rencontrer : l’on ressent déjà toute la tendresse des sentiments naissants pour cet homme idéal malheureusement condamné. Car la Mort n’est-elle pas déjà là, témoin de ce coup de foudre, envieuse de ce bouleversement émotionnel si agréable ? La délicatesse du thème ne traduit-elle pas la naïveté de la Mort, vierge en matière de sentiments ? Manifestement, c’est pour elle le début d’un apprentissage qui se poursuivra dans Cold Lamb Sandwich, quand le piano, plus intime et personnel, accompagne Parrish dans l’évocation de sa femme décédée : la Mort, devenue Joe Black, découvre la naissance de l’amour à travers les souvenirs du vieil homme.

 

Un deuxième thème se détache nettement de l’ensemble, devenu par ailleurs un des plus appréciés de son auteur : celui de la scène d’amour entre Susan et Joe Black, dans laquelle la délicatesse n’a d’égale que la justesse du ton. Toutes proportions gardées puisque Newman garde son style quoi qu’il en soit : les cordes explosent dans l’expression des sensations mêlées, la violence du choc émotionnel causé par l’éveil des sens est pleine de vibrations et de fragilité. C’est la touchante vulnérabilité de Joe Black qui vit cette expérience pour la première fois, celle-ci étant ensuite dictée par une boucle de piano ornée de nappes synthétiques, faisant mine de s’emballer au rythme du cœur des amoureux.

 

Enfin, That Next Place reprend le thème principal pour une fin où tout se résout. Ce long développement de dix minutes cède définitivement aux élans romantiques décomplexés. Alors que la mise en scène et le jeu d’acteurs sont d’une constante sobriété, y compris lors du dénouement en feu d’artifice, c’est la musique qui s’embrase pour clore l’histoire et se faire le relai entre les leçons d’une vie passée et les promesses d’un amour à venir. Alors que Thomas Newman s’est forgé un style propre notamment orienté par ses choix d’instrumentations, Meet Joe Black fait partie de ses travaux qui tirent parti de sa grande sensibilité. En effet, c’est surtout par une écriture plus classique, principalement pour les cordes, que cette émotion palpable et plus conventionnelle chez le compositeur transforme cette rencontre insolite en un moment exceptionnel dont la rareté fait la valeur.

 

Susan et Joe, unis... pour la vie ?

Sebastien Faelens

Sebastien Faelens

Rédacteur
Cinéphile depuis sa plus tendre enfance, ce n’est qu’à ses dix-huit ans que Sébastien commence réellement à écouter la musique de film en dehors de son support. Effectivement, il s'écoulera de nombreuses années d’errements dans les vidéo-clubs de Beauvais à la recherche de films bien trop violents pour son âge, avant sa rencontre pendant ses études avec Vivien Lejeune, qui deviendra rapidement un ami et un premier guide passionné dans l’univers de la B.O. Puis c’est l’escalade : la rencontre avec Olivier Soudé, puis la participation aux magazines Dreams to Dreams et Cinéfonia finiront de rendre le jeune métalleux complètement accroc aux trames sonores, ce qui a longtemps conforté ses parents dans l’idée qu’il avait probablement des fréquentations peu recommandables malgré son apparente tranquillité. Mais le célèbre magazine périclite en 2006 et c’est après trois ans d’une retraite bien méritée qu’il reprend du service comme rédacteur puis secrétaire de rédaction d’UnderScores : les années ont passé mais la passion est restée intacte !
Sebastien Faelens