The Film Music Of Jerry Goldsmith

Goldsmith Variations

Disques • Publié le 13/07/2020 par

The Film Music Of Jerry GoldsmithTHE FILM MUSIC OF JERRY GOLDSMITH (2001)
Compositeur : Jerry Goldsmith
Durée : 69:31 | 10 pistes
Éditeur : Telarc

 

 

4 Stars

 

Est-ce parce qu’il s’est vu proposer une opportunité d’avoir dans sa discographie un CD de sa musique mixée en multicanaux, ou bien celle de travailler à nouveau avec le London Symphony Orchestra, que Jerry Goldsmith a accepté la proposition du label Telarc ? Il faut avouer que cet album est vraiment à part dans la discographie dense de ce géant d’Hollywood ! Enregistré en 2001, le disque est censé retracer la carrière de celui qui fut autant un continuateur qu’un inventeur. Et pourtant… Comment ne pas s’étonner que deux musiques si emblématiques de l’évolution du style de Goldsmith ne soient pas présentes ? Comment accepter, sinon d’un œil torve et pour le moins circonspect, qu’il n’y ait pas un morceau de Planet Of The Apes (La Planète des Singes) ou de The Omen (La Malédiction) pour lequel, est-ce utile de le rappeler, il avait reçu l’Oscar de la meilleure musique de film en 1976 ? Et les interrogations ne s’arrêtent pas là ! Car si le CD fait la part belle aux medleys (trois, pour être exact), il laisse aussi de côté des œuvres aussi importantes qu’Alien, Gremlins, The Mummy, Explorers et même, plus hallucinant encore, ne fait même pas une petite place à la trilogie guerrière de Rambo ! Bien entendu, la carrière de ce compositeur étant si diverse et immense, si influente et riche, qu’il aurait été impossible de la retracer, ne serait qu’en pointillés, même sur deux disques. Alors, sur un seul…

 

Mais l’étrange se poursuit, cette fois à un autre niveau : certains morceaux ont été quasiment réorchestrés avec parfois des tempi différents. Par exemple, Star Trek: The Motion Picture (Star Trek : le Film) est moins emphatique, avec des silences plus longs et l’omission de certaines sections sur certaines mesures ! Nul doute qu’il s’agissait là d’une volonté du compositeur, puisqu’il a dirigé lui-même l’enregistrement, mais cela reste tout de même assez incongru. Le second titre de l’album est le premier (long) medley, consacré aux films. Dix-huit minutes se présentant sous la forme d’une longue suite symphonique où on croise The Sand Pebbles (La Canonnière du Yang-Tsé) et Chinatown (en soit, on peut comprendre la relation) mais qui ensuite fait place, sans transition, au thème d’Air Force One. Si son exécution est très fidèle à l’originale, ce n’est pas le cas de Basic Instinct, aussi réorchestré. Quant au merveilleux thème de Papillon, il est expédié en deux temps, trois mouvements (avec une accentuation du phrasé de la valse qui pourra paraitre artificielle) pour faire place à celui, moins émouvant mais plus guerrier de The Wind And The Lion (Le Lion et le Vent). Mais tout n’est pas à jeter dans cette suite et on appréciera le lien qui unit A Patch Of Blue (Un Coin de Ciel Bleu) et Poltergeist.

 

The Film Music Of Jerry Goldsmith

 

Le troisième morceau est consacré au sublime thème de The Russia House (La Maison Russie) dont on sait qu’il était l’un des favoris du compositeur californien. Ici, les nouvelles orchestrations, discrètes, certaines harmonies modifiées, et même, dans une certaine mesure, une composition revue, apportent beaucoup de valeur au titre. L’un des joyaux de ce disque est sans doute la suite de sept minutes de The Boys From Brazil (Ces Garçons qui Venaient du Brésil), là aussi revisitée, parcimonieusement, et qui ravira davantage les puristes de Goldsmith. On peut s’interroger sur la présence des thèmes de Sleeping With The Enemy (Les Nuits avec mon Ennemi) et de Forever Young car il ne s’agit sans doute pas là d’œuvres majeures, ou, en tout cas, pas aussi essentielles que les absences cruelles des thèmes précités.

 

En revanche, les oreilles sont d’emblée séduites par la suite consacrée aux travaux de télévision de Goldsmith, principalement dans les années 60-70, et on trouvera pêle-mêle, les excellents thèmes de Barnaby Jones et de Dr. Kildare et le malicieux The Man From U.N.C.L.E. (Des Agents Très Spéciaux). Rudy et son thème central lyrique, un brin celtique, bâti sur un tempo de valse très lente, aurait pu faire une doublette magnifique avec un autre film à caractère sportif, Hoosiers (hélas absent), mais Goldsmith a voulu ici présenter la mélodie, seule, pour en faire une pièce de concert indépendante, noble et émouvante. Le début de la suite Twilight Zone: The Movie (La Quatrième Dimension ) et son alternance de flûte et de cordes lyriques permet de rester dans l’atmosphère tissée par le morceau précédent, mais on tombe vite dans une partie plus atmosphérique puis agressive avec le violon « elfmanien » des segments les plus horrifiques du film à sketches. Le disque se conclut par un medley intitulé The Generals qui fait la part belle au thème de MacArthur, ce dernier faisant pâle figure à côté de son successeur, Patton, qui a autrement plus de classe et qui génère un enthousiasme que le précédent peine à trouver.

 

Au final, il s’agit d’un CD que les puristes goldsmithiens gouteront avec un peu d’amertume, mais qui réserve pourtant de jolis moments si on accepte l’absence de pièces maitresses de l’œuvre du compositeur au célèbre catogan. Retenons toutefois que l’enregistrement bénéficie d’une prise de son impeccable et que les titres choisis sont tout de même interprétés par le London Symphony Orchestra, ce qui n’est pas rien !

 

The Film Music Of Jerry Goldsmith

Christophe Maniez

Christophe Maniez

Rédacteur
Alors à l'orée de l'adolescence, au début des années 80, le jeune Christophe découvre à la télévision, coup sur coup, deux chefs d'œuvre qui marqueront son esprit à jamais. Le premier, Rocky, fait naitre en lui la jubilation par les mélodies riches en émotion de Bill Conti, devenu maintenant un de ses compositeurs fétiches. Le second, Vertigo d'Alfred Hitchcock, le plonge dans la musique du géant Bernard Herrmann, par le biais d'une partition pleine de mystère et de romance. Puis c'est l'escalade : il est tellement absorbé par la puissance des plus belles pages de la musique de film qu'il en vient à étudier de plus près le solfège et la composition (en quasi autodidacte, d'où son niveau plutôt moyen). Durant les mois suivants, il découvre John Williams et son Return Of The Jedi au cinéma. Transporté par la musique, il devient rapidement fan de ce compositeur. Son cercle de connaissances s'élargit et il en vient, plus tard, à admirer James Horner (un autre de ses compositeurs préférés) et Franz Waxman, notamment. Et puis, en 1989, c'est la claque : alors que tout le monde s'éclate sur la Bat Dance de Prince, il n'a d'oreille que pour les notes du Batman de Danny Elfman (par ailleurs, un des premiers CDs qu'il achète). Depuis lors, son amour pour la musique du compositeur attitré de Tim Burton ne s'est jamais démenti. Aujourd'hui, Christophe erre dans les couloirs obscurs d'UnderScores où il peut disputer le bout de gras avec d'autres êtres atteints du même syndrome que lui. Et l'aventure continue...
Christophe Maniez

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