The Twilight Saga: New Moon (Alexandre Desplat)

Le Vertige des Sentiments

Disques • Publié le 17/08/2010 par

The Twilight Saga: New MoonTHE TWILIGHT SAGA: NEW MOON (2009)
TWILIGHT — CHAPITRE 2 : TENTATION
Compositeur :
Alexandre Desplat
Durée : 72:02 | 21 pistes
Éditeur : E1 Music

 

4.5 Stars

Si l’on peut regretter l’absence de Catherine Hardwicke derrière la caméra, il pourrait en être de même du compositeur Carter Burwell qui avait signé une musique de grande qualité pour le premier opus. En revanche, on se félicitera du choix du réalisateur Chris Weitz qui a de nouveau fait appel à Alexandre Desplat, déjà auteur du score de The Golden Compass (À la Croisée des Mondes : la Boussole d’Or). Tout comme Carter Burwell, dont il dit avoir fort apprécié le travail sur Twilight (notamment Bella’s Lullaby), le compositeur français a sans doute eu fort à faire pour s’imposer face aux chansons qui occupent une place importante tout au long du film et captent l’attention du public adolescent. Cependant, désireux d’imposer à son tour sa personnalité, il n’optera pas pour une musique aux influences rock et s’éloignera radicalement des choix musicaux de son prédécesseur afin de livrer sur la demande de Chris Weitz, une grande partition symphonique («a Maurice Jarre-like epic love score», confie ce dernier dans une interview donnée à iFMagazine.com). Le résultat, interprété par le prestigieux London Symphony Orchestra, est une fois de plus une belle réussite qui, même si elle passera inaperçue aux oreilles de bon nombre de spectateurs, se taille la part du lion dans le film et en rehausse quantité de séquences.

 

Doué pour les grandes mélodies accrocheuses – une qualité qu’il partage avec d’autres illustres Français à Hollywood tels Maurice Jarre et Georges Delerue – il compose pour The Twilight Saga : New Moon un superbe love theme à la fois envoûtant et mémorable qui devient le leitmotiv du couple Bella-Edward, Roméo et Juliette modernes. Interprété par un piano romantique bientôt rejoint par des cordes passionnées, des bois aériens et des sonorités synthétiques discrètes que l’on retrouve dans plusieurs autres partitions du musicien, ce thème rappelant parfois celui de Mr. Magorium’s Wonder Emporium (Le Merveilleux Magasin de M. Magorium), est évidemment le fer de lance de la composition et intervient régulièrement afin d’évoquer la relation amoureuse hyperbolique des deux personnages. La qualité de Desplat est alors de ne pas en faire trop et d’éviter de sombrer dans le mélodrame : oui au lyrisme mais aussi à la sobriété, ce qui est fort appréciable.

 

Les vampires

 

Tout le score est nimbé d’une douce et entêtante mélancolie et lorsqu’à certains moments la musique s’emballe pour illustrer la douleur de l’héroïne (voir le superbe Edward Leaves et son crescendo déchirant), on se retrouve d’autant plus bouleversé que le compositeur a su trouver le ton juste sans verser dans l’excès. C’est également avec une grande sensibilité et des orchestrations finement ciselées (piano, guitare, flûtes, instruments aux sonorités cristallines) que Desplat va caractériser le lien unissant Bella à Jacob, réussissant l’exploit de transcender une conversation au pied d’un escalier de cinéma pour en faire un vrai moment d’émotion. Face aux morceaux associés à Edward comme New Moon, Romeo & Juliet, Memories Of Edward et Full Moon, des titres comme I Need You, Break Up, Almost A Kiss et Dreamcatcher, plutôt liés à Jacob, sont tout aussi complexes et poignants. L’ambiguïté du triangle amoureux sera d’ailleurs exposée dans toute son ampleur lors du finale (Marry Me, Bella), qui fusionne les motifs associés aux deux amours de la jeune femme.

 

