Afterwards (Alexandre Desplat)

La poésie de l'instant

Disques • Publié le 19/01/2009 par

ET APRÈS (2009)

AFTERWARDS

Compositeur : Alexandre Desplat

Durée : 53:21 | 18 pistes

CD : Naïve

Rating: ★★★★☆

 

 

Alors que Largo Winch poursuit sa carrière en salles, le nom d’Alexandre Desplat s’inscrit à nouveau sur les écrans français, cette fois au générique du nouveau film de Gilles Bourdos. Si on a pu quitter 2008 un brin déçu par la solide mais froide partition pour le blockbuster creux de Jérôme Salle, c’est avec beaucoup plus d’attention qu’on attendait de savoir de quelle manière le compositeur allait prolonger sa collaboration avec le réalisateur pour lequel il a signé cinq ans auparavant la passionnante et intrigante musique d’Inquiétudes.

 

«Nous discutons de ce projet depuis déjà trois ans» indique le compositeur. «(Gilles) me parle de l’immatérialité, de la lumière et de ses jeux, de la blancheur, la transparence, des reflets. Il ne voulait à aucun prix une musique de film de genre ou une musique paranormale qui fait peur. Il voulait se décaler de tout cela. Avec un code plus poétique, plus abstrait.»

 

Fort de cette recommandation, le compositeur choisit avant tout d’effleurer le plus simplement possible le mysticisme et le surnaturel du récit : du bout de son orchestre, il joue ainsi lui-même avec la transparence des timbres (de son propre aveu, les voix des acteurs ont été comme souvent un facteur essentiel) et la luminosité des aigus, en particulier ceux du piano, de la harpe et des violons. Ensuite, afin de ne pas sombrer trop facilement dans un pathos excessif, il évite soigneusement d’aborder de front les composantes du drame (la perte d’un enfant, le coma, la maladie, la mort) pour finalement n’en esquisser que les contours en multipliant les fragments mélodiques, comme autant d’impressions plus ou moins fugitives qui peuvent aller et venir à l’envi.

 

«Pour le cinéma de Gilles, il faut de longues plages musicales, des bouffées qui apparaissent et disparaissent, des fulgurances ou des accélérations et garder cette espèce de rivière souterraine qui avance (…). Pour respecter le cahier des charges, il fallait tenir sur la longueur, toujours dégager la poésie et le mystère des séquences, le drame, le souvenir de l’enfance, le chagrin et la perte. Le mouvement rythmique fait croire à une musique d’action alors qu’on joue surtout avec toutes ces émotions.»

 

 

Car Gilles Bourdos, comme à l’époque d’Inquiétudes dont on retrouve ici certains codes, a une fois de plus donné au compositeur les moyens d’imprimer son propre rythme au film. Pouvoir toujours fascinant de la musique sur l’image, il suffit d’une simple boucle de harpe pour étirer un plan, de quelques notes de piano pour suspendre l’instant présent alors qu’une pulsation électronique presque organique peut brusquement l’accélérer en une urgence qui témoigne instantanément de la confusion des sentiments. C’est alors précisément que le compositeur laisse parfois entendre des salves de cuivres saisissants, des crescendos et decrescendos qui prennent aux tripes, nouent l’estomac en charriant une violence contenue où se mêlent la peur, la colère, le ressentiment et la culpabilité.

 

Enfin, lorsque survient la délicieuse mélodie toute en simplicité du thème principal, celui du bonheur, de la douceur, de la beauté de la vie (The Wonder Of Life, tel est le titre qui s’y associe sur le disque), elle apparaît comme un cadeau inestimable dont on finit par sentir qu’il sera éphémère et qu’on se doit de goûter pleinement avant qu’il ne s’échappe. Desplat a ainsi tout au long de sa partition fait sien l’argument qui gouverne la réalisation toute entière et que livre l’un des protagonistes du film, tout comme le réalisateur : «La merveille est dans l’instant et on s’en aperçoit toujours trop tard.»

 

«La nécessité de trouver un univers poétique qui ne soit ni illustratif ni pléonastique, m’a beaucoup inspiré.» confie le compositeur. «J’ai mis relativement peu de temps à écrire cette musique. Lorsqu’on s’entend bien avec un metteur en scène, il y a un échange, une générosité qui permettent d’aller vite. Un metteur en scène obtient le maximum de ses acteurs et de ses autres collaborateurs en s’impliquant avec cœur. Dans cette situation, je trouve assez vite.» Au-delà des réserves que peuvent susciter par ailleurs le traitement et la mise en scène de Gilles Bourdos, nul doute que son compositeur a pour sa part parfaitement saisi, et avec une infinie délicatesse, l’essence même du sujet. Sa partition pour Et Après est une très grande réussite.

 
 
 
 
 
 

01. The Wonder Of Life (02:55)
02. Crossroad (04:56)
03. River Flows (02:58)
04. N.D.E. (04:23)
05. Vision (02:03)
06. Dandelions (02:14)
07. Alexander C. (01:23)
08. New Mexico (03:17)
09. Last Exit To Albuquerque (02:13)
10. White Sands (01:17)
11. Kind Of Red (05:14)
12. The Messenger (04:48)
13. Tell Me When (02:07)
14. Here & Now (01:18)
15. The Night Blooming Cereus (02:58)
16. Angel Reflections (03:10)
17. The Swan’s Song (02:20)
18. Lost (02:53)


 
 
 
 
 
 

FICHE TECHNIQUE


Direction d’orchestre : Alexandre Desplat

       
       
       
       
       
       
   

 

Florent Groult

Florent Groult

Rédacteur en chef adjoint
Né en 1974, originaire de Normandie, Florent Groult grandit au contact de la musique classique et, par trois coups de baguette (le King Kong de 1933, Forbidden Planet et Jaws) assénées au travers d'un écran TV, est touché assez tôt par la magie du cinéma. Il était sans doute inévitable que les deux finissent un jour ou l'autre par se conjuguer en une seule et même passion. Ce sera chose faite en 1993, à l'occasion de la sortie française du Dracula de Francis Ford Coppola. Fasciné dès lors par l’interaction entre musique et image qui lui révèle des horizons infinis de découvertes, il rejoint d'abord les membres de l’association caennaise CinéScores, contribuant modestement à leur fanzine et leur émission de radio sur une antenne locale (1994-1999), avant de participer à la création de l'association Colonne Sonore / L'Ecran Musical (1999-2002). En 2008, il co-fonde avec Olivier Desbrosses- UnderScores : le Magazine de la Musique de Film pour lequel il occupe depuis le poste de rédacteur en chef adjoint. En 2011, il contribue à l'ouvrage collectif intitulé John Williams : Un Alchimiste Musical (Editions L'Harmattan) et signe ses premières notes de livret pour le label spécialisé Music Box Records. Il devient par ailleurs cette même année membre de l'International Film Music Critics Association (IFMCA). La passion plus que jamais vivace, l'aventure continue aujourd'hui...
Florent Groult
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