P.S. I Love You (John Powell)

Une Nouvelle Vie

Disques • Publié le 18/05/2010 par

P.S. I Love YouP.S. I LOVE YOU (2007)
P.S. I LOVE YOU
Compositeur :
John Powell
Durée : 50:13 | 25 pistes
Éditeur : Varèse Sarabande

 

4 Stars

Si l’auteur de How To Train Your Dragon (Dragons) s’est surtout illustré dans les domaines de l’action et de l’animation, il a également brillé dans celui du drame, notamment en 2001 avec I Am Sam (Sam, Je Suis Sam) et de la comédie romantique avec Two Weeks Notice (L’Amour Sans Préavis) en 2002. C’est encore d’émotion qu’il est question dans le film de Richard LaGravenese où l’on voit le personnage d’Hilary Swank reprendre goût à la vie après le décès de son mari (Gerard Butler) grâce à dix lettres qu’il lui a laissées avant de mourir. L’occasion nous est ainsi donnée d’apprécier les talents de John Powell dans un registre qu’il est loin de déshonorer.

 

Comme Hans Zimmer pour Spanglish, c’est la guitare sèche que Powell a choisi de mettre au premier plan. Bien lui en a pris car cet instrument, plutôt rare dans la musique de film, est idéal pour traduire simplement les émotions des personnages de la vraie vie, en l’occurrence un couple ordinaire mais extraordinairement attachant. Mais si cet instrument occupe une place prépondérante dans l’orchestration, c’est la formation au complet qui donne tout son charme à Make Up Kisses, le thème principal. La mélodie accrocheuse, supportée en douceur par les cordes, évolue au gré du dialogue entre la guitare et le xylophone métallique, ce dernier renouant avec la tendresse évoquée par Powell dans Pregnant de Ice Age : Dawn Of Dinosaurs (L’Âge de Glace 3). Il s’agit en faut du thème du couple et par extension, celui du foyer : on remarque dans le traitement du compositeur l’analogie entre les projets de Gerry et Holly et l’heureux événement attendu par Manny et sa compagne dans Ice Age 3.

 

P.S. I Love You

 

Naturellement, un aussi joli thème est destiné à émailler l’album, ce qu’il fera avec autant d’élégance que de variété. Dans The Urn, son charme agit de la même manière que dans l’ouverture, avant de laisser la nostalgie régner par le biais d’une flûte irlandaise pour évoquer les origines de Gerry. Au début de The Cake, le thème joué à la guitare avec tristesse trouve un prolongement bien plus optimiste quand Holly se rend compte que les facéties de son mari perdureront au-delà de sa mort. Ensuite, Puke / First Letter laisse éclater joyeusement les cordes pour jouer le thème du couple dans sa dernière partie : ce premier coup d’éclat marque un nouveau départ pour Holly et la première étape dans la recherche thématique pour la partition. Ces trois exemples démontrent à eux seuls avec quelle intelligence John Powell dépeint les états d’âme des personnages : non seulement le compositeur en fait une interprétation musicale sincère, mais il se montre très juste dans l’association des thèmes pour véhiculer les sentiments et leur évolution. Un peu plus de dix minutes sont passées que le score étonne déjà par sa richesse.

 

Un autre thème central privilégie la guitare dans Bette Davis Montage, qui dépeint la solitude de Holly. Dans ce thème du deuil, les cordes y accompagnent l’instrument de manière très légère pour lui laisser toute son expression, alors que dans Travel Agent, elles l’aident à donner à la mélodie un élan enjoué dans sa deuxième partie avant de prendre un bel envol pour faire place au rêve et à l’évasion. Dans To Eire, le thème du couple revient avec plus d’enthousiasme encore que dans First Letter, grâce notamment à l’emploi de percussions et de guitares électriques, mais il se finit doucement pour laisser place au thème du deuil. Ce dernier reviendra souvent à des moments particuliers et traduira pour l’auditeur les phases que traversera Holly, puisque chaque petit bonheur vécu lui rappellera fatalement le souvenir de Gerry.

 

P.S. I Love You

 

Un troisième thème est introduit de manière très enjouée au début du disque dans You Gotta Be Rich. Il semble effectivement optimiste et volontaire, ce qui se vérifiera dans On The Lake, dans lequel Holly passe un bon moment avec ses deux amies. Ce thème de l’amitié fait suite à celui du deuil, comme pour l’exorciser, avant qu’une gigue apporte une dose de comédie. Par contre, le ton donné par Somebody’s Gerry semble remettre en question cette mélodie : si elle appelait à la réjouissance, elle laisse désormais place au regret par la lenteur de son déroulement et l’instrumentation à base de piano.

 

Comme évoqué plus haut, il y a aussi quelques rares mais savoureux moments de comédie dans P.S. I Love You, notamment dans Kitchen Waltz, une danse involontaire due à la gêne de Holly d’embrasser un autre homme. On trouve également le thème de Daniel (un personnage plutôt maladroit interprété par Harry Connick Jr.) dans Puke et Travel Agent, espiègle et insouciant. En plus de nombreux passages marquants, on retient une dizaine de morceaux comme Holly Gets Fired, Home Again ou Enough, qui dépassent à peine la minute mais ne gênent absolument pas l’écoute car chacun possède un charme qui opère immédiatement : chaque moment est aussi expressif que fugace et la cohérence thématique et instrumentale de l’album permet d’apprécier ces petites pépites.

 

Il est enfin impossible de ne pas s’attacher à The Meeting, une variation autour du thème principal dont l’orchestration pleine de charme rehausse encore la qualité de la narration. Celle-ci est d’autant plus remarquable que l’album est conçu de manière quasi chronologique par rapport à son support filmique : il est alors passionnant de suivre l’évolution psychologique de Holly, ses épreuves et ses souvenirs. Si P.S. I Love You évoque le deuil, la partition est emprunte d’une joie de vivre contagieuse et la musique procure à son auditeur des émotions profondément humaines. C’est le piano solo interprétant le thème principal qui conclut le disque, un choix aussi simple que sensible. Si son approche est bien réfléchie, John Powell ne néglige pas pour autant la spontanéité et ne perd jamais de vue l’essentiel : les sentiments.

 

P.S. I Love You

Sebastien Faelens

Sebastien Faelens

Rédacteur
Cinéphile depuis sa plus tendre enfance, ce n’est qu’à ses dix-huit ans que Sébastien commence réellement à écouter la musique de film en dehors de son support. Effectivement, il s'écoulera de nombreuses années d’errements dans les vidéo-clubs de Beauvais à la recherche de films bien trop violents pour son âge, avant sa rencontre pendant ses études avec Vivien Lejeune, qui deviendra rapidement un ami et un premier guide passionné dans l’univers de la B.O. Puis c’est l’escalade : la rencontre avec Olivier Soudé, puis la participation aux magazines Dreams to Dreams et Cinéfonia finiront de rendre le jeune métalleux complètement accroc aux trames sonores, ce qui a longtemps conforté ses parents dans l’idée qu’il avait probablement des fréquentations peu recommandables malgré son apparente tranquillité. Mais le célèbre magazine périclite en 2006 et c’est après trois ans d’une retraite bien méritée qu’il reprend du service comme rédacteur puis secrétaire de rédaction d’UnderScores : les années ont passé mais la passion est restée intacte !
Sebastien Faelens