Harry Potter And The Chamber Of Secrets (John Williams)

Quand Harry rencontre Dobby

Disques • Publié le 13/07/2011 par

Harry Potter And The Chamber Of SecretsHARRY POTTER AND THE CHAMBER OF SECRETS (2002)
HARRY POTTER ET LA CHAMBRE DES SECRETS
Compositeur :
John Williams
Durée : 70:08 | 20 pistes
Éditeur : Warner Sunset / Nonesuch / Atlantic

 

5 Stars

Interrogé à propos du travail qu’a représenté pour lui et son équipe l’adaptation du second opus des aventures d’Harry Potter, Chris Colombus répond en toute simplicité et non sans humour : « Le lendemain de la première de Harry Potter And The Philosopher’s Stone, nous débutions le tournage de Harry Potter And The Chamber Of Secrets ! » Avant même de mesurer le succès – forcément phénoménal – du premier film, tout le monde rempile donc tambour battant pour le second. Le compositeur John Williams, à qui la musique de The Philosopher’s Stone a valu une énième nomination aux Oscars, se déclare très enthousiaste à l’idée de participer à The Chamber Of Secrets. L’ennui, c’est que son comparse de toujours Steven Spielberg ne lui laisse que peu de répit à cette période : juste avant le premier Harry Potter, Williams avait travaillé sur A.I. Artificial Intelligence (A.I. Intelligence Artificielle), et juste avant le second, sur Minority Report. Cette fois-ci, toujours en 2002, c’est pour Catch Me If You Can (Arrête-moi si tu peux) que le musicien a signé et du coup il se retrouve incapable de terminer complètement The Chamber Of Secrets. C’est alors qu’entre en jeu le second compositeur mentionné au générique et sur lequel les béophiles se sont longtemps interrogé anxieusement : William Ross.

 

Celui-ci a été l’orchestrateur de tous les plus grands à Hollywood depuis les années 80 (Danny Elfman, Christopher Young, Michael Kamen, David Newman…) et le collaborateur attitré d’Alan Silvestri sur plus de trente films, mais ce sont sans doute ses jolies compositions très americana telles My Dog Skip (Mon Chien Skip) et Tuck Everlasting (Immortels) qui lui ont valu d’être contacté directement par Williams pour l’aider à finaliser le travail sur le second Harry Potter. Contrairement à ce qu’on a pu croire pendant un moment, la musique a cependant été composée à 100% par Williams, qui a seulement demandé à William Ross d’adapter ses thèmes, c’est-à-dire de s’assurer que la musique telle qu’elle était proposée par Williams convenait exactement aux scènes du film et, le cas échéant, la réécrire légèrement selon les demandes du réalisateur ou des producteurs. De son côté, avant de rejoindre Catch Me If You Can, Williams avait décidé avec Chris Colombus quelles scènes nécessitaient de la musique et avait composé toute une batterie de nouveaux thèmes, qu’il avait par ailleurs déjà formatés pour l’album de la bande originale. Ce dernier, n’en déplaise aux fans, propose donc une fois encore un contenu assez éloigné de ce qu’on peut entendre dans le film, et cette fois-ci avec les morceaux dans le plus complet désordre. Enfin, outre sa mission d’adaptation, William Ross s’est également chargé de diriger le London Symphony Orchestra lors des sessions d’enregistrement, ce qui constituait une première pour lui et dont il s’est montré enchanté.

 

Une fois n’est pas coutume, commençons par la fin : la dernière piste de l’album de Harry Potter And The Chamber Of Secrets, qui reprend à l’identique la suite Harry’s Wondrous World, est là pour montrer que le score du second opus se situe évidemment dans la droite lignée du premier et qu’il en reprend les grandes lignes afin de consolider l’univers bâti dans le film et le score précédents. En effet, le compositeur avait déjà conféré au monde du jeune sorcier une telle richesse et une personnalité si bien affirmée qu’il aurait été impensable de faire table rase de tout cela ! Pour cette nouvelle année à Hogwarts, tout le monde emprunte le chemin des écoliers et Williams fait de même : on a alors droit aux indispensables reprises des principaux thèmes de The Philosopher’s Stone, qui, par le biais de nombreuses variations, permettent au spectateur de retrouver rapidement ses repères et de se replonger dans un univers enchanté censé devenir de plus en plus familier.

 

Hogwarts Express et voiture volante

 

Le thème d’Hedwig est bien sûr entendu dès l’apparition du logo de la Warner et demeure durant tout le film le point de repère musical majeur, toujours entre magie et humour, sur un mode tantôt mystérieux tantôt plein d’entrain (voir ses diverses reprises au cours de la partition : épique et radieuse dans The Escape From The Dursleys, étrange et sourde dans Knockturn Alley, malicieuse et ironique dans Polyjuice Potion). L’intrigante ouverture tapissée de cordes et de célesta bientôt rejoints par les chœurs, qu’on entendait auparavant dans The Arrival Of Baby Harry et qui marquait le début de l’aventure, est elle aussi reprise presque à l’identique dans Prologue : Book II ; dans The Escape From The Dursleys, on entend le thème lumineux associé à Harry (celui qui fait directement suite au thème d’Hedwig dans Harry’s Wondrous World), qui reviendra notamment dans Knockturn Alley lorsque le jeune sorcier retrouve Ron et Hermione, ou encore dans Dueling The Basilisk lorsqu’il se montre à la hauteur de sa réputation de héros. Quant au thème consacré à Harry et à ses parents, désormais associé à toutes les scènes d’émotion et de retrouvailles avec ses proches, il réapparaît de façon triomphale dans Reunion Of Friends.

 

Par la suite, chaque fois que le héros traverse des lieux déjà explorés, chaque fois qu’il se retrouve à un moment décisif de sa quête, chaque fois qu’il rencontre un nouveau danger qui en rappelle un précédent, le compositeur est là pour nous rafraîchir la mémoire et tisser des liens d’un film à l’autre. Au détour de Knockturn Alley, lorsqu’Harry rejoint Hagrid, l’on réentend la mélodie flûtée de Diagon Alley (Knockturn Alley) ; lorsque Ron et lui rejoignent Hogwarts en voiture volante et arrivent en vue du château (The Flying Car), le thème d’Hedwig surgit soudainement, de nouveau entonné par tout l’orchestre et par des chœurs grandiloquents comme dans The Journey To Hogwarts ; ensuite, lorsqu’ils entrent dans la Grande Salle au milieu du banquet (Introducing Colin), on réentend les harmonies sautillantes et pleines de liesse de Entry Into The Great Hall ; enfin, lorsqu’ils explorent pour la seconde fois la Forêt (Meeting Aragog), leur marche est accompagnée par les mêmes cordes et les mêmes bois très graves que ceux entendus dans le premier film. Quant à la fameuse Chambre des Secrets, tout autant que par son nouveau thème, c’est par le motif du premier film associé à la Pierre Philosophale qu’elle est évoquée (logique puisque ces deux éléments sont liés à Voldemort) : celui-ci est rappelé de façon lancinante dans Cakes For Crabbe And Goyle puis dans toute sa splendeur à la fin de Meeting Tom Riddle (l’épisode du flashback), et enfin lorsque les héros découvrent l’entrée de la Chambre.

 

Mais alors, est-ce à dire que le score de Harry Potter And The Chamber Of Secrets ne consiste qu’en une longue série de reprises ? Bien sûr que non, fort heureusement ! Chaque nouvel opus contenant son lot de nouveaux personnages et de nouvelles créatures, John Williams a pu s’en donner à cœur joie et prouver, peu après un Star Wars : Episode II plutôt décevant de ce point de vue, combien il avait encore de la ressource en matière de mélodies inspirées et mémorables : avec Fawkes, la Chambre des Secrets, Gilderoy Lockhart, Dobby et les Araignées, ce ne sont pas moins de cinq nouveaux thèmes marquants qui font ici leur apparition, chacun traité comme une sorte de portrait musical en forme de bref poème symphonique. Si l’on choisit de les considérer dans l’ordre chronologique du film et non de l’album, c’est Dobby qui apparaît en premier. Son thème, qui n’intervient que par bribes et plutôt en sourdine dans le film, est pleinement développé dans Dobby The House Elf : léger, aérien, porté par des cordes évanescentes et des bois facétieux, il progresse constamment de la douce nostalgie du début à une radieuse exubérance et résume à merveille le caractère de ce petit être malicieux et attachant, d’une loyauté sans faille. Du côté de l’humour, signalons également le thème de Gilderoy Lockhart (repris dans The Dueling Club), faussement solennel et presque martial, dont l’aspect parodique est souligné par l’usage inattendu d’un clavecin ; l’emploi très mickey mousing des violons et des instruments à vent ne fait que renforcer cette impression, tout comme la ressemblance prononcée entre ce thème et celui de No Ticket tiré d’Indiana Jones And The Last Crusade (Indiana Jones et la Dernière Croisade), lui aussi clairement burlesque.

 

Dumbledore face à Fawkes, le Phénix

 

Parmi les grandes réussites de ce score, on compte aussi le thème de Fawkes, le phénix de Dumbledore. Apparaissant pour la première fois lorsqu’Harry pénètre dans le bureau du Directeur (Fawkes Is Reborn), il est pleinement exploité dans Fawkes The Phoenix où il se présente sous la forme d’une valse douce et tendre dont les accents chaleureux vont s’accentuant jusqu’à atteindre une ampleur étourdissante et triomphale ; c’est encore sous cette forme victorieuse qu’il ressurgira dans Dueling The Basilisk lorsque Fawkes vole au secours d’Harry. A ce thème fastueux s’oppose son reflet maléfique, celui de la Chambre des Secrets : constitué de volutes entêtantes à la façon du thème de Fawkes et d’Hedwig mais sur un mode beaucoup plus sombre, celui-ci apparaît par petites touches tout au long du film, chaque fois que les personnages ou les événements y font référence (par exemple dans Cakes For Crabbe And Goyle), puis est à son tour développé de façon totalement inédite sur l’album dans un morceau époustouflant qui dévoile tout le potentiel de puissance et d’agressivité du repaire du Basilic. A grand renfort de cordes véhémentes, de cuivres rageurs et de percussions explosives (timbales et cymbales), The Chamber Of Secrets ne laisse plus aucun doute à l’auditeur : le score du second opus, à l’instar du film, s’annonce résolument plus sombre que le précédent.

 

Une voix dans les murs qui susurre des appels au meurtre, des gens pétrifiés, des inscriptions en lettres de sang, un héros qui parle aux serpents, des métamorphoses et déformations étranges, une jeune fille-fantôme fascinée par la mort, des créatures monstrueuses (face au Basilic et aux Araignées géantes, le Troll du premier film fait figure de dilettante)… Ce deuxième Harry Potter multiplie les détails sinistres et John Williams également : bon nombre de passages dans Knockturn Alley, The Dueling Club, Moaning Myrtle, Polyjuice Potion et Cakes For Crabbe And Goyle se révèlent ténébreux et inquiétants à souhait, jusqu’au fascinant Meeting Tom Riddle, qui amène le héros et le spectateur à revisiter une partie du passé de Voldemort. Cordes tendues, harpe et vents ensorcelés, atmosphère funèbre et menaçante, tout cela aboutit à une reprise fracassante, non seulement du thème glaçant de la Pierre Philosophale, mais aussi du motif associé aux Araignées lorsqu’Aragog s’échappe précipitamment de chez Hagrid. Ce motif, qui intervient chaque fois qu’Harry et Ron aperçoivent une colonie d’araignées trottiner vers la Forêt, est entendu au moins quatre ou cinq fois dans le film et culmine sur l’album dans The Spiders et Meeting Aragog : fait de volutes de flûtes aiguës accompagnées de pizzicati s’enflant en des tourbillons hypnotiques, il illustre à la perfection le mouvement rapide, répétitif et de plus en plus inquiétant de milliers de pattes qui se rapprochent sans cesse. Lorsque les héros découvrent Aragog, le thème des Araignées fait place à des sonorités très caverneuses et angoissantes, aux frontières de la dissonance : les flûtes stridentes et les cuivres grinçants renvoient alors directement à la musique des Raptors dans Jurassic Park ; et quand les enfants d’Aragog passent à l’attaque, lors d’une des scènes les plus cauchemardesques de la saga, c’est tout l’orchestre qui se change en arachnide géant assoiffé de sang !