Tout cela est bel et bon mais, me direz-vous, qu’en est-il du fantastique et des créatures dans le score de New Moon ? Les vampires méritaient en effet une illustration musicale digne de ce nom et surtout capable de conférer au film une tonalité plus sombre et dramatique. Les scènes de tension, moins présentes que les scènes d’émotion, occasionnent néanmoins quelques pistes fascinantes, même si là encore les amateurs de débauche orchestrale et d’effets grandiloquents devront se contenter du minimum. Dès l’ouverture, Bella Dreams, Desplat instaure une atmosphère mystérieuse et vaguement menaçante à l’aide de pizzicati de cordes, de lacérations électroniques et de quelques coups de timbales, puis renforce encore l’étrangeté propre au rêve via une flûte hypnotique et des cordes laissées en suspens jusqu’à une conclusion étourdissante rappelant certains passages du Batman Forever d’Elliot Goldenthal. L’accès de folie de Jasper (Blood Sample) donne lieu à un déchaînement de cordes virevoltantes ponctué de claquements de percussions aussi brefs qu’efficaces et c’est seulement pour les Volturi que le compositeur imaginera un thème vraiment marquant, sous la forme d’une valse aux accents malveillants interprétée par les cordes et par une trompette grimaçante (Volturi Waltz). Repris dans Victoria puis dans To Volterra, dont la seconde partie s’avère très agréablement trépidante et véhémente, ce thème illustre à merveille la décadence qui caractérise les personnages ; certains y ont vu une référence à Interview With The Vampire (Entretien avec un Vampire) mais c’est plutôt le film de Chris Weitz qui renvoie à celui de Neil Jordan (Michael Sheen en tenue XVIIIe siècle évoque immanquablement Lestat) que la musique originale.

 

Les loups-garous

 

Quant aux loups-garous, leur illustration musicale est intimement liée au personnage de Jacob, ce qui veut dire qu’elle repose la plupart du temps sur les mélodies élégiaques qui lui sont associées. Comme pour les vampires, le compositeur réinvente entièrement la mythologie à sa façon et évite les clichés : si pour Edward et les Volturi, on ne trouvait aucune référence à des grands classiques comme Bram Stoker’s Dracula (Dracula) ou encore aux musiques de James Bernard (compositeur fétiche de la Hammer), les loups-garous selon Desplat se situent à cent lieues des monstres de The Howling (Hurlements) de Pino Donaggio ou de Cursed de Marco Beltrami. Comme l’a expliqué le compositeur – et on l’avait compris depuis longtemps – il n’est pas question de faire peur dans Twilight. C’est pourquoi les deux pistes de l’album consacrées au «wolf-pack» œuvrent dans un registre plus subtil et nuancé que celui de la terreur. D’ailleurs, Werewolves est sans doute le plus intéressant des deux (Wolves V. Vampire versant davantage dans l’action tonitruante) et constitue un parfait exemple de l’inventivité dont peut faire preuve Alexandre Desplat : entre violons frissonnants, volutes de harpe, bois mystérieux, percussions sauvages et longs appels de cuivres dans le lointain, l’atmosphère est à la fois champêtre et fantastique, on pense tantôt au Mahler de la 3e Symphonie, tantôt au Debussy du Prélude à l’Après-midi d’un Faune (deux musiciens qui n’auraient certainement pas aimé cette association !), et tantôt tout simplement à du Desplat, qui prouve ici combien un blockbuster peut s’avérer stimulant pour l’inspiration. Qu’on ait aimé le film ou pas, le score de The Twilight Saga : New Moon, très généreusement représenté sur un album long mais jamais ennuyeux, est à découvrir d’urgence. Plus on l’écoute, plus il exerce à la fois fascination et… tentation !

 

Les boulets

Gregory Bouak

Gregory Bouak

Contributeur (2010-2012)
Toujours un peu décalé, Grégory écoute de la musique classique à l’âge où les autres écoutent du rock, de la variété, ou rien, ce qui fait qu’à quinze ans, il pense avoir fait le tour de la question et se retrouve tout démuni. Il aime aussi depuis longtemps le cinéma et surtout les Star Wars, les Batman, les James Bond, dont il goûte les musiques avant tout parce qu’elles lui rappellent les films. Un jour, en voyant Stargate, il découvre que les musiques de films peuvent être d’une grande richesse et s’apprécier pour elles-mêmes en écoute isolée, se présentant comme les dignes héritières de son genre de prédilection, la grande musique symphonique telle qu’elle a atteint son apogée à la fin du XIXe siècle. C’est le début d’une longue et belle amitié qui n’a jamais connu de rupture. A partir de 2000, il se met à écrire des articles et des critiques de musique de film pour le site internet TraxZone, puis pour LeFantastique.net et Khimaira Magazine, tous deux spécialisés dans le fantastique, la fantasy et la science-fiction. En parallèle, il publie des articles dans la version papier de Khimaira. En 2006, il crée Horreurs et Merveilles, un blog puis un site consacré aux musiques des films de l’imaginaire. En 2010, suite à un bug irrémédiable d’Horreurs et Merveilles, dont il soupçonne secrètement les membres d’UnderScores d’être les instigateurs afin de l’inciter à rejoindre leur équipe, il accepte avec joie de contribuer au nouveau magazine de référence de la musique de film en langue française, afin de continuer à promouvoir sa passion.
Gregory Bouak