Star Wars – Episode I: The Phantom Menace

L'édition fantôme

Disques • Publié le 26/12/2008 par

STAR WARS: EPISODE I – THE PHANTOM MENACE (1999)

STAR WARS : EPISODE I – LA MENACE FANTÔME

Compositeur : John Williams

Durée : 124:02 | 68 pistes

CD : Sony Classical

Rating: ★★★★☆

 

 

Alors qu’il avait fallu attendre plus de quinze ans pour disposer enfin, en 1993, du fabuleux coffret de la trilogie originelle édité par Arista Records, et quatre ans de plus pour bénéficier, en 1997, du double album RCA pour chacun des trois premiers films (ou des trois derniers, cela dépend comment vous comptez !), l’année 2001 vit arriver, pour la première fois dans l’histoire musicale de la saga Star Wars, la version « complète » de la partition d’un des épisodes, et ce moins de deux ans après la sortie du film.

 

The Phantom Menace : l’album de 1999


 

Dès la première écoute de l’album accompagnant, en mai 1999, la sortie mondiale de The Phantom Menace (La Menace Fantôme), de nombreux fans ont immédiatement manifesté leur déception, regrettant que John Williams ne retrouve pas la magie inhérente à l’univers de Star Wars. Ce premier album permettait pourtant de retrouver à la fois le John Williams d’antan, celui qui savait si bien installer l’esprit d’un film en quelques thèmes (Jaws, Indiana Jones, Superman, E.T. et… Star Wars), mais aussi celui dont le style avait largement évolué, en particulier depuis la fin des années 1980. Tout ce qu’avait exploré Williams en termes d’instrumentation et de composition sur Jurassic Park, Schindler’s List (La Liste de Schindler), Nixon, Seven Years In Tibet (Sept Ans au Tibet) ou The Lost World (Le Monde Perdu) se retrouvait ainsi distillé par petites touches dans une partition reflétant l’évolution perpétuelle du musicien depuis plus de 30 ans.

 

En effet, comment ne pas se laisser emporter à l’écoute de cet important jalon de la saga Star Wars ? L’approche thématique tient toujours le devant de la scène, et l’on se délecte des citations, introduites tout au long du score, de thèmes préexistants à l’Episode I. Qui n’a pas souri en retrouvant le thème principal, la marche impériale, les thèmes de l’Empereur, de Yoda, de Jabba The Hutt, ou encore celui de la Force ? Sans compter les nouveaux motifs, comme celui de Jar Jar Binks ou celui des Sith, plus proche d’une approche « tribale » que d’un thème au sens classique du terme. Avec un sens de la mélodie incroyable, Anakin’s Theme annonce le futur thème de Darth Vader et rappelle la marche impériale en mode mineur, telle qu’on pouvait l’entendre à la fin de Return Of The Jedi (Le Retour du Jedi) lorsque Luke Skywalker ôte le masque de son père. Le compositeur l’adapte à la jeunesse du personnage, tout en ne nous laissant aucun doute sur l’avenir de l’enfant. L’action et le spectaculaire sont évidement aussi au rendez-vous : l’orchestre se déchaîne lors d’un scherzo furieux de toute beauté pour The Droïd Battle, et The Flag Parade est à Star Wars ce que Parade Of The Charioteers fut à Ben-Hur… Enfin, Duel Of The Fates, déchainement choral à mi-chemin du O Fortuna de Carmina Burana et de l’Hymn To The Fallen de Saving Private Ryan (Il Faut Sauver le Soldat Ryan), se pose en pièce de résistance de l’album. Tous les ingrédients semblaient réunis… Pourtant, ce premier album déçoit par sa brièveté qui ne permet pas d’apprécier à sa juste valeur la richesse de la structure thématique imaginée par Williams.

