Road House (Michael Kamen)

Taverne, Tai Chi et tatane

Disques • Publié le 28/11/2013 par

Road HouseROAD HOUSE (1989)
ROAD HOUSE
Compositeur :
Michael Kamen
Durée : 48:19 | 14 pistes
Éditeur : Intrada

 

2.5 Stars

Le légendaire videur Dalton (Patrick Swayze), diplômé de philosophie et maître de tai chi, est engagé par le patron du bar-saloon «Double Deuce». En y mettant de l’ordre en matant les malfrats, il s’attire les foudres de Brad Wesley, le sanguinaire baron de la pègre locale… Premier film avec Swayze produit par une major, Road House est souvent cité aujourd’hui comme le pendant «testostéroné» de Dirty Dancing. Le film de Rowdy Herrington chapeauté par Joel Silver (Die Hard, Lethal Weapon) est un pot-pourri très divertissant de clichés et excès hollywoodiens, des dialogues imagés aux éclats d’ultra-violence en passant par les coupes de cheveux défiants la gravité.

 

L’environnement musical du film est constitué en premier lieu de chansons blues-rock, interprétées notamment par The Jeff Healy Band. Le guitariste et chanteur canadien interprète d’ailleurs plusieurs titres à l’écran et a même plusieurs lignes de dialogue. C’est parfois une tâche ingrate pour un compositeur que d’essayer de tisser une trame musicale dramatique dans un film dominé par des chansons. Michael Kamen s’acquitte de sa mission avec décontraction et sa malice habituelle. C’est un score «caméléon» : même s’il y a un thème pour le héros et un autre pour sa partenaire (Kelly Lynch), il choisit plutôt de varier l’instrumentation selon les scènes sans s’appuyer trop solidement sur ses mélodies.

 

Patrick Swayze

 

Le décor rural le fait opter pour un ton intimiste : guitares, harmonica, piano, synthés et petit ensemble avec cordes et vents. Alors que les instruments solo accompagnent Dalton et sa relation avec le docteur Elizabeth, des synthétiseurs ombrageux se chargent de souligner la tension grandissante et la menace de Wesley et son gang. Pour la dernière partie du film cependant, c’est tout un orchestre qui viendra balancer torgnoles et tatanes pour aider Dalton à débarrasser la petite ville de Jasper des méchants.

 

Rien de nouveau sous le soleil des passages de tension (Nobody Ever Wins A Fight, Invitation To Brad’s, This Is My Town, Heads Or Tails?). On y retrouve le son de guitare au clavier cher au compositeur, sous la menace de basses de cordes aux synthés et de vrillements électroniques entendus abondamment dans Lethal Weapon. Tai Chi y ajoute une couleur brumeuse et méditative bienvenue. Le score passe abruptement en mode Die Hard, grelots compris, dans Dalton And Reno Fight et The Final Confrontation (Film Version). Si les cuivres et percussions, poussés par des cordes nerveuses, y envoient coups de poing sur uppercuts avec violence, Kamen ne délaisse cependant pas son écriture riche pour bois et percussions légères qui ajoutent à la vivacité et l’urgence de ces morceaux.

 

Faut juste pas l'énerver le Patrick

 

Les meilleurs moments de Road House se trouvent cependant dans sa facette la plus rustique, avec le très apaisé The Homestead (Dalton’s Theme), un beau thème pastoral au cor soutenu par les cordes. L’air prend une tournure blues-country avec l’intervention d’un piano et d’un harmonica puis d’une guitare et des percussions imitant le bruit des sabots d’un cheval. Le film a souvent été décrit comme un western moderne et ce morceau ne laisse aucun doute ! L’harmonica revient dans Drop Like A Stone, petit morceau romantique entièrement aux synthés. Kamen semble s’amuser à renvoyer l’idylle du héros à une amourette estivale d’adolescents. C’est flagrant au début de On The Rooftop avec son clavier mielleux, mais l’arrivée de l’orchestre de cordes et du hautbois dégage une délicatesse inattendue. Le compositeur continue de s’amuser en invitant la guitare rock de Jeff Healy dans la bagarre : les sept minutes de Loading Dock Fight rappellent que tout cela n’est pas très sérieux, improvisant avec une cool attitude débraillée fort réjouissante. Il semble que l’intention première de Kamen ait été d’appliquer ce style sur d’autres scènes, en témoignent Emmet’s House Explodes (Original Version) et The Final Confrontation (Original Version). Le remplaçant orchestral du premier manquait parmi les bandes, tout comme un autre morceau pour la mort du personnage de Sam Elliott, ces morceaux sont malheureusement absents.

 

Une compilation de chansons était sortie en 1989, mais la partition de Michael Kamen était restée totalement inédite jusqu’à janvier 2012. Si le score de Road House ne brille aucunement par son originalité, la juxtaposition de différents styles typiques du compositeur en fait une sorte de condensé dont l’écoute est diablement ludique, plus encore avec une pinte de bière bien fraîche un soir de canicule.

 

Après l'effort...

Milio Latimier

Milio Latimier

Rédacteur
Enfant dans les années 1980, l'infection se manifeste par le fredonnement incessant de musiques de films en jouant avec ses G.I.Joe. Plus tard, les symptômes s'aggravent avec le magnétophone collé à la télévision pour enregistrer des béos et les écouter le soir en cachette. Le diagnostic est définitif en 1991 avec prescription à Noël de disques Spielberg/Williams et Star Wars. Se shoote toujours principalement au cocktail « Poledouris, Silvestri, Kamen, Elfman » entre deux cures de Williams ou Goldsmith. Dernières rechutes dues à des excès de Beltrami et de Giacchino.
Milio Latimier