Star Wars: The Empire Strikes Back (John Williams)

Missing in Action #1

Décryptages Express • Publié le 16/09/2019 par

Elles forment une troupe hétéroclite d’orphelins et de réservistes qui jamais ne furent envoyés au front, claquemurés pour ne pas fragiliser l’équilibre dramatique patiemment édifié à l’écran ou satisfaire les caprices de stars tyranniques et de producteurs dévorés d’acouphènes. UnderScores se propose, montages à l’appui, de donner la parole aux musiques qu’en tous temps, le cinéma rejeta loin des feux de la rampe.

Star Wars: The Empire Strikes BackSTAR WARS: THE EMPIRE STRIKES BACK (1980)
STAR WARS: L’EMPIRE CONTRE-ATTAQUE
Réalisateur : Irvin Kershner
Compositeur : John Williams
Séquence : The Imperial Probe / Aboard The Executor (0:18:20 – 0:21:22)
Éditeur : Sony Classical

Dans le monde opératique et merveilleux de Star Wars, constellé de cuivres aux gros poumons comme les galaxies très lointaines le sont d’étoiles à la petitesse de têtes d’épingle, le silence musical est denrée aussi rare qu’étonnante. Cette séquence de The Empire Strikes Back, annonciatrice de tempête pour la Rébellion traquée, représente l’une de ces très occasionnelles cavités où le London Symphony Orchestra ne dépêcha aucun émissaire… Du moins le croyait-on jadis, jusqu’à ce que l’écoute d’une intégrale tardive ne révélât un tonitruant The Imperial Probe / Aboard The Executor écrit selon toute logique pour la scène susnommée. L’amateur de musique de film, médusé, y trouvait par surcroît une introduction de la Marche Impériale radicalement différente de celle adoptée par le film. Identique dans son fameux déroulé tripartite, mais se distinguant au moyen de trilles fulgurants, elle s’impose sans peine comme l’une des plus formidables itérations jamais données par John Williams au Darth Vader’s Theme.

 

Quelques courts instants avant d’embraser le cosmos de son feu noir, ledit thème esquissait déjà ses notes liminaires pour la toute première fois dans la base secrète des Rebelles — nonobstant néanmoins ce fragile trémolo de flûte au début du film, si discret dans l’ombre de cuivres puissants qu’il doit glisser, parions-le, à la surface de bien des oreilles. La rengaine bientôt légendaire s’y révélait ombrageuse plutôt qu’immédiatement conquérante, d’autant que, loin d’escorter une immense armada de vaisseaux spatiaux, on la découvrait… flanquée d’un simple gros plan de la figure à jamais éberluée d’un C-3PO qui, avant tous les autres, évoque la menace de l’Empire. Pas la plus spectaculaire des entrées en matière, conclurent peut-être les instances supérieures de Lucasfilm, avant de couper le sifflet, une fois n’est pas coutume, au vénérable compositeur. Ce faisant, ils nous frustrèrent par là même d’un des rares moments « dissonants » (le terme demeure un peu fort) que compte Star Wars, et qui eût dû illustrer la brève escarmouche avec le droïde-sonde en vadrouille. Certes, avec la voix haut perchée qu’adoptait Williams en cet instant, nous nous trouvions soudain à plusieurs lieues de la volubilité postromantique qui, encore et toujours, définit seule la saga des étoiles. De là à penser que l’oncle George, suprême décideur, ait pu en être effarouché…

 

Benjamin Josse

Benjamin Josse

Rédacteur
Les temps changent. A l'heure de la communication instantanée et du joug de la téléphonie mobile, on ne trouvera plus grand-monde pour s'étonner d'entendre quelque quidam dégingandé soliloquer à haute voix. Aussi incroyable que cela paraisse, il fut une époque où ces effusions publiques aimantaient moult moues désapprobatrices et sourcils orageusement froncés, à plus forte raison quand l'objet de tous ces regards courroucés fredonnait (mal) le thème de The 7th Voyage Of Sinbad et s'essayait (pour un déplorable résultat) à imiter les glouglous burlesques de La Soupe aux Choux. C'est ainsi que de fil cassé en aiguille tordue, le mal-aimé Benjamin trouva refuge dans le giron d'UnderScores, merveilleuse terre d'asile où, depuis lors, il se consacre à l'égoïste satisfaction des vices précités, et d'autres plus condamnables encore. Le moindre, assurément, n'étant pas de larder d'aiguilles trempées dans du curare une poupée grossièrement faite à l'effigie de Hans Zimmer, sa Némésis de toujours (« Si j'arrivais seulement à lui flanquer des cors aux pieds, je serais le plus heureux des hommes », confesse-t-il, l'oeil torve). Parce qu'il lui faut bien gagner sa croûte, ou plus exactement les quignons de pain moisis que le maître des lieux condescend à lui jeter pour tout salaire, il rédige de loin en loin d'étranges amphigouris dédiés à des scores d'exotique provenance. Ses collègues sont incrédules et les lecteurs baillent d'ennui, mais aux dernières nouvelles, il n'a pas l'intention de fermer boutique...
Benjamin Josse