 

The Phantom Menace : l’Ultimate Edition


 

A peine dix-huit mois après cette première édition, une nouvelle, « ultime » (ah, les slogans marketing !) version discographique de la musique de l‘Episode I débarque dans les bacs. Réponse évidente de Sony Classical et Lucasfilm à la forte demande de la communauté des fans, cette édition ne présente pas la vision synthétique conçue par John Williams et exprimée plus largement dans le précédent album, mais bel et bien l’intégralité de la partition entendue dans le film. Et si l’album de 1999 manquait d’un je-ne-sais-quoi, malgré des thèmes solides et le retour de mélodies bien connues, ce nouveau pressage apporte un tout nouvel éclairage à la composition de Williams et réconcilie l’auditeur avec le travail de fond effectué par le compositeur. Enfin, on y retrouve la merveilleuse complexité de la saga Star Wars, la récurrence des thèmes qui se croisent, s’imbriquent et se répondent, et la partition y gagne en cohésion avec la trilogie originelle. L’exemple est flagrant dès la première séquence du film : passés la fanfare de la Twentieth Century Fox et le célébrissime Main Title, Treachery Within The Federation renoue avec les ouvertures des précédents films. On y retrouve d’abord les toutes premières mesures qui accompagnaient la navette de Darth Vader lors dans l’ouverture de Return Of The Jedi, enchaînées sur une citation du thème de l’Empereur puis, au milieu de passages d’actions retentissants, d’une nouvelle version du thème de la Force et enfin de la marche militaire développée dans Droid Invasion. En neuf minutes, les doutes suscités par le premier album sont balayés : John Williams a incontestablement retrouvé le « son » Star Wars, dominé principalement par les cuivres et les percussions. Pour la première fois, le thème tout en noblesse de Qui-Gon Jin est présenté dans son intégralité, et bénéficie de plusieurs apparitions et variations, par exemple au tout début de Anakin Is Free, séparation déchirante de la mère et du fils illustrée par un déploiement de cordes lyriques reprenant le thème de la Force, et qui était d’ailleurs l’une des séquences clés absentes du premier album. Egalement très demandé, Good Triumphs Over Evil présente le combat final dans l’espace, reprise triomphale du thème de la Force… Bref, de quoi satisfaire les fans les plus hardcore.

 

Pourtant dès la parution de ce double album, une énorme campagne de protestation se propage sur Internet, réclamant l’édition de la musique telle que l’aurait voulue le compositeur, plutôt que la vision tronquée par George Lucas et proposée par Sony Classical. Ce qui a déclenché les foudres des internautes, c’est avant tout la mention « Voici enfin toutes les notes de musique composées par John Williams pour Star Wars : Episode I » qui figure au dos de l’album. Une responsable marketing de Lucasfilm reconnaîtra plus tard la maladresse de la formule, qui voulait plutôt dire « Voici toutes les notes de musiques entendues dans Star Wars : Episode I« . En effet, ce double album est tout simplement l’équivalent de ce que serait une piste de musique isolée sur le DVD du film, sans les variations de volume sonore ! Et il faut avouer que les protestations des fans ne sont pas totalement infondées. George Lucas a en effet fait déplacer et remonter des sections entières de la partition alors que celles-ci n’étaient censées apparaître que bien plus tard dans le métrage. Par exemple, la course de pods utilise le motif nerveux aux cuivres et percussions prévu pour l’invasion finale du palais de Theed par les troupes de la reine Amidala. Ces libertés prises avec une structure pourtant bien établie ont fortement déplu à John Williams. Et s’il faut avouer que le choix du réalisateur se révèle diablement efficace sur la séquence concernée, la progression thématique envisagée par le compositeur en souffre terriblement. Pire encore, l’utilisation excessive du copier/coller sur la bataille finale, sous couvert de suivre à la lettre les allers-retours entre les différentes actions montées en parallèle, s’avère catastrophique : les thèmes de The Droid Battle, Duel Of The Fates et Qui-Gon Jin’s Noble End s’enchaînent alors sans cesse à chaque changement de décor, la musique perdant alors tout cohésion narrative. S’il est difficile de déterminer où s’arrête le travail du compositeur et où commence le travail du monteur musique, on peut raisonnablement douter que la volonté de Williams eût été de recourir à de tels artifices…

