The Silence Of The Lambs (Howard Shore)

Le grand silence

Disques • Publié le 25/08/2011 par

The Silence Of The LambsTHE SILENCE OF THE LAMBS (1991)
LE SILENCE DES AGNEAUX
Compositeur :
 Howard Shore
Durée : 57:12 | 13 pistes
Éditeur : MCA Records

 

4 out of 5 stars

En réponse à des images d’une intensité qui n’a d’égale que leur sobriété, la musique du chef-d’œuvre de Jonathan Demme contribue largement à faire décoller le film et à l’entraîner vers des sphères supérieures. Afin de bien comprendre ce que cette partition a représenté pour la carrière d’Howard Shore, il faut rappeler qu’avant 1991, celui-ci n’était encore «que» le compositeur attitré de David Cronenberg, et si ce statut avait pu lui valoir un succès d’estime (en effet, les musiques de The Fly [La Mouche] et de Dead Ringers [Faux Semblants] avaient déjà très bonne réputation), il ne faisait pas encore partie des compositeurs de liste A, qui obtiennent de grands succès au box-office et travaillent avec les plus grands noms du cinéma hollywoodien. The Silence Of The Lambs marque donc une étape décisive pour Shore puisqu’il l’associe à un film de studio prestigieux récompensé par un large succès tant public que critique. Tout ce qui fait alors la quintessence du style du compositeur est présent ici, dans ses multiples qualités comme dans ses quelques défauts.

 

Ainsi qu’il l’explique en interview, Shore a conçu sa partition exclusivement du point de vue de Clarice Sterling, ce qui explique sa subtilité et sa sensibilité à fleur de peau, son aspect dépressif mais aussi son refus du pathos inutile, son élégance mais aussi sa froideur, son impossibilité à sortir totalement de ses gonds. En effet, ce qui surprend en premier lieu dans cette musique de thriller horrifique, c’est l’absence de tout cliché habituellement associé au film de terreur, le musellement constant de la section des cuivres et des percussions, qui ne s’autorisent quasiment aucun emballement ni aucune envolée rugissante. Les amateurs de musiques de slashers sursautants ou de films d’épouvante furibonds en seront ici pour leurs frais puisque l’on se situe à cent lieues des audaces d’un Goldsmith ou d’un Christopher Young. En revanche, ceux qui connaissaient bien le style habituel d’Howard Shore ne seront guère surpris, même si le compositeur a prouvé depuis qu’il était tout à fait capable de déchaîner son orchestre et de verser lui aussi dans l’horreur hyperbolique avec des partitions comme Seven, Panic Room et surtout The Cell.

 

Hannibal (Anthony Hopkins) reluque Clarice Sterling (Jodie Foster)

 

Cela dit, si la musique du film de Jonathan Demme est aussi réputée, c’est tout de même parce qu’elle parvient à instaurer avec brio un climat de tension et d’oppression sans précédent. Le compositeur la décrit comme passionnée et très émotionnelle, ses détracteurs la qualifieront de froide et intellectuelle ; nous préférerons quant à nous évoquer son aspect lancinant et hypnotique touchant toujours droit au but, sa capacité à développer des thèmes récurrents (celui du Main Title, celui du Finale et celui associé à Clarice Sterling, tout de mystère et d’inquiétude, que l’on entend d’un bout à l’autre du film) tout en noyant ses mélodies dans un maelström étourdissant dont rien ne se dégage sinon une sensation de malaise permanent. Une écoute superficielle de l’album, qui dure presque une heure, donne l’impression d’entendre encore et encore le même morceau, la tonalité d’ensemble s’avérant très monochrome. Ce sont principalement les cordes et les bois qui sont mis en avant lors d’adagios mélancoliques et brumeux en adéquation parfaite avec la photographie grisâtre et glacée de Tak Fujimoto.

 

Cependant, une écoute plus attentive permet d’apprécier toute la richesse du traitement, l’extrême sophistication des orchestrations (qui, une fois n’est pas coutume, ne sont pas signées Howard Shore) et la beauté des mélodies. On comprend alors pourquoi le compositeur parle de passion et de musique opératique : tous les morceaux consacrés à Clarice Sterling ou aux jeunes femmes kidnappées sont d’une intensité émotionnelle à couper le souffle et débordantes de lyrisme (Clarice, The Abduction, The Moth). Quant aux passages associés à Hannibal Lecter, sourds et menaçants, ils grondent d’une rage contenue qui implose finalement lors de crescendos hautement dramatiques (Lecter in Memphis, Lecter Escapes). Au final, The Silence Of The Lambs est donc bel et bien un must absolu, une référence incontournable du genre et de la filmographie de son compositeur.

 

Haute sécurité pour Hannibal

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