Predator (Alan Silvestri)

Expendables

Disques • Publié le 13/09/2010 par

PredatorPREDATOR (1987)
PREDATOR
Compositeur :
Alan Silvestri
Durée : 74:45 | 18 pistes
Éditeur : Intrada

 

5 Stars

En 1985, alors qu’ils travaillent au mixage de Back To The Future (Retour vers le Futur), Robert Zemeckis et Alan Silvestri reçoivent la visite du producteur Joel Silver, que Zemeckis connaît bien. Lors de cette rencontre, le compositeur et le producteur s’entendent particulièrement bien et manifestent l’envie de travailler ensemble dès que possible, ce qui arrivera deux ans plus tard sur Predator, le premier gros succès de John McTiernan.

 

Seize ans après la sortie du film, Varèse Sarabande édite 3000 exemplaires du score de Predator au sein de son CD Club. Inédite en disque jusqu’alors, cette partition culte a cependant marqué les esprits. En toute logique, cette édition CD est épuisée en quelques semaines, alors même que des critiques s’élèvent rapidement pour dénigrer le séquençage et dénoncer un souffle assez important pour un score pourtant relativement récent. Sept ans plus tard, le revival de la franchise est assuré grâce à la sortie sur les écrans de Predators. Afin de répondre à une demande toujours soutenue, Intrada réédite alors le score original de Silvestri pour un come-back fracassant, mais bref : limité à 3 000 exemplaires, le disque est épuisé en moins de 24 heures…

 

Disons d’emblée que le son de cette nouvelle édition présente nettement moins de souffle et améliore grandement la restitution sonore de tous les pupitres. Il faut dire que depuis 2003, de nets progrès ont été enregistrés dans le domaine de la restauration mais, surtout, les bandes analogiques utilisées pour l’édition Varèse ont été délaissées au profit des masters digitaux originaux, récemment retrouvés par la Fox. Si le score de Predator avait subi bien des outrages lors du montage du film, le choix éditorial d’Intrada a été de respecter avant tout l’intégrité de l’œuvre telle qu’elle avait été conçue par Silvestri. Le séquençage, bien que repensé par Douglass Fake, conserve donc globalement la même structure que dans l’édition précédente. Les notes du livret, sans être ici déshonorantes, étaient toutefois plus denses sur la première édition.

 

Predator

 

Tout comme pour l’album précédent, Predator s’ouvre sur la célèbre fanfare de la 20th Century Fox d’Alfred Newman, réarrangée par Elliot Goldenthal pour Alien 3, pourtant sorti en salles cinq ans après le film de McTiernan. Cet ajout anachronique s’avère cependant être une parfaite introduction pour plonger dans le score de Silvestri : les feulements maintenus des cuivres et les stridences des cordes permettent en effet un enchaînement aisé avec la salve de cuivres dissonants et la descente de cordes qui décrivent l’arrivée du chasseur extra-terrestre sur terre, ébauchant un thème qui restera associé à la créature tout au long du film.

 

L’album enchaine immédiatement sur l’introduction d’Arnold Schwarzenegger et de son commando, des mercenaires durs-à-cuire bâtis comme des armoires normandes qui croient s’embarquer dans une mission de secours dans la jungle équatoriale. Visiblement inspiré par cette débauche de testostérone, Silvestri créé l’un des thèmes d’action les plus incroyables des années 80 : une marche militaire percussive rythmée par un motif brutal de six notes jouées au synclavier et soutenant un thème épique faisant la part belle au pupitre des cuivres. La thématique martiale sera ensuite développée au fil des actions musclées menées par le commando par un thème secondaire faisant dialoguer tour à tour cuivres, bois et cordes. Cet aspect de la partition trouve son point culminant dans le fantastique Jungle Trek, qui débute comme un duel entre des rafales de cuivres et une section rythmique inlassable, les deux se répondant de façon tribale avant que le morceau ne s’achève sur une reprise du thème principal.

 

Silvestri utilise aussi fréquemment dans sa partition le thème de la légende (ainsi surnommé par le compositeur) qui apparait lors des passages où la présence menaçante de l’invisible Predator est suggérée, faisant écho à la légende amérindienne du monstre chasseur d’hommes. Ce thème à la fois mystérieux et menaçant constitue l’élément le plus remarquable de toute la partie du score destinée à créer une ambiance d’angoisse permanente. Soutenant ses efforts par un usage très organique, à la fois économe et efficace, des percussions et de l’électronique, Silvestri s’autorise même quelques clins d’œil aux clichés du cinéma d’horreur, à grand renfort de cuivres et de cordes stridentes. He’s My Friend introduit un autre thème que l’on retrouve également dans We’re Gonna Die et The Pick-Up : interprété par une trompette solennelle, ce thème est associé au deuil et aux camarades tombés au combat, soulignant la détresse des survivants et renforçant leur sentiment d’isolement au cœur de cette jungle aussi inhospitalière qu’impénétrable.

 

Predator

 

Après un Billy And Predator qui joue sur sur toute la puissance des cors pour illustrer le face à face tribal entre le pisteur indien et le chasseur alien, Silvestri réarrange son thème principal dans Dutch Builds Trap pour accompagner Arnold Schwarzenegger dans une séquence entièrement muette au cours de laquelle le héros élabore le piège dans lequel il veut attirer son ennemi, poussant toujours un peu plus sa musique vers l’aspect primal et mythologique qui constitue aussi l’un des aspects essentiels du film, et construisant savamment son crescendo guerrier sur fond de tambour de guerre. Le motif du Predator fait alors son grand retour Predator Injured / Hand To Hand Combat, Silvestri amplifiant l’horreur du monstre démasqué par une surenchère de cuivres et de percussions qui mène le duel à sa conclusion.

 

En parfaite harmonie avec le sujet du film, Silvestri choisit de s’appuyer sur des figures percussives ponctuelles et de cinglantes interventions des cors et trombones pour illustrer cette chasse à l’homme en pleine jungle. L’ensemble du score de Predator est au diapason du thème associé à Dutch et ses hommes : une musique d’action brutale et tribale, emportée par les percussions et les cuivres, mais capable également de générer l’angoisse par ses sonorités étranges. Avec Predator, Silvestri nous offre bien plus qu’un score plein d’adrénaline et de furie : tout simplement un chef-d’œuvre incontournable.

 

Predator

Olivier Soude

Olivier Soude

Contributeur (2008-2018)
Jamais la conscience du rôle de la musique pour l’écran n’aurait jailli si tôt sans les repiquages (avec les bruits ambiants de la pièce !) de génériques de dessins animés et de génériques de fin de (télé)films dès le début des années 80. A force d’écouter en boucle, forcément, l’intérêt grandit. En 1984, quand sort Indiana Jones And The Temple Of Doom, c’est le choc musical! La K7 de la bande originale du film constitue la toute première pièce de sa collection. Ceci explique sans doute pourquoi pour lui, aujourd’hui encore, l’œuvre de John Williams reste inégalée. Au début des années 90, à la faculté d’Amiens, sa rencontre avec d’autres mordus de béos enracine définitivement sa passion et sa curiosité pour cet art particulier. En 1996, au Barbican Center de Londres, après un concert, il échange quelques mots avec John Williams. Peu de temps avant de débuter la carrière d’enseignant à laquelle il se destine, en 1998, il commence à participer au fanzine Dreams To Dreams. Il s’entretient alors avec certains des compositeurs anglo-saxons qui le fascinent. Sa rencontre à Lunéville en 1999 avec Michael Kamen restera le point culminant des années passées en tant que rédacteur de Dreams Magazine.
Olivier Soude