 

De plus, cette Ultimate Edition propose une piste bonus strictement inutile de la version clip de Duel Of The Fates contenant dialogues et effets sonores du film, là où l’on aurait préféré entendre des morceaux alternatifs, comme celui de la reine Amidala (Nathalie Portman) lors de l’invasion de sa planète (Lucas demanda à Williams de revoir sa copie à plusieurs reprises), ou y trouver les versions concert de Panaka & The Queen’s Protectors ou de The Flag Parade, présentes sur l’album initial mais qui font ici défaut. Malgré un livret épais et richement illustré, aucune note explicative ni indication de durée des morceaux ne sont disponibles. Bien dommage lorsqu’on se réfère aux précédentes éditions consacrées à la première trilogie. « Ultime » verdict donc : l’édition définitive de The Phantom Menace reste toujours à faire…

 

Au-delà de ces aléas discographiques, les péripéties de l’œuvre de John Williams sur la nouvelle trilogie n’en étaient qu’à leurs débuts. Plus encore que sa relative déconvenue concernant la cohérence musicale de The Phantom Menance, l’horrible charcutage de la bataille finale sur Geonosis dans Star Wars Episode II : Attack Of The Clones (L’Attaque des Clones) allait largement plus loin dans l’affront fait au compositeur et sera à l’origine, une fois encore, de la colère mêlée de déception des fans de la première heure. Mais ceci est une autre histoire…

 
 
 
 
 
 

CD 1

01. Fox Fanfare (00:23)
Treachery Within The Federation – The Invasion Of Naboo
02. Star Wars Main Title (01:24)
03. Boarding The Federation Battleship (02:31)
04. Death Warrant For Qui-Gon And Obi-Wan (01:18)
05. Fighting The Destroyer Droids (01:44)
06. Queen Amidala Warns The Federation (02:23)
07. The Droid Invasion (01:00)
Underwater Adventure
08. Swimming To Otoh Gunga (00:56)
09. Inside The Bubble City (03:05)
10. Attack Of The Giant Fish (01:37)
Darth Sidious And The Passage Through The Planet Core
11. Darth Sidious (01:04)
On To Naboo And The Rescue Of The Queen
12. The Giant Squid And The Attack On Theed (01:18)
13. Qui-Gon And Obi-Wan Rescue The Queen (02:09)
14. Fighting The Guards (01:42)
15. Escape From Naboo (02:04)
16. Enter Darth Maul (01:07)
Destination Tatooine, Home Of Anakin Skywalker
17. The Arrival At Tatooine (02:28)
18. Street Band Of Mos Espa (01:17)
19. Padme Meets Anakin (01:12)
20. Desert Winds (Bonus Track) (01:28)
21. Jar Jar’s Run-In With Sebulba (01:18)
22. Anakin’s Home And The Introduction To Threepio (02:42)
The Dark Forces Plot
23. Darth Sidious And Darth Maul (01:12)
Qui-Gon Bets On Anakin
24. Talk Of Podracing (02:59)
Anakin Closes In On His Destiny
25. Watto’s Deal / Shmi And Qui-Gon Talk (02:24)
26. Anakin, Podracer Mechanic (01:38)
27. The Racer Roars To Life / Anakin’s Midi-Chlorian Count (01:24)
28. Darth Maul And The Sith Spacecraft (01:00)
29. Mos Espa Arena Band (00:53)
30. Watto’s Roll Of The Die (01:59)
31. The Flag Parade (01:14)
32. Sebulba’s Dirty Hand / Qui-Gon’s Pep Talk (01:37)
Anakin’s Victory
33. Anakin Defeats Sebulba (02:17)
The Cheering Crowd
34. Hail To The Winner, Anakin Skywalker (01:13)
Mos Espa Folk Song
35. The Street Singer (01:13)

