Portrait de Maurice Jarre

Pompe et dissonances

Portraits • Publié le 30/09/2010 par

Eternel nomade, musicien des horizons lointains et des épopées, d’occident et d’orient, des fresques du passé et des ailleurs exotiques, et pourtant bien français, jamais en reste pour le musette et les flons-flons, tel était Maurice Jarre. Figure quasi-légendaire de la musique de film, collaborateur de Franju, Huston, Visconti, Schlöndorff, Hitchcock, Lean, sa musique avait la générosité, le souffle naturellement large et puissant des natures hors normes et toujours une présence immédiate et fascinante.

 

On reste admiratif et quelque peu incrédule devant l’ampleur et la diversité de de ses compositions (au moins 250 partitions) comme devant les catalogues de certains compositeurs du XVIIIème, qui écrivaient souvent eux aussi une musique « fonctionnelle ». Corpus inégal et hétéroclite, mais qui recèle bien des perles dont la force d’expression et l’originalité de conception dépassent souvent le cadre du film pour lequel elles ont été composées.

 

S’il est sûrement l’un des musiciens de cinéma les plus célèbres, il est peut-être aussi l’un des plus mal-entendus, son image étant souvent réduite à des succès très voyants comme le thème de Paris Brûle-t-il ?, celui de The Longest Day (Le Jour le Plus Long) ou la chanson de Lara du Doctor Zhivago (Le Docteur Jivago). D’autant qu’un goût immodéré pour les marches et les valses l’ont parfois associé trop exclusivement auprès du grand public à un registre populaire léger et un peu pompier.

 

Derrière ces références évidentes, on trouve pourtant l’une des plus formidables machineries musicales à l’œuvre au cinéma. Et si l’entrain fracassant qui caractérise souvent sa musique est digne d’un Chabrier, c’est un Chabrier qui aurait croisé en chemin Stravinsky, Schoenberg et Messiaen !

 

 

Stephane Abdallah

Stephane Abdallah

Contributeur
Mélomane professionnel, cinéphile bénévole, plumitif compulsif, critique expéditif, promeneur invétéré, apprenti dilettante, sarrusophoniste pervers, il dévore très jeune les critiques enthousiastes de Bertrand Borie dans l’Ecran Fantastique et découvre ainsi, médusé, les noms de Jerry Goldsmith, Georges Delerue et autres Arié Dzierlatka, dont les noms côtoient bientôt chez lui ceux de Stravinsky, Ravel et Bartok. Depuis, il n’a de cesse de convaincre un monde incrédule des beautés coruscantes de la musique d'écran, à grand renfort d’images audacieuses, de métaphores contrapuntiques, d’analyses fleuries et d’envolées pindariques.
Stephane Abdallah

Derniers articles de Stephane Abdallah (voir tous ses articles)

  • The Vikings