L’Âge d’Or de la comédie musicale égyptienne

#6 : La farce musicale

Dossiers • Publié le 06/08/2018 par

SOUAD HOSNI, la Cendrillon arabe (1943-2001)


Souad Hosni s’est davantage fait connaître comme actrice. Devenue célèbre au début des années 50, elle incarne en plein nassérisme le visage de la femme moderne. Elle a eu l’occasion de chanter quelques mélodies de films, principalement composées par Mounir Mourad, dans des petites comédies légères et souvent parfaitement insignifiantes comme L’Élève et le Professeur (Atelmiza wal Ostaz – 1968), d’Ahmed Diaeddin, où elle interprète le sémillant Amam. On compte aussi Jolie et Turbulente (Helwa wa Sakia  -1968) d’Isa Karama, ou encore Revue de Filles (Fatat el Essterad – 1969) de Mahmoud Zoulfikar.

 

C’est surtout le film Méfie-toi de Zouzou (Khali Balak min Zouzou – 1972), qui a fait sa célébrité. Étudiante militante le jour, elle joue les fêtardes la nuit, en chantant et en dansant dans la troupe de sa mère (jouée par une Tahia Carioca proche de l’obésité et pratiquement méconnaissable). À sa sortie, le film obtient un succès considérable et reste à l’affiche pendant plus d’un an. Il est régulièrement loué pour la qualité de ses chansons écrites par l’égyptien Kama el Tawil (1922-2003) et le poète Salah Jaheen. Khali Balak min Zouzou (la chanson qui donne son titre au film) ou Ya Wad Ya Te’eel connurent un grand succès à l’époque, même si elles ont aujourd’hui un peu vieilli.

 

Réalisé par Niazi Mostafa, Trop Jeune pour Aimer (Sagirah ala al Houb – 1965) est un film musical sans prétention, avec des gags plutôt ringards, mais qui contient quelques passages chantés de bonne facture. Il y a notamment ce charmant duo musical féminin des sœurs Bacri, qui interprètent la chanson Vahminak Arefinak. Il existe un vieux 45 tour de ce titre, édité par Polydor, totalement indisponible aujourd’hui mais que l’on peut parfois retrouver sur certaines plateformes numériques.

 

La facétieuse Souad Hosni dans Trop Jeune pour Aimer (1965)

 

La séquence de l’audition est d’ailleurs particulièrement absurde, car toutes les aspirantes comédiennes qui se présentent pour le rôle (censé être joué par une gamine de 12 ans), se révèlent beaucoup trop âgées. Avec sa voix fluette et ses manières de fillette, c’est finalement Souad Hosni qui réussira au mieux la supercherie en décrochant le rôle si chèrement convoité. Les choses se compliquent ensuite, lorsqu’elle tombe amoureuse du metteur en scène…

 

Les chansons du film sont composées par Ali Ismail (1922-1974), un artiste égyptien très intéressant et considérablement prolifique dans les années 60. On lui doit notamment l’hymne officiel palestinien Biladi, Biladi (Ma Patrie, ma Patrie) ainsi que les très belles chansons des films Les Vacances d’Hier (Agaza nos el Sana – 1962) et de L’Amour à Karnak (Gharam fi Alkarnak – 1967). Un film musical qui raconte l’histoire de la célèbre troupe de danse Reda. Ali Ismail a d’ailleurs commencé sa carrière dans cette compagnie qui a révélé plusieurs artistes prestigieux comme la danseuse Farida Fahmi, réputée pour avoir remis en valeur la grâce et la beauté de la danse folklorique égyptienne.

 

Souad Hosni se serait suicidée en 2001 à Londres suite à une dépression due à une maladie incurable, mais certains penchent pour un assassinat commandité par les services secrets égyptiens…

 

 

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