 

CD 2

To Coruscant And To Palpatine And The Senate
01. Anakin Is Free (05:04)
02. Qui-Gon And Darth Maul Meet (01:48)
03. Anakin And Group To Coruscant (04:11)
Palpatine’s Treachery
04. The Queen And Palpatine (00:41)
Qui-Gon Goes Before Yoda
05. High Council Meeting (02:37)
War Clouds And An Alliance With Boss Nass And The Gungans
06. The Senate (01:12)
07. Anakin’s Test (03:41)
08. Qui-Gon Mission / Obi-Wan’s Warning (03:47)
09. Nute And Rune Confer With Darth Sidious (00:29)
10. The Queen And Group Land On Naboo (02:19)
11. Jar Jar Leads Group To The Gungans (02:25)
12. War Plans (02:31)
Prelude To War
13. Darth Sidious Receives News Of The Gungan Army (00:25)
14. The Gungans March (00:57)
The Great Battle Begins
15. The Queen And Her Group Sneak Back To The Palace (00:18)
16. The Battle Begins (00:24)
17. The Republic Pilots Take Off Into Space (01:26)
The Battle Continues
18. Activate The Droids (00:44)
19. The Gungans Fight Back (00:24)
20. The Duel Begins (00:51)
21. Anakin Takes Off In Spaceship (00:47)
22. The Duel Continues (00:59)
23. The Battle Rages On (01:59)
24. Qui-Gon, Obi-Wan And Darth Maul Continue Battle (01:22)
The War At Its Darkest
25. Qui-Gon, Darth Maul, And The Invisible Wall (00:14)
26. The Gungans Retreat And The Queen Surrenders (02:18)
27. The Death Of Qui-Gon And The Surrender Of The Gungans (02:28)
Good Triumphs Over Evil
28. The Tide Turns / The Death Of Darth Maul (03:24)
The Wrap-Up
29. The Queen Conforts Nute And Rune (01:47)
30. The Funeral Of Qui-Gon (01:18)
Victory Parade
31. The Parade (01:24)
Titles
32. End Credits (08:14)
33. Duel Of The Fates (Dialogue Version) (04:21)


 
 
 
 
 
 

FICHE TECHNIQUE


Direction d’orchestre : John Williams

Orchestre : London Symphony Orchestra

Orchestrations : John Neufeld, Conrad Pope

Prise de son : Shawn Murphy, Jonathan Allen, Andrew Dudman, Dave Forty

Montage musique : Ken Wannberg, Peter Myles

Studio d’enregistrement : Abbey Road Studios, London, England

       
       
       
       
       
       
   

 

Olivier Soude

Olivier Soude

Contributeur (2008-2018)
Jamais la conscience du rôle de la musique pour l’écran n’aurait jailli si tôt sans les repiquages (avec les bruits ambiants de la pièce !) de génériques de dessins animés et de génériques de fin de (télé)films dès le début des années 80. A force d’écouter en boucle, forcément, l’intérêt grandit. En 1984, quand sort Indiana Jones And The Temple Of Doom, c’est le choc musical! La K7 de la bande originale du film constitue la toute première pièce de sa collection. Ceci explique sans doute pourquoi pour lui, aujourd’hui encore, l’œuvre de John Williams reste inégalée. Au début des années 90, à la faculté d’Amiens, sa rencontre avec d’autres mordus de béos enracine définitivement sa passion et sa curiosité pour cet art particulier. En 1996, au Barbican Center de Londres, après un concert, il échange quelques mots avec John Williams. Peu de temps avant de débuter la carrière d’enseignant à laquelle il se destine, en 1998, il commence à participer au fanzine Dreams To Dreams. Il s’entretient alors avec certains des compositeurs anglo-saxons qui le fascinent. Sa rencontre à Lunéville en 1999 avec Michael Kamen restera le point culminant des années passées en tant que rédacteur de Dreams Magazine.
Olivier Soude