Duel In The Sun (Dimitri Tiomkin)

Soleil de Plomb

Disques • Publié le 13/01/2020 par

Duel In The SunDUEL IN THE SUN (1946)
DUEL AU SOLEIL
Compositeur :
Dimitri Tiomkin
Durée : 110:32 | 28 pistes
Éditeur : Tadlow Music / Prometheus Records

 

4.5 Stars

 

Quand David O. Selznick achète les droits de Duel In The Sun en 1944, il a deux objectifs clairs : faire de ce film un succès au moins aussi retentissant que Gone With The Wind (Autant en Emporte le Vent), et faire de sa femme, Jennifer Jones, la nouvelle star d’Hollywood. Il échouera des deux côtés. Non pas que Miss Jones soit mauvaise comédienne (elle s’en sort plutôt bien dans le film, malgré un rôle sulfureux – pour l’époque – difficile à restituer à l’écran) ou que le film, réalisé par le talentueux King Vidor, ne soit pas à la hauteur du scénario. Il manque tout simplement, malgré un casting solide (Gregory Peck impeccable dans un rôle qu’on lui verra rarement tenir par la suite, et Joseph Cotten lui aussi remarquable dans un rôle plus « sage »), le souffle romanesque du film mythique mettant en vedette Clark Gable et Vivien Leigh.

 

Après quelques tergiversations, Selznick décide d’engager Dimitri Tiomