Une Affaire Privée (Éric Demarsan)

Le deuxième souffle

Disques • Publié le 25/02/2016 par

Une Affaire PrivéeUNE AFFAIRE PRIVÉE (2002)
Compositeur : Éric Demarsan
Durée : 44:34 | 10 pistes
Éditeur : Universal Music France – Écoutez le Cinéma

 

 

4 Stars

Il y a des musiques qui parfois dépassent la critique, des albums dont on ne sait pas parler tant justement ils semblent échapper à toute qualification. Certes, on pourrait en dire autant de Guillaume Nicloux qui, du Poulpe à cette Affaire Privée, prend un malin plaisir à brouiller les pistes avec un ton décalé, un humour à froid électrisé par des violences subites, des personnages ambigus dont on ne sait jamais de quel côté de la frontière ils se situent… Si ce n’est peut-être dans cette tradition du film noir, entre le détective privé des années 40 et son revival des années 70 (le pansement sur le nez de Chinatown). Une affaire de privé donc, désabusé et nonchalant, revenu de tout et revenant de loin.

 

C’est à la suite des rééditions Universal de L’Armée des Ombres et du Cercle Rouge que Guillaume Nicloux a décidé de confier la partition de son film à Éric Demarsan. Point de mélodie ici, l’atmosphère prime, nimbant le film d’une veloute pastel, crépuscule d’un genre abonné aux clichés (Onze Jours Plus Tôt). Point de saxophone sur tapis de violons, ce sont les cuivres be-bop de Mingus d’une part, les nappes de cordes de Demarsan de l’autre. Celles-ci évoluent en strates fluctuantes, créant une véritable tectonique musicale qui révèle à chaque nouveau mouvement les contours et aspérités de l’ensemble (L’Enterrement). Clé de voûte de l’édifice, le glissement – totalement maîtrisé – qu’opère le compositeur entre L’Armée des Ombres (dont un extrait apparaît dans le film) et sa musique d’Une Affaire Privée invite à franchir ce pont tendu entre deux rives, deux époques, deux générations : De Jean-Pierre à Guillaume, de Melville à Nicloux, du fantôme de la rue Jenner au metteur en scène de 35 ans.

 

Il y a dans cette partition un charme indicible, réel et tangible, auquel les mots semblent pourtant réfractaires, si ce n’est peut-être ceux écrits par Nicloux pour la chanson éponyme interprétée par Marion Cotillard. Une musique d’intérieur, de soleil couchant, de verre vidé que l’on fixe éperdument, de prénom féminin que l’on murmure tristement. Une musique que l’on se (sur)prend à écouter encore et encore, se demandant pourquoi on l’aime, s’y abandonnant toujours plus en rêvant de ne pas avoir de réponse. Une musique qui vous parle, vous interroge, vous torture parfois. Il y a des choses que l’on veut garder pour soi. Des affaires privées. What more can I say ?

 

Marion Cotillard et Thierry Lhermitte dans Une Affaire Privée

 

Article initialement publié sur Traxzone le 01/08/2002.