How The Grinch Stole Christmas (James Horner)

L'Étrange Noël de Mr. Grinch

Disques • Publié le 24/12/2010 par

How The Grinch Stole ChristmasHOW THE GRINCH STOLE CHRISTMAS (2000)
LE GRINCH
Compositeur :
James Horner
Durée : 76:51 | 23 pistes
Éditeur : Interscope

 

4 Stars

Éclectique dans le choix de ses compositeurs (John Williams, Hans Zimmer, Randy Newman, Randy Edelman, Thomas Newman, Howard Shore), Ron Howard a toujours su leur inspirer des musiques de qualité, ce qui contribue à le rendre estimable malgré ses fréquentes maladresses et sa tendance à l’excès de bons sentiments. Pour l’adaptation de How The Grinch Stole Christmas, il a fait appel à James Horner, le musicien avec qui il semble s’entendre le mieux et à qui il devait déjà les scores de Cocoon, Willow, Apollo 13 et Ransom (La Rançon). Alors qu’on connaît la tendance habituelle d’Horner à photocopier sans vergogne ses propres partitions pour nous les resservir ad nauseam, How The Grinch Stole Christmas constitue une bonne surprise car elle évite largement – une fois n’est pas coutume – l’autoplagiat pour s’avérer finalement d’une fraîcheur inattendue et hautement réjouissante. Efficace et agréable dans le film, la musique se doit également d’être écoutée à part afin de pouvoir lui rendre réellement justice : enjouée, pleine de vigueur et de dynamisme, elle se révèle totalement éblouissante.

 

Après avoir payé son tribut au genre très codifié des musiques de Noël, à savoir clochettes et tambourins en cascades, cordes voluptueuses, instrumentations merveilleuses et rythmes guillerets, tout cela accompagné de chorales et de cantiques, Horner exploite son propre canevas, usant de son talent inimitable pour les mélodies envoûtantes et débordantes d’émotion. Le générique de début s’avère ainsi séduisant à souhait et la chanson de la petite fille (Christmas, Why Can’t I Find You?), délicate et gracieuse, évite d’en faire trop dans la guimauve tout en rappelant ici et là Titanic, Deep Impact ou encore Mighty Joe Young (Mon Ami Joe).

 

How The Grinch Stole Christmas

 

Les multiples pitreries de Jim Carrey inspirent à Horner un mickey mousing ne ressemblant pas trop au style cartoon d’autres musiciens : en effet, même au cœur de ce délire tapageur et sans cesse changeant, on parvient toujours à reconnaître le style du compositeur. Orchestrations insolites et inventives (percussions étranges, sifflets, pirouettes de cuivres, orgue hammond, theremin), pizzicati malicieux, thème au saxophone rappelant les meilleurs moments de Casper (une autre réussite du compositeur), chansonnettes presque improvisées, pastiches de musique jazzy et latino, adaptation de Chariots Of Fire (Les Chariots de Feu) de Vangelis…, les tours de force s’enchaînent à un rythme effréné et permettent d’éviter tout ennui, ce qui n’est, là encore, pas la principale qualité du compositeur en temps normal.

 

Enfin, lors des grandes scènes d’action de la dernière partie du film, lorsque le Grinch commence par détruire Noël avant de décider de se racheter, le compositeur nous offre de superbes morceaux de bravoure dignes de ses meilleurs travaux : amples mouvements de cordes, splendides envolées de cuivres, attaques de percussions furieuses, martèlements de piano et cloches dramatiques : on se croirait presque pris dans les orages de The Perfect Storm (En Pleine Tempête) ! Rendant hommage à Hook et à Home Alone (Maman j’ai raté l’Avion) de John Williams, le musicien nous emporte dans un tourbillon très swashbuckler façon The Pagemaster (Richard au Pays des Livres Magiques), jusqu’à un finale de toute beauté. Tour à tour malicieux, émouvant, épique, dantesque et merveilleux, le score de How The Grinch Stole Christmas est donc une sidérante réussite qui prouve que James Horner, lorsqu’il le veut, fait toujours partie des plus grands.

 

How The Grinch Stole Christmas

Gregory Bouak

Gregory Bouak

Contributeur (2010-2012)
Toujours un peu décalé, Grégory écoute de la musique classique à l’âge où les autres écoutent du rock, de la variété, ou rien, ce qui fait qu’à quinze ans, il pense avoir fait le tour de la question et se retrouve tout démuni. Il aime aussi depuis longtemps le cinéma et surtout les Star Wars, les Batman, les James Bond, dont il goûte les musiques avant tout parce qu’elles lui rappellent les films. Un jour, en voyant Stargate, il découvre que les musiques de films peuvent être d’une grande richesse et s’apprécier pour elles-mêmes en écoute isolée, se présentant comme les dignes héritières de son genre de prédilection, la grande musique symphonique telle qu’elle a atteint son apogée à la fin du XIXe siècle. C’est le début d’une longue et belle amitié qui n’a jamais connu de rupture. A partir de 2000, il se met à écrire des articles et des critiques de musique de film pour le site internet TraxZone, puis pour LeFantastique.net et Khimaira Magazine, tous deux spécialisés dans le fantastique, la fantasy et la science-fiction. En parallèle, il publie des articles dans la version papier de Khimaira. En 2006, il crée Horreurs et Merveilles, un blog puis un site consacré aux musiques des films de l’imaginaire. En 2010, suite à un bug irrémédiable d’Horreurs et Merveilles, dont il soupçonne secrètement les membres d’UnderScores d’être les instigateurs afin de l’inciter à rejoindre leur équipe, il accepte avec joie de contribuer au nouveau magazine de référence de la musique de film en langue française, afin de continuer à promouvoir sa passion.
Gregory Bouak