Star Trek Into Darkness (Michael Giacchino)

Kirk et Spock au coeur des ténèbres

Disques • Publié le 14/09/2015 par

Star Trek Into Darkness - The Deluxe Edition STAR TREK INTO DARKNESS (2013)
STAR TREK INTO DARKNESS
Compositeur :
Michael Giacchino
Durée : 118:43 | 51 pistes
Éditeur : Varèse Sarabande

 

5 Stars

Comme pour la bande originale du premier film (et reboot) sobrement intitulé Star Trek, Varèse Sarabande a édité une version « Deluxe » de la musique du second opus environ un an après avoir publié, à la sortie du film, un album simple. Cette nouvelle édition de Star Trek Into Darkness propose 51 pistes, soit près de deux heures de musique. Rappelons que l’édition simple, bien qu’excellente, ne comportait que 15 pistes pour 45 minutes d’écoute. Les petits plats ont donc été mis dans les grands pour satisfaire le béophile impatient qui aura attendu près d’un an cette seconde édition en décortiquant la première pour passer le temps. Une nouvelle fois, voici l’occasion de saluer l’extraordinaire travail de Michael Giacchino, définitivement le compositeur du moment, qui ne cesse d’ajouter de nouvelles cordes à son arc et de se faire mieux connaître du grand public depuis son Oscar remporté en 2009 pour Up (Là-Haut).

 

Avec cette nouvelle partition très attendue, Giacchino reprend le matériau de base écrit pour le premier film. Inutile donc de préciser que le glorieux thème de l’équipage de l’Enterprise fait bien son grand retour ici, comme si on ne l’avait jamais quitté. Alors que la mise en scène du réalisateur J. J. Abrams est beaucoup plus posée et réfléchie, la musique de Giacchino joue plus que jamais la carte de l’aventure épique et renoue avec les grands thèmes de l’Âge d’Or hollywoodien et des mélodies facilement identifiables que l’on fredonne à la sortie de la salle. Loin de se limiter à ce qui a fait le succès du précédent épisode, le compositeur développe ses thèmes et les décline en d’infinies variations. Outre ceux de l’Enterprise et de Spock, il faut compter avec les thèmes de John Harrison, de l’amiral Marcus et des Klingons. Il était déjà possible de les entendre tous dans l’édition simple, mais avec cette version « Deluxe », on est tout simplement gâtés !

L'Enterprise en pleine action

Il suffit pour cela de se pencher sur le thème de l’amiral Marcus, qui ne se faisait entendre jusqu’à présent que très discrètement sur une seule piste de l’édition simple (Brigadoom, renommée ici pour l’occasion Harrison’s Heart / Enter The Vengeance) et qui fait l’objet de pas moins de sept pistes ici. Une véritable revanche pour un motif associé à un personnage stratège et belliqueux dont le vaisseau s’appelle justement le Vengeance ! Notons que la toute dernière piste (Ode To Vengeance) est un bonus de plus de six minutes dédié à ce thème quasi-inédit. Dans les notes du livret, Giacchino confesse d’ailleurs que Ode To Vengeance et Ode To Harrison étaient les deux pistes qu’il avait écrites en premier afin de présenter au réalisateur J. J. Abrams les thèmes qu’il avait en tête pour deux personnages-clés de l’histoire. Une méthode qui sera de nouveau utilisée pour la splendide musique de Jupiter Ascending (composée un an et demi plus tard) dont le double CD s’ouvre sur les désormais quatre célèbres mouvements.

 

Le thème des Klingons fait l’objet de pistes particulièrement martiales pour la séquence où l’équipage se rend sur la planète Kronos pour coincer le fugitif Harrison. Trois pistes, trois ambiances différentes (Galactic Road Trip, Klingons Chase / Meeting et Harrison Attack) mais toujours une efficacité redoutable, en écoute isolée ou sur les images, et une énième preuve de la maîtrise complète par Giacchino de son sujet et de son écriture thématique. Les réutilisations des thèmes dorénavant bien connus de Spock et de l’Enterprise, bien que présents, relèvent presque de l’arrière-plan et du minimum syndical.

