Haunted Summer (Christopher Young)

Conte d'été

Disques • Publié le 07/02/2011 par

Haunted SummerHAUNTED SUMMER (1988)
UN ÉTÉ EN ENFER
Compositeur :
Christopher Young
Durée : 77:06 | 18 pistes
Éditeur : La-La Land Records

 

5 Stars

1816. Lord Byron et Percy Shelley, les fameux poètes romantiques, accompagnés de leur compagne respective, Claire Clairmont et Mary Godwin, se rejoignent sur les bords du lac Léman. Ensemble, ils explorent tous les aspects de la chose amoureuse et des substances interdites, ce qui leur inspire de douces rêveries mais aussi d’horribles hallucinations. Ils partagent également une fascination malsaine pour les fantômes, les démons et l’occulte. De toutes leurs expériences naîtra Frankenstein ou le Prométhée Moderne. Haunted Summer raconte la légende qui entoure la création de l’œuvre mythique de Mary Shelley au cœur de cet été hanté… Si le film vous est inconnu, c’est parce qu’il fit un flop à sa sortie en 1988, en dépit des espoirs des studios Cannon, et ne connut même pas une sortie vidéo planétaire. Peut-être un jour sortira-t-il du purgatoire auquel il semble être condamné ? Toutefois, qui laisse libre cours à son imagination n’a aucun mal à se laisser entraîner par le pouvoir d’évocation du score de Christopher Young. Fort du succès des scores des deux premiers Hellraiser et du sublime Flowers In The Attic, Young a été particulièrement motivé par ce scénario qui l’éloignait de l’univers de l’horreur vers un conte pour adultes, obscur et bien plus nuancé.

 

Écouter Haunted Summer constitue une incroyable expérience musicale : les mélodies y sont tour à tour fantomatiques, enfantines, nostalgiques et d’une sensualité quasi palpable. Le score jette un sortilège unique, qui plonge l’auditeur dans une transe hallucinée. En accord avec le réalisateur Ivan Passer, Young se tourne vers l’utilisation de samples (auxquels viennent s’ajouter quelques instruments solistes) pour donner un aspect moderne et refléter la jeunesse et l’insouciance du groupe plutôt que de se focaliser sur la musique du dix-neuvième siècle. Avec cette approche assez audacieuse, le film tout entier semble n’être qu’une rêverie.

 

Haunted Summer

 

Young compose des mélodies simples, tonales, faisant écho à la beauté, celle du lac (un élément majeur du film), mais aussi celle des corps et de ces esprits fulgurants. Il enrobe l’auditoire de nappes de cordes qu’il associe à des mélodies de boîtes à musique. Deux thèmes se dégagent alors : l’un, dominé par la boîte à musique et exposé dès le premier morceau, Haunted Summer, puis dans Ariel ou le mélancolique Confreres ; l’autre laisse s’exprimer les cordes dans Menage et ses déclinaisons. Pour provoquer une certaine ivresse, Young rompt la linéarité de certaines pièces par des fondus, jouant aussi sur des changements de rythmes, comme dans l’hypnotisante fin de Vila Diodati. Comme chez Goldsmith, les sonorités synthétiques ne singent pas des sons orchestraux et apportent vraiment quelque chose de plus. Elles sont cristallines et limpides comme l’eau du lac suisse, si bien que c’est un sentiment de pureté qui se dégage de ces morceaux intimistes aux titres évocateurs, tel ce Ménage dominé par le violoncelle et le splendide The Night Was Made For Loving, qui s’achève sur un solo d’orgue, comme pour évoquer une messe des corps. Les soli d’instruments acoustiques s’intègrent naturellement dans cet ensemble, comme le duo classique violon/violoncelle de Geneva, la flûte associée à Lord Byron dans Alby ou le cor alpin dans Hauntings.

 

Le score sait aussi se faire l’écho des cauchemars provoqués par les potions hallucinogènes à base d’opium que consomment les protagonistes. Dans Polidori’s Potions, Young a donc recours à ces mélodies inquiétantes dont il a le secret, convoquant voix féminine et bruits divers (dont le son d’un cheval qui galope) immergés dans les nappes éthérées des synthétiseurs. Les visions cauchemardesques de Mary Shelley qui lui auraient inspiré sont fameux roman sont l’objet d’une longue suite, Hauntings, que le compositeur a spécialement élaboré par pour cette édition : Young y reprend des mesures déjà exposées mais en créée également d’autres, manipulant encore davantage les sonorités et aboutissant à un trip musical étrange et planant.

 

Il était inéluctable qu’un label réédite un jour Haunted Summer. Non content de reproduire l’excellent album conçu par Young et sorti chez Silva Screen dès la sortie du film, cette nouvelle édition présente également sept morceaux tels qu’entendus dans le film, Young ayant dû retravailler son score sous la pression des producteurs qui n’en comprenaient pas l’essence. Figure donc après le programme principal la chanson d’époque Mon Cœur qui sert de générique de fin, interprétée en français par une voix féminine accompagnée à la guitare. Les autres morceaux présentent des versions alternatives de morceaux déjà connus dans lesquels Young gomme certains aspects synthétiques au profit du piano et d’autres instruments acoustiques, comme Alp Horn qui fait la part belle à ce volumineux instrument en bois typique ou encore les cordes de Byron And Mary, une relecture de Menage. Apparaissent également les pistes qui servirent ensuite à Young pour construire sa longue suite de Hauntings. Fidèle à ses habitudes, La-La Land Records a soigné la présentation : les pistes ont été remasterisées et les notes expertes de Randall Larson renseigneront ceux qui ne connaissent pas le film. Parmi les douzaines de rééditions parues en 2010, celle de Haunted Summer, une des partitions incontournables de Christopher Young, tient le haut du pavé. Laissez-vous envoûter…

  Haunted Summer

Olivier Soude

Olivier Soude

Contributeur
Jamais la conscience du rôle de la musique pour l’écran n’aurait jailli si tôt sans les repiquages (avec les bruits ambiants de la pièce !) de génériques de dessins animés et de génériques de fin de (télé)films dès le début des années 80. A force d’écouter en boucle, forcément, l’intérêt grandit. En 1984, quand sort Indiana Jones And The Temple Of Doom, c’est le choc musical! La K7 de la bande originale du film constitue la toute première pièce de sa collection. Ceci explique sans doute pourquoi pour lui, aujourd’hui encore, l’œuvre de John Williams reste inégalée. Au début des années 90, à la faculté d’Amiens, sa rencontre avec d’autres mordus de béos enracine définitivement sa passion et sa curiosité pour cet art particulier. En 1996, au Barbican Center de Londres, après un concert, il échange quelques mots avec John Williams. Peu de temps avant de débuter la carrière d’enseignant à laquelle il se destine, en 1998, il commence à participer au fanzine Dreams To Dreams. Il s’entretient alors avec certains des compositeurs anglo-saxons qui le fascinent. Sa rencontre à Lunéville en 1999 avec Michael Kamen restera le point culminant des années passées en tant que rédacteur de Dreams Magazine.
Olivier Soude