A Troll In Central Park (Robert Folk)

Pieds nus dans le parc

Disques • Publié le 19/03/2012 par

A Troll In Central ParkA TROLL IN CENTRAL PARK (1994)
LE LUTIN MAGIQUE
Compositeur :
Robert Folk
Durée : 63:55 | 15 pistes
Éditeur : Intrada

 

4.5 Stars

Robert Folk, compositeur hollywoodien relativement prolifique durant les années 90, s’est depuis longtemps désinvesti du monde du cinéma, lui préférant celui des salles de concerts classiques, ce qui explique que l’on trouve très peu de ses bandes originales éditées depuis dix ans. L’ennui, c’est que de tout temps l’édition discographique s’est montrée plutôt injuste envers ce compositeur : sur plus de soixante-dix titres, moins d’une quinzaine a bénéficié d’une sortie CD, et c’est pourquoi l’on a lieu de se réjouir que le label Intrada ait choisi d’exhumer sa partition pour A Troll In Central Park, film de Don Bluth et Gary Goldman datant de 1994 et inédit en France. L’album propose généreusement l’intégralité du score, totalisant plus d’une heure de musique, et laisse de côté les chansons qui, bien que co-écrites par Folk, présentent fort peu d’intérêt.

 

Habitué des univers de fantasy à destination d’un public en manque de rêve et de merveilleux, déjà responsable du score de Rock-A-Doodle (Rock O Rico), précédent dessin animé du tandem Bluth/Goldman, Folk se montre extrêmement à l’aise sur A Troll In Central Park et signe indéniablement l’un de ses meilleurs travaux. Ecrite pour un grand orchestre et une chorale aux accents enchanteurs, sa musique s’inscrit dans la lignée de celles de Jerry Goldsmith et de James Horner, qui tous deux ont précédé Folk auprès de Don Bluth avec respectivement The Secret Of NIMH (Brisby et le Secret de NIMH), An American Tail (Fievel et le Nouveau Monde) et The Land Before Time (Le Petit Dinosaure et la Vallée des Merveilles), splendides réussites ayant embelli les jeunes années de nombreux béophiles.

 

A Troll In Central Park

 

Exposé dès les premières mesures du Main Title avec force glissandi de harpe veloutée et de clochettes, porté par des cuivres triomphaux et des chœurs magiques, le thème principal évoque parfaitement la bonté et la lumière qui caractérisent le troll Stanley, qui a le pouvoir de créer la vie partout où il passe, faisant naître des plantes même au milieu de paysages entièrement minéraux. Cette tonalité pleine de joie et de chaleur dominera l’ensemble de la partition et le thème principal sera évidemment entendu à de nombreuses reprises puisqu’associé au héros. La suite alterne de façon certes attendue et conventionnelle mais néanmoins virtuose les séquences de mickeymousing et les passages plus sombres associés à la reine Gnorga. Le musicien donne alors de multiples preuves de son talent inné pour les mélodies chamarrées et mémorables, dans la droite lignée de son score matriciel The Neverending Story II (L’Histoire Sans Fin II), et pour les orchestrations rutilantes et pleines de surprises. L’humour et la tendresse, même dans le traitement des méchants, règnent ici en maîtres.

 

Marches rythmées par des cuivres faussement sévères et des percussions tribales, berceuses délicates et émouvantes, pastiches de comédies musicales et ambiance jazzy-symphonique pour illustrer la frénésie new-yorkaise : le compositeur enchaîne les succès avec une aisance déconcertante, rappelant tantôt le James Horner des années 80, tantôt David Newman (qui a toujours œuvré dans des genres similaires), tantôt les compositeurs habitués des productions Disney et garants de la tradition tels Silvestri, Broughton et McNeely. Les instants de grâce sont nombreux et à ce titre un morceau comme Nuts And Butterflies, multipliant les clins d’œil à Gerschwin et à Bernstein, est un vrai moment de bonheur, tout comme les charges héroïques galvanisantes contenues dans Meteor Ride, Ride The Sail Boat et Bed Of Flowers. Exubérante à l’extrême, festival de mélodies entraînantes, hommage à quantité de grands noms du répertoire classique mais également marquée du sceau du compositeur de Beastmaster 2 : Through The Portal Of Time (Dar l’Invincible 2 – La Porte du Temps), la musique de A Troll In Central Park est un must pour tous les amateurs de musique symphonique richement orchestrée et devrait permettre de découvrir davantage l’œuvre de Robert Folk, injustement méconnue. Espérons que d’autres éditions de ce genre suivront !

 

A Troll In Central Park

Gregory Bouak

Gregory Bouak

Contributeur (2010-2012)
Toujours un peu décalé, Grégory écoute de la musique classique à l’âge où les autres écoutent du rock, de la variété, ou rien, ce qui fait qu’à quinze ans, il pense avoir fait le tour de la question et se retrouve tout démuni. Il aime aussi depuis longtemps le cinéma et surtout les Star Wars, les Batman, les James Bond, dont il goûte les musiques avant tout parce qu’elles lui rappellent les films. Un jour, en voyant Stargate, il découvre que les musiques de films peuvent être d’une grande richesse et s’apprécier pour elles-mêmes en écoute isolée, se présentant comme les dignes héritières de son genre de prédilection, la grande musique symphonique telle qu’elle a atteint son apogée à la fin du XIXe siècle. C’est le début d’une longue et belle amitié qui n’a jamais connu de rupture. A partir de 2000, il se met à écrire des articles et des critiques de musique de film pour le site internet TraxZone, puis pour LeFantastique.net et Khimaira Magazine, tous deux spécialisés dans le fantastique, la fantasy et la science-fiction. En parallèle, il publie des articles dans la version papier de Khimaira. En 2006, il crée Horreurs et Merveilles, un blog puis un site consacré aux musiques des films de l’imaginaire. En 2010, suite à un bug irrémédiable d’Horreurs et Merveilles, dont il soupçonne secrètement les membres d’UnderScores d’être les instigateurs afin de l’inciter à rejoindre leur équipe, il accepte avec joie de contribuer au nouveau magazine de référence de la musique de film en langue française, afin de continuer à promouvoir sa passion.
Gregory Bouak