Friday The 13th: Freddy vs. Jason (Graeme Revell)

Here Comes The Boogeymen

Disques • Publié le 20/07/2010 par

Friday The 13th: Freddy vs. JasonFRIDAY THE 13TH: FREDDY VS. JASON (2003)
FREDDY CONTRE JASON
Compositeur :
Graeme Revell
Durée : 41:50 | 20 pistes
Éditeur : Varèse Sarabande

 

3 Stars

Pour la musique de son cross-over hasardeux mais sympathique, le réalisateur Ronny Yu s’assure une nouvelle fois les services du Néo-Zélandais Graeme Revell, qui avait déjà signé cinq ans auparavant le score de Bride Of Chucky (La Fiancée de Chucky). Déjà lié à deux autres sagas horrifiques très appréciées par les fans, Child’s Play (Jeu d’enfant) et Psycho (Psychose), dont il a composé respectivement les second et quatrième opus, Revell est loin d’être un novice dans ce domaine. Certes, on pourra regretter que le thème original de A Nightmare On Elm Street ne soit pas utilisé et que celui de Friday The 13th n’apparaisse ici et là que sous forme de clin d’œil, mais on peut aussi apprécier le fait que le nouveau compositeur ait eu les coudées franches pour élaborer son propre univers, dépassant largement ses prédécesseurs mais aussi ses propres travaux précédents dans le genre. Les orchestrations sont plus riches que d’ordinaire et parfois fort enthousiasmantes. La recherche sonore opérée par Graeme Revell, expérimentateur chevronné, réclame une écoute attentive et répétée pour être appréciée.

 

Bonne nouvelle, et de taille : Revell fait appel à un orchestre symphonique, conférant aux deux sagas une ampleur et une profondeur inédites. Le morceau introductif, très bien construit, présente d’emblée une synthèse de l’ensemble du score : un thème principal sombre et dramatique interprété par les cordes et versant dans un lyrisme inattendu, un piano et des rythmes synthétiques rappelant les scores de thrillers composés par Revell dans les années 90 (The Saint [Le Saint], The Negociator [Le Négociateur], The Siege [Couvre-Feu]), des bois menaçants, des cuivres stridents et des percussions déchaînées, le tout mêlé à une grande quantité de sonorités électroniques, comme souvent chez le compositeur. Enfin, un vaste crescendo a priori hors de propos dans ce type de film nous permet d’apprécier combien le duel entre les deux monstres sacrés se veut titanesque et combien le ton sera décalé. Par la suite, sans génie mais avec efficacité, Revell va respecter à la lettre tous les codes musicaux du slasher-movie : longs morceaux de suspense tendus et insidieux pleins de cordes couinantes, séquences mélancoliques et brusques sursauts de terreur lorsque les jeunes écervelés sont confrontés aux tueurs.

 

Le score, en majeure partie atmosphérique, ne parvient pas à susciter une angoisse réelle malgré l’ambiguïté des morceaux pervertissant les habituelles sonorités enfantines (n’est pas Christopher Young qui veut) mais garantit le climat ténébreux exigé par les images et plonge l’auditeur / spectateur dans un univers étrange et glauque. À côté des pistes d’attente et de transition, on trouve quelques beaux morceaux de bravoure correspondant aux meilleures scènes du film : la diabolique montée de tension qui culmine avec la reprise de la comptine des fillettes sautant à la corde lorsque l’héroïne comprend que Freddy est de retour (Girl With No Eyes), l’irruption sanglante et hurlante de Jason lors de la rave party dans les champs de maïs, avec des percussions s’abattant comme des coups de machette (Jason’s Surprise Attack), la folie électronique accompagnant la partie de flipper avec le tueur de Crystal Lake dans le rôle de la boule (Freddy’s Dream World), et bien sûr le gigantesque final, Fight On The Dock et Freddy Expires, explosif et mélodramatique à souhait, à grand renfort de barrissements de cuivres et de brusques ruptures de ton. Si l’on ajoute à cela quelques petits délires bienvenus tels Stoner Creature et ses riffs de guitare électrique sous acides ou encore le très hard rock Freddy In The Real World, on obtient un score tout à fait convenable et au-dessus de la moyenne, sûrement l’un des plus mémorables de Graeme Revell.

 

Jason/Freddy, l'amour à mort

Gregory Bouak

Gregory Bouak

Contributeur (2010-2012)
Toujours un peu décalé, Grégory écoute de la musique classique à l’âge où les autres écoutent du rock, de la variété, ou rien, ce qui fait qu’à quinze ans, il pense avoir fait le tour de la question et se retrouve tout démuni. Il aime aussi depuis longtemps le cinéma et surtout les Star Wars, les Batman, les James Bond, dont il goûte les musiques avant tout parce qu’elles lui rappellent les films. Un jour, en voyant Stargate, il découvre que les musiques de films peuvent être d’une grande richesse et s’apprécier pour elles-mêmes en écoute isolée, se présentant comme les dignes héritières de son genre de prédilection, la grande musique symphonique telle qu’elle a atteint son apogée à la fin du XIXe siècle. C’est le début d’une longue et belle amitié qui n’a jamais connu de rupture. A partir de 2000, il se met à écrire des articles et des critiques de musique de film pour le site internet TraxZone, puis pour LeFantastique.net et Khimaira Magazine, tous deux spécialisés dans le fantastique, la fantasy et la science-fiction. En parallèle, il publie des articles dans la version papier de Khimaira. En 2006, il crée Horreurs et Merveilles, un blog puis un site consacré aux musiques des films de l’imaginaire. En 2010, suite à un bug irrémédiable d’Horreurs et Merveilles, dont il soupçonne secrètement les membres d’UnderScores d’être les instigateurs afin de l’inciter à rejoindre leur équipe, il accepte avec joie de contribuer au nouveau magazine de référence de la musique de film en langue française, afin de continuer à promouvoir sa passion.
Gregory Bouak