 

Harry dans la Chambre des Secrets

 

L’on en arrive alors au dernier grand point fort de cette composition magistrale : les scènes d’action. Certes, elles ne sont pas vraiment originales pour qui connaît déjà bien le style et les partitions précédentes de Williams, mais elles n’en sont pas moins impressionnantes et d’une efficacité absolue. Energique, enlevée et lumineuse dans The Escape From The Dursleys et dans The Flying Car, la musique se lance dans d’incroyables envolées d’une virtuosité totalement jouissive ; même constat dans Cornish Pixies, dont les cordes déchaînées restituent à merveille le vol frénétique des petites créatures qui finissent par noyer l’écran sous des nuées bleuâtres. Dans The Spiders, la multitude, la force et la férocité des Araignées en font une véritable armée et l’on assiste alors à l’un des morceaux les plus farouches et les plus débridés du compositeur depuis les Indiana Jones, véritable tour de montagnes russes musical à dos d’orchestre gigantesque et hystérique. Enfin, Dueling The Basilisk vient conclure en beauté cet affrontement entre les ténèbres et la lumière au son d’harmonies furieusement épiques dominées par des cloches et des chœurs aux accents gothiques.

 

A l’issue de cet ultime morceau de bravoure, personne ne pourra rester indifférent. Finalement, à reprendre le meilleur de The Philosopher’s Stone et à proposer quantité de nouveaux éléments enchanteurs, le score de The Chamber Of Secrets se révèle encore supérieur au précédent ! Cela n’a pas empêché certains passionnés de se plaindre de la façon dont l’album était conçu et surtout du fait qu’il y manquait énormément de musique par rapport à ce qu’on entendait dans le film, mais tout de même, que de trésors en seulement une heure et dix minutes ! Il y a bel et bien de quoi crier encore une fois au génie chez un compositeur de soixante-dix ans qui a déjà tant de chefs-d’œuvre derrière lui… Avec John Williams, tout comme avec Howard Shore dont The Lord Of The Rings (Le Seigneur des Anneaux) obtenait un immense succès au même moment, on a pu assister à ce qui reste encore aujourd’hui la plus belle synthèse entre exigences commerciales et qualité artistique.

 

Dobby

Gregory Bouak

Gregory Bouak

Contributeur (2010-2012)
Toujours un peu décalé, Grégory écoute de la musique classique à l’âge où les autres écoutent du rock, de la variété, ou rien, ce qui fait qu’à quinze ans, il pense avoir fait le tour de la question et se retrouve tout démuni. Il aime aussi depuis longtemps le cinéma et surtout les Star Wars, les Batman, les James Bond, dont il goûte les musiques avant tout parce qu’elles lui rappellent les films. Un jour, en voyant Stargate, il découvre que les musiques de films peuvent être d’une grande richesse et s’apprécier pour elles-mêmes en écoute isolée, se présentant comme les dignes héritières de son genre de prédilection, la grande musique symphonique telle qu’elle a atteint son apogée à la fin du XIXe siècle. C’est le début d’une longue et belle amitié qui n’a jamais connu de rupture. A partir de 2000, il se met à écrire des articles et des critiques de musique de film pour le site internet TraxZone, puis pour LeFantastique.net et Khimaira Magazine, tous deux spécialisés dans le fantastique, la fantasy et la science-fiction. En parallèle, il publie des articles dans la version papier de Khimaira. En 2006, il crée Horreurs et Merveilles, un blog puis un site consacré aux musiques des films de l’imaginaire. En 2010, suite à un bug irrémédiable d’Horreurs et Merveilles, dont il soupçonne secrètement les membres d’UnderScores d’être les instigateurs afin de l’inciter à rejoindre leur équipe, il accepte avec joie de contribuer au nouveau magazine de référence de la musique de film en langue française, afin de continuer à promouvoir sa passion.
Gregory Bouak