X-MEN: DAYS OF FUTURE PAST (2014)
X-MEN: DAYS OF FUTURE PAST
Compositeur : John Ottman
Durée : 111:46 | 39 pistes
Éditeur : Sony Classical

« Avec moi, mes X-Men ! » prononce souvent le Professeur Xavier pour regrouper son équipe de super-héros. Le film X-Men: Days Of Future Past aurait facilement pu utiliser cette citation dans sa promotion. En effet, ce cinquième opus de la saga mutante regroupe l’ancien casting (Patrick Stewart, Ian McKellen…), apparu dans les trois premiers films, et la relève (James McAvoy, Michael Fassbender…) apparue dans X-Men: First Class (X-Men : le Commencement). Pour orchestrer ce paradoxe temporel périlleux, la Fox s’est tournée vers une valeur sûre en remettant Bryan Singer à la barre, pour un résultat très réussi tant scénaristiquement que visuellement. Comme l’un ne va presque pas sans l’autre, c’est aussi John Ottman qui revient pour composer la musique. On pouvait difficilement espérer mieux. Et pourtant…
Comme pour X2: X-Men United (X-Men 2), Ottman écrit une bande originale d’abord centrée sur les thèmes. Le plus important est celui de Xavier, très mélancolique et élégiaque, apparaissant dès le début (Hope – Xavier’s Theme) et très longuement développé (He Lost Everything, We Need You, Charles n Charles, You’re Here!…). Il y ajoute un motif de quatre notes assez mystérieux pour Mystique (How Was She?, Are You Mystique?), un thème de bad guy assez classique pour Magneto (Off The Tracks, The Attack Begins), un motif étouffé pour Bolivar Trask (Trask Hearing – A New Era, Paris Pandemonium) et des chœurs liturgiques illustrant les Sentinelles dans toute leur dimension divine et destructrice (Time’s Up, The Attack Begins). Il reprend aussi son thème des X-Men introduit dans X2, ce qui fait ainsi de X-Men: Days Of Future Past la première suite musicale de toute la saga. On ne s’inquiétait donc pas, Ottman ayant bossé depuis X2 sur de nombreux films de super-héros toujours avec succès. Mais dès les premières minutes d’écoute, le pot-au-rose est découvert. A la demande de Bryan Singer et probablement pour des raisons de temps, John Ottman orchestre toute sa partition dans le style des blockbuster modernes, privilégiant l’efficacité.
Techniquement, cela n’empêche pas de composer une bonne musique. Mais à nouveau, le film s’en trouve dépourvu. D’abord, à part le thème des X-Men, repris surtout sous forme de motif et réorchestré de manière plus massive et énervée, Ottman ne reprend aucun motif développé pour X2, ce qui est dommage quand on voit la place de choix qu’ont Mystique et Magneto dans le film. Il les remplace par des motifs simples, très peu originaux et donc peu mémorables, affaiblissant le principe même du discours thématique. Ensuite, les scènes d’action reposent aussi sur des ficelles un peu éculées (la guitare électrique n’est franchement plus une idée nouvelle en 2014, Kamen le faisait déjà bien mieux dans le premier X-Men). Elles empilent donc boucles de synthés et de cordes, dissonances électro, guitare énervée, crescendos et gros sons un peu cheap sans trop d’originalité. Enfin, Ottman cède aux facilités pour l’habillage de la tension, étendant ses synthés en vagues planantes apocalyptiques déjà entendues mille fois. Ce n’est pas l’album Deluxe qui règle les problèmes. Même s’il développe plus les thèmes de Mystique et de Xavier et offre un discours plus fluide et cohérent que l’album d’origine, il propose surtout de l’underscore pas très inspiré (Clothes Off: Goodbye Peter) et des scènes d’action toujours purement fonctionnelles (Raising RFK: Magneto Descends).
Refusant l’illustration thématique et musicale poussée de son précédent travail pour la franchise, Ottman fait au final de la musique circonstancielle, au final appropriée aux images mais qui n’apporte jamais plus que ce qu’on ne voit déjà à l’écran. Le thème de Xavier, avec sa mélodie ample et mélancolique, illustre aussi parfaitement la situation du personnage dans le film. Mais comme le reste, l’orchestration de sa principale exposition (synthés planant, rythme synthétique et piano) diminue l’impact du morceau. L’orchestration très commune uniformise même les moments les mieux écrits comme Time’s Up ou Saving The Future. X-Men: Days Of Future Past demeure donc une réelle déception venant d’un artisan qui nous avait habitués à beaucoup plus coloré et ingénieux. Avalé par le système de production et le montage du film, la musique semble être devenue secondaire pour Ottman, à notre plus grand dam. L’horizon pour le reste de la saga X-Men parait alors bien sombre. Et pourtant…








