Conan The Destroyer (Basil Poledouris)

Condamné au pagne

La décade prodigieuse • Publié le 24/12/2018 par

Conan The DestroyerCONAN THE DESTROYER (1984)
CONAN LE DESTRUCTEUR
Compositeur :
Basil Poledouris
Durée : 92:35 | 29 pistes
Éditeur : Prometheus Records (2011)

 

4 Stars

 

N’eût été son désintérêt poli à l’égard du rêve américain, Vladimir Cosma aurait effectué ses premiers pas à Hollywood sous l’égide de l’heroic fantasy et des pagnes seyants. Mais gageons que sa peur panique de l’avion ne fut pas pour rien non plus dans sa décision d’annuler in extremis le vol qui devait le conduire en Eldorado… L’occasion faisant le larron, Basil Poledouris rempila aussitôt auprès de Conan, le farouche Cimmérien, recruté par une reine démoniaque afin d’escorter à travers mille périls une princesse au doux minois. Quelques minutes suffisent aux esprits perspicaces pour réaliser que ce destructeur-là, à l’inverse de son barbare de prédécesseur, se fiche d’animer une puissante fresque surgie des âges oubliés. Moins épique qu’allègrement pulp, l’acte deux des pérégrinations du compositeur dans l’inhospitalière Hyperborée pâtit longtemps de l’interprétation boiteuse des membres de l’Unione Musicisti di Roma, pourtant loin d’être des perdreaux de l’année. Grâce au philanthrope Nic Raine et à un City of Prague débordant d’ardeur, la redécouverte s’avère totale. L’aventure telle que le roi Basil n’avait pu que la ruminer est enfin là, et elle a splendide allure. Difficile d’en dire de même de la pochette de l’album, summum de mauvais goût, comme souvent chez Prometheus, sur laquelle la silhouette à peine distincte du fier héros s’auréole de spotlights disco.

 

Conan The Destroyer Photo 01

Benjamin Josse

Benjamin Josse

Rédacteur
Les temps changent. A l'heure de la communication instantanée et du joug de la téléphonie mobile, on ne trouvera plus grand-monde pour s'étonner d'entendre quelque quidam dégingandé soliloquer à haute voix. Aussi incroyable que cela paraisse, il fut une époque où ces effusions publiques aimantaient moult moues désapprobatrices et sourcils orageusement froncés, à plus forte raison quand l'objet de tous ces regards courroucés fredonnait (mal) le thème de The 7th Voyage Of Sinbad et s'essayait (pour un déplorable résultat) à imiter les glouglous burlesques de La Soupe aux Choux. C'est ainsi que de fil cassé en aiguille tordue, le mal-aimé Benjamin trouva refuge dans le giron d'UnderScores, merveilleuse terre d'asile où, depuis lors, il se consacre à l'égoïste satisfaction des vices précités, et d'autres plus condamnables encore. Le moindre, assurément, n'étant pas de larder d'aiguilles trempées dans du curare une poupée grossièrement faite à l'effigie de Hans Zimmer, sa Némésis de toujours (« Si j'arrivais seulement à lui flanquer des cors aux pieds, je serais le plus heureux des hommes », confesse-t-il, l'oeil torve). Parce qu'il lui faut bien gagner sa croûte, ou plus exactement les quignons de pain moisis que le maître des lieux condescend à lui jeter pour tout salaire, il rédige de loin en loin d'étranges amphigouris dédiés à des scores d'exotique provenance. Ses collègues sont incrédules et les lecteurs baillent d'ennui, mais aux dernières nouvelles, il n'a pas l'intention de fermer boutique...
Benjamin Josse
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