Star Trek (Michael Giacchino)

Cap sur les étoiles

Disques • Publié le 02/05/2009 par

STAR TREK (2009)

STAR TREK

Compositeur : Michael Giacchino

Durée : 44:54 | 15 pistes

CD : Varèse Sarabande

Rating: ★★★★½

 

 

Aucune franchise télévisuelle et cinématographique ne fait l’objet d’une admiration comparable à celle dont bénéficie la saga Star Trek, non seulement des fans hardcore (les Trekkies) mais également des amateurs de musique de film, à l’égal de Star Wars et James Bond. En quarante-cinq ans d’existence, les cinq séries TV (six si l’on compte la version animée de 1973) ont vu défiler une illustre galerie de compositeurs : Alexander Courage, Fred Steiner, Gerald Fried, George Duning, Jerry Fielding, Jay Chattaway, Ron Jones, Brian Tyler… Plus prestigieuses encore, les déclinaisons de l’univers Star Trek pour le grand écran ont fait appel au talent de musiciens aussi divers que James Horner, Leonard Rosenman, Cliff Eidelman, Dennis McCarthy et surtout l’immense Jerry Goldsmith (cinq films et le thème de deux des séries à son actif). Après avoir ouvert le bal en 1979 avec Star Trek : The Motion Picture (Star Trek : le Film), il l’avait également fermé peu avant sa disparition avec le dixième opus, Star Trek : Nemesis, médiocre chant du cygne qui laissait la franchise en bien mauvaise posture et signait de toute évidence la fin des aventures cinématographique de l’équipe de Star Trek : The Next Generation (Star Trek : la Nouvelle Génération).

 

Malgré cet échec, la Paramount n’était pas décidée à laisser à l’abandon une franchise aussi rentable, et c’est à J.J. Abrams, créateur des séries à succès Alias et Lost et déjà réalisateur pour Paramount du blockbuster Mission : Impossible 3, qu’ils ont confié la mission paradoxale de revisiter les origines de Star Trek tout en modernisant la franchise. Et c’est sans surprise que le réalisateur a fait immédiatement monter Michael Giacchino sur le pont de l’Enterprise pour ce nouveau voyage. Une décision enthousiasmante quand on connait le degré de liberté laissé au compositeur lors de leurs précédentes collaborations, tant à la télévision (Alias, Lost, et plus récemment Fringe) qu’au cinéma (Cloverfield et Mission : Impossible 3).

 

Dès les premières mesures de la partition, une évidence s’impose à l’auditeur, qui ne fera que se confirmer au fil de l’écoute : le résultat présente un mélange harmonieux entre la révérence que le musicien porte à ses illustres prédécesseurs et à leur héritage musical, et son propre univers sonore si particulier et au style tellement reconnaissable. Giacchino, qui a pourtant dû traverser quelques moments de solitude lorsqu’il a accepté de s’attaquer à un nouveau pan de ce monument populaire, s’est acquitté de sa tâche avec brio. L’approche adoptée est avant tout hautement thématique, le compositeur usant d’orchestrations subtiles pour décomposer, recomposer et fusionner ses nombreux thèmes avec une maîtrise trop rare dans le Hollywood contemporain. Essentiellement orchestral, ce n’est qu’à de très rares occasions que le compositeur souligne son discours musical d’un discret sous-texte électronique (Nero Sighted) ou rythmique (Hella Bar Talk) plus proche de son travail sur Alias.

 

Sobrement intitulé Star Trek, le thème principal est présenté dès l’ouverture de l’album dans une version feutrée qui effleure à peine l’esprit d’aventure qui constitue le fondement de l’univers Star Trek, là où l’on pouvait s’attendre à une fanfare dans la veine des génériques traditionnels de la saga. Egalement associé à l’Enterprise, le mythique vaisseau de la Fédération, ce thème majeur sera ensuite décliné à loisir tout au long de l’album, tantôt dévoilé par petites touches avant de se voir souligné d’une rythmique plus contemporaine (l’arrivée à Starfleet dans la seconde partie de Hella Bar Talk), comme pour symboliser le passage de la franchise à la modernité, tantôt de manière plus lyrique (Back From Black), pour culminer avec noblesse dans Enterprising Young Man, version épique et flamboyante, presque guerrière tant les cuivres sont sollicités et les percussions massives (Emil Richards, percussionniste-vedette à Hollywood depuis des décennies, et qui fut associé à tous les films de la saga Star Trek à l’exception de Generations et Nemesis, fait d’ailleurs encore une fois partie de l’aventure).

 

Autre thème majeur, celui qui représentera la menace des Romulans, introduit dès Nailin’ The Kelvin, et qui invoque toute la puissance des cuivres pour mettre en exergue le caractère maléfique du personnage de Nero et du danger qu’il représente. C’est d’ailleurs là le seul élément thématique qui pourrait éventuellement être rapproché directement des partitions de Jerry Goldsmith par l’usage assez similaire que le maestro californien faisait des cuivres. Ce thème puissant, qui évoque aussi le déploiement orchestral qu’Howard Shore a associé aux orcs dans sa trilogie de The Lord Of The Rings (Le Seigneur des Anneaux), sera décliné tout au long de la partition, chaque affrontement des forces en présence permettant à Giacchino de mettre en opposition ce thème sombre et menaçant et celui, plus lumineux, de l’Enterprise.

