Les Onze Mille Verges / Tarot (Michel Colombier)

Le Plaisir (et ses petits tracas)

La décade prodigieuse • Publié le 14/02/2019 par

Les Onze Mille VergesLES ONZE MILLE VERGES / TAROT (1975 / 1973)
Compositeur : Michel Colombier 
Durée : 73:58 | 32 pistes
Éditeur : Music Box Records (2014)

 

 

3.5 Stars

 

Pour oser adapter sur grand écran les paillardises aux fragrances d’obscène apocalypse dont Apollinaire se rendit le magnifique coupable, il fallait une paire de cojones à l’épreuve des balles. Vérification faite, l’on peut sans mal amenuiser lesdites gonades à la taille de vulgaires noix de cajou. Par l’esprit comme par la lettre, le chantre fou du stupre tout-puissant ne se profile jamais dans cette transposition moderne, bouffonne plutôt qu’anar, qui, suprême outrage, fait mine d’éreinter la morale matrimoniale pour mieux la flatter in fine. On s’amuse néanmoins, grâce à l’abattage cabotin de sa clique d’acteurs un peu éberlués d’être là et à Michel Colombier, qu’enchante cette étrange aventure. Bricolo génial dans l’âme, il se joue en permanence des conventions du film en costumes gourmé et de l’érotisme frigide popularisé par tatie Emmanuelle, leur préférant de loin une ribambelle de savoureux contre-pieds. Telle congrégation de secrétaires délurées hérite du parler volubile de la cuica brésilienne, tel effeuillage effectué en quatrième vitesse sous les yeux d’un Japonais impassible fait sauter moult incongruités musicales comme autant de cotillons de carnaval. Les mêmes coups de coude malicieux dans les côtes chahutent les valses viennoises et Bach, guest stars du répertoire classique qui eussent aimé peut-être qu’on les oubliât. Mais qu’ils ne se plaignent pas ! En comparaison, Tarot, pochade électronique composée à la va-vite pour un suspense cartomancien, conclut ce double programme le panache en berne.

  Je mets ma fortune et mon amour à vos pieds. Si je vous tenais dans un lit, vingt fois de suite je vous prouverais ma passion. Que les onze mille vierges ou même onze mille verges me châtient si je mens !

Benjamin Josse

Benjamin Josse

Rédacteur
Les temps changent. A l'heure de la communication instantanée et du joug de la téléphonie mobile, on ne trouvera plus grand-monde pour s'étonner d'entendre quelque quidam dégingandé soliloquer à haute voix. Aussi incroyable que cela paraisse, il fut une époque où ces effusions publiques aimantaient moult moues désapprobatrices et sourcils orageusement froncés, à plus forte raison quand l'objet de tous ces regards courroucés fredonnait (mal) le thème de The 7th Voyage Of Sinbad et s'essayait (pour un déplorable résultat) à imiter les glouglous burlesques de La Soupe aux Choux. C'est ainsi que de fil cassé en aiguille tordue, le mal-aimé Benjamin trouva refuge dans le giron d'UnderScores, merveilleuse terre d'asile où, depuis lors, il se consacre à l'égoïste satisfaction des vices précités, et d'autres plus condamnables encore. Le moindre, assurément, n'étant pas de larder d'aiguilles trempées dans du curare une poupée grossièrement faite à l'effigie de Hans Zimmer, sa Némésis de toujours (« Si j'arrivais seulement à lui flanquer des cors aux pieds, je serais le plus heureux des hommes », confesse-t-il, l'oeil torve). Parce qu'il lui faut bien gagner sa croûte, ou plus exactement les quignons de pain moisis que le maître des lieux condescend à lui jeter pour tout salaire, il rédige de loin en loin d'étranges amphigouris dédiés à des scores d'exotique provenance. Ses collègues sont incrédules et les lecteurs baillent d'ennui, mais aux dernières nouvelles, il n'a pas l'intention de fermer boutique...
Benjamin Josse
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