 

Si l’action se taille la part du lion et donne lieu à des pistes déchaînées disséminées tout le long du double album, l’émotion n’est pas en reste. Aux déjà cultes London Calling et Buying The Space Farm de la première édition s’ajoute London Falling, qui permet de dévoiler le thème de John Harrison, celui-ci bénéficiant également de sa piste dédiée en fin de programme (Ode To Harrison). Son thème, de la même manière que celui de l’amiral Marcus, est extrêmement présent durant tout l’album (voir Harrison Brought On Board pour une reprise martiale du plus bel effet) et démontre une nouvelle fois le soin que Michael Giacchino a apporté dans la composition des motifs récurrents et la manière de les répartir sur l’ensemble de l’œuvre. On notera également plusieurs reprises au piano du thème de l’Enterprise pour toutes les fois où Kirk s’interroge (ou est interrogé) sur ses compétences de capitaine de vaisseau (Demotion Emotion, So Long Scotty, Buying The Space Farm).

Spock en pleine action

Alors que les grosses productions sont de plus en plus nombreuses à mettre en avant les voix et les effets sonores par rapport à la musique, Star Trek Into Darkness donne au contraire à celle-ci un véritable rôle narratif, renforcé par l’utilisation des thèmes qui permet d’anticiper les rebondissements du scénario pour qui sait y prêter attention. Scotty’s Floored en est un bel exemple : alors que le spectateur et le personnage du film s’interrogent sur l’identité d’un protagoniste important restant dans l’ombre, une écoute attentive du thème utilisé à ce moment précis révèle son identité. Cette mise en avant est particulièrement flagrante dans les scènes d’action, alors que l’écriture thématique de la musique renforce le côté épique et grandiose des exploits des héros (par exemple, le rappel en fanfare du thème principal à la fin de Sub Prime Directive, quand le vaisseau disparaît en hyper vitesse dans l’espace tandis que le titre apparaît accompagné de percussions déchaînées). La quasi-totalité du film étant accompagnée de musique, celle-ci épousant littéralement tout ce qui se passe à l’écran, on serait en droit de penser que l’écoute isolée pourrait être en contrepartie ardue : il n’en est pourtant rien. Giacchino maîtrise jusqu’au bout des ongles son sujet et livre un travail transcendant, capable de s’apprécier tant avec que sans les images. Un véritable tour de force que le mixage sonore du métrage met en évidence.

 

Presque rien n’a été oublié. Oui, vous avez bien lu : presque. Chipotons un peu : il y a malgré tout quelques omissions, à savoir la fin de Meld-Merized, qui ne correspond pas du tout avec ce qui est entendu dans le film, ou encore la piste accompagnant la discussion entre les deux Spock (qui permet d’entendre une glorieuse reprise du thème du plus connu des Vulcains). Rien de fâcheux en soi, et cela tient plus de la chicane, mais lorsqu’une édition affiche le label « Deluxe », on est en droit de s’attendre au minimum à 100 % de la musique du film, voire plus si l’on compte les pistes bonus et alternatives. Passé cet aspect qui doit constituer le seul point négatif de cette édition, on a affaire à du très bon tout le long de l’écoute. Les pistes se succèdent et suivent dans la grande majorité l’ordre du film (à l’exception de Scotty’s Floored), ce qui n’est pas pour déplaire compte tenu de la diversité des ambiances musicales. Varèse Sarabande a donc fait du très bon travail avec cette édition, tandis que Michael Giacchino fait définitivement partie des grands même si, dans le cœur de certains, cela faisait déjà bien longtemps !

La colère de Khan ?

Vincent Delhomme

Vincent Delhomme

Contributeur (2015-2016)
Tout petit déjà, Vincent regardait en boucle certaines scènes de films sur VHS car il appréciait les passages musicaux qui les accompagnaient. C'est à la fin de l'année 2001, avec la sortie du premier film adapté de la saga littéraire Harry Potter, qu'il s'éprend du célèbre « Hedwig's Theme ». Quelques mois plus tard, sa mère lui offre le CD de la musique du film, qu'il écoutera un nombre incalculable de fois sur sa première chaîne hi-fi. Au fil des années, il découvre d'autres compositeurs, en ayant une préférence toute particulière pour ceux dont l'écriture est thématique. A partir des années 2010, il commence à écrire des petits articles sur la musique de film avant de rejoindre, en 2015, les rangs d’UnderScores.
Vincent Delhomme