 

Le jeune et fougueux James T. Kirk se voit gratifier d’une très belle mélodie qui accompagne la naissance du personnage (Labor Of Love) et évoque les plages les plus lyriques des musiques de Giacchino pour Lost. Hormis cette séquence, il ne sera plus jamais entendu isolément, mais se retrouvera fusionné de façon récurrente soit avec celui de l’Enterprise, le capitaine et le vaisseau faisant corps de plus en plus au fur et à mesure que le film se déroule, soit avec celui de Spock, en une brillante transcription musicale du mindmeld qui unit l’humain et le vulcain. Plus aérien, parfois presque éthéré, le thème associé à Spock est empli à la fois de douceur, de détermination et d’une étrangeté très vulcaine, jusqu’à offrir l’impression fugace d’un autre monde, aux confins de la galaxie, lorsqu’il est interprété par cet instrument étrange qu’est l’erhu (qui rappelle un peu ce que James Horner avait composé pour ce même Spock dans Star Trek II), avant de prendre son envol dans That New Car Smell (qui n’est pas sans remémorer, dans l’émotion qu’il dégage, les célèbres Ilya’s Theme et The Enterprise composés par Jerry Goldsmith pour Star Trek : The Motion Picture), une pièce qui fait appel à toutes les forces de l’orchestre et entrelace très habilement les thèmes de Spock et de Kirk, avant que ce duo ne devienne trio par l’injection du thème de l’Enterprise.

 

On découvre également dès les premières pistes du disque (par exemple au tout début de Enterprising Young Man), un autre motif très dynamique qui se révèle comme la véritable colonne vertébrale du score. On le retrouve à de nombreuses reprises, Giacchino jouant avec bonheur sur sa haute flexibilité, le faisant évoluer soit en tant que force motrice des séquences d’action, soit en contrepoint des autres thèmes de la partition. De nombreux motifs secondaires interviennent et se croisent, selon les cas aux consonances militaires, martiales, mystérieuses ou encore semées de dissonances qui évoquent bien évidemment les tessitures musicales et les sonorités étranges de Lost (par exemple That New Car Smell, ou encore la seconde partie de Nero Sighted).

 

Bien sûr, le score comporte son lot de passages d’actions, nourris de percussions tribales (Run and Shoot Offense), et boostés à la testostérone de Klingon. Giacchino profite aussi de tous les moyens à sa disposition, introduisant dans le troisième acte un chœur qui apporte à l’ensemble une dimension opératique (Nero Death Experience). Mais il est clair, à la vision du film, que cette partie a été largement sacrifiée dans la sélection effectuée pour l’album, et que de nombreuses pièces tout aussi exceptionnelles manquent à l’appel : seules 45 minutes sont incluses dans le disque alors que Giacchino a composé près de 80 minutes de musique au total.

 

Retour aux sources oblige, l’immortel thème composé en 1966 par Alexander Courage se retrouve injecté à plusieurs reprises, au cours de la partition, en petites touches presque subliminales (le début de That New Car Smell, ou encore Nero Death Experience, qui s’achève sur ses quatre premières notes), avant d’être enfin déployé dans To Boldly Go, dans une version enfin complète qui intègre jusqu’aux chorus aux accents rétro de la série originale.

 

L’album s’achève sur une somptueuse pièce de résistance, un End Credits qui entremêle l’essentiel des thèmes de la partition avec une virtuosité technique et thématique qui ne peut qu’emporter l’adhésion. Ce véritable morceau de bravoure n’est d’ailleurs pas sans rappeler la musique composée par Giacchino pour le générique de fin de Cloverfield.

 

L’irremplaçable Jerry Goldsmith restera à jamais inégalé, mais la relève est cependant assurée avec classe et talent par un Michael Giacchino au mieux de sa forme. Définitivement l’un des compositeurs les plus doués de sa génération, et qui n’a certainement pas fini de nous surprendre. Vivement Up et Land Of The Lost, sans oublier le prochain opus de Star Trek d’ores et déjà prévu pour 2011.

 
 
 
 
 
 

01. Star Trek (01:03)
02. Nailin’ The Kelvin (02:09)
03. Labor Of Love (02:51)
04. Hella Bar Talk (01:55)
05. Enterprising Young Men (02:39)
06. Nero Sighted (03:23)
07. Nice To Meld You (03:13)
08. Run And Shoot Offense (02:04)
09. Does It Still McFly? (02:03)
10. Nero Death Experience (05:38)
11. Nero Fiddles, Narada Burns (02:34)
12. Back From Black (00:59)
13. That New Car Smell (04:46)
14. To Boldly Go* (00:26)
15. End Credits* (09:11)

 

*Contains Theme from « Star Trek » TV Series, written by Alexander Courage & Gene Roddenberry.


 
 
 
 
 
 

FICHE TECHNIQUE


Direction d’orchestre : Tim Simonec

Orchestre : Hollywood Studio Symphony

Orchestrations : Tim Simonec, Michael Giacchino, Peter Boyer, Richard Bronskill, Jack Hayes, Larry Kenton, Chad Seiter & Chris Tilton

Prise de son : Dan Wallin

Montage musique : Stephen M. Davis, Alex Levy

Studio d’enregistrement : Streisand Scoring Stage, Sony Pictures Sudios

       
       
       
       
       
       
   

 

Olivier Desbrosses

Olivier Desbrosses

Rédacteur en chef
C’est grâce au Star Wars de John Williams qu’Olivier a découvert en 1977 la musique de film, une passion qui ne l’a jamais quitté depuis. Après avoir poursuivi des études de cinéma et réalisé quelques court-métrages, il a bifurqué vers le journalisme, d’abord dans l’univers du fanzinat puis dans celui des magazines professionnels (Mad Movies…). Membre de l’International Film Music Critics Association, il a fondé en 2008 le webzine UnderScores, au sein duquel il exerce depuis lors la fonction de rédacteur en chef, et a récemment contribué à l’ouvrage collectif John Williams : un alchimiste à Hollywood publié aux Editions l’Harmattan.
Olivier Desbrosses