Kenneth Hall (1937-2016)

Disparition du plus célèbre monteur musique d'Hollywood

Portraits • Publié le 31/08/2016 par

Formé à la Twentieth Century Fox, Kenneth Hall débute sa carrière de monteur musique au tournant des années 60 pour des séries télévisées telles que Bus Stop, The Bing Crosby Show et surtout les quelques 350 épisodes de Peyton Place. Il doit sa carrière au chef d’orchestre et directeur musical Lionel Newman, ce dont il s’estimera toute sa vie particulièrement chanceux, ayant découvert auprès de lui les arcanes du métier (à l’époque, le fameux système de synchronisation Newman, à base de flutters, streamers et punches) mais aussi d’indispensables notions basiques de solfège, chose peu courante alors, aussi surprenant que cela puisse paraître. C’était d’ailleurs toujours en 1999 l’un de ses principaux conseils aux jeunes générations : « Avoir une formation musicale. Etre capable de connaître la différence entre une noire et une blanche, une croche et une double-croche. Vous devez apprendre les bases de la musique (…). Sachez seulement la valeur des notes et les différences dans les mesures, lisez suffisamment bien la musique pour essayer de mettre les choses dans l’ordre où elles doivent être, de la manière dont elles sont écrites sur le papier. » Car pour quelqu’un comme Ken Hall, le travail d’un monteur musique implique idéalement une relation très serrée avec le compositeur, des premières visions du film en sa compagnie et des séances de « spotting » avec le réalisateur aux sessions d’enregistrement, jusqu’au mixage final où il peut au besoin défendre la place accordée à la partition dans le film.

 

Il est probable qu’il travaille avec Jerry Goldsmith pour la première fois à l’époque de Planet Of The Apes (La Planète des Singes) et Justine, même si son premier crédit officiel en ce sens date de l’année 1970 et de l’épisode A Score Without Strings de l’obscure série télévisée Bracken’s World, sorte de « docu-fiction » sur les coulisses d’un studio hollywoodien. Il le retrouvera ensuite ponctuellement dans les années 70 pour Ace Eli And Roger Of The Skies, Breakheart Pass (Le Solitaire de Fort Humboldt) puis The Omen (La Malédiction), High Velocity (Haute tension) et Star Trek: The Motion Picture (Star Trek : le Film) par exemple, avant de devenir définitivement l’un des partenaires privilégiés du compositeur au début des années 80 à partir de Raggedy Man (L’Homme dans l’Ombre), Poltergeist, The Secret Of NIMH (Brisby et le Secret de NIMH), Psycho II (Psychose II), Under Fire… et ce jusqu’à ses derniers projets. « Kenny Hall m’est d’une immense aide » affirmait Jerry Goldsmith, « il n’y en a pas beaucoup comme lui. Il est de cette ancienne école de monteurs, vraiment un allié du compositeur, un véritable bras droit. »

 

Entre temps, Ken Hall a notoirement collaboré avec John Barry pour certains de ses projets américains tels que King Kong, le téléfilm Eleanor And Franklin, The Deep (Les Grands Fonds), Game Of Death (Le Jeu de la Mort), Hanover Street (Guerre et Passion), Starcrash (Starcrash, le Choc des Étoiles), Raise The Titanic (La Guerre des Abîmes), Somewhere In Time (Quelque Part dans le Temps), Night Games (Jeux Érotiques de Nuit) et Frances. Il a également croisé les chemins de Henry Mancini pour Silver Streak, Lalo Schifrin pour The Amityville Horror (Amityville, la Maison du Diable) et The Manitou (Le Faiseur d’Épouvantes), Miklos Rozsa pour The Private Files Of J. Edgar Hoover, John Williams pour Heartbeeps et (excusez du peu) E.T. The Extra-Terrestrial (E.T. l’Extra-Terrestre), John Carpenter et Alan Howarth pour Escape From New York (New York 1997), Stewart Copeland pour Wall Street, Cliff Eidelman pour Triumph Of The Spirit, ainsi que ceux de Bill Conti, Alex North, Marvin Hamlisch, Carmine Coppola, David Grisman… En tout, il aura participé à un peu moins d’un millier de films et productions télévisuelles en quelques 45 ans de carrière.

 

Après la disparition de Jerry Goldsmith en juillet 2004, et à l’exception (notable ?) de The Pacifier (Baby-Sittor) avec John Debney, il cesse presque toute activité professionnelle de monteur et se consacre à l’enseignement de son métier au sein de la prestigieuse école de cinéma de l’USC (University of Southern California), une activité dans laquelle il s’épanouit pleinement : « J’adore partager et transmettre tout ce que j’ai appris à propos du métier et des gens avec lesquels j’ai travaillé » confiait-il volontiers en 2009, « toute chose qu’on ne pourra pas lire dans des livres. J‘aime à penser que lorsque les étudiants quitteront les lieux, ils seront bien plus informés sur l’industrie qu’ils ne le seraient sans moi. C’est pour moi une véritable bénédiction ».

 

Kenneth Hall est décédé le 25 août dernier, à l’âge de 79 ans.

Florent Groult

Florent Groult

Rédacteur en chef adjoint
Né en 1974, originaire de Normandie, Florent Groult grandit au contact de la musique classique et, par trois coups de baguette (le King Kong de 1933, Forbidden Planet et Jaws) assénées au travers d'un écran TV, est touché assez tôt par la magie du cinéma. Il était sans doute inévitable que les deux finissent un jour ou l'autre par se conjuguer en une seule et même passion. Ce sera chose faite en 1993, à l'occasion de la sortie française du Dracula de Francis Ford Coppola. Fasciné dès lors par l’interaction entre musique et image qui lui révèle des horizons infinis de découvertes, il rejoint d'abord les membres de l’association caennaise CinéScores, contribuant modestement à leur fanzine et leur émission de radio sur une antenne locale (1994-1999), avant de participer à la création de l'association Colonne Sonore / L'Ecran Musical (1999-2002). En 2008, il co-fonde avec Olivier Desbrosses- UnderScores : le Magazine de la Musique de Film pour lequel il occupe depuis le poste de rédacteur en chef adjoint. En 2011, il contribue à l'ouvrage collectif intitulé John Williams : Un Alchimiste Musical (Editions L'Harmattan) et signe ses premières notes de livret pour le label spécialisé Music Box Records. Il devient par ailleurs cette même année membre de l'International Film Music Critics Association (IFMCA). La passion plus que jamais vivace, l'aventure continue aujourd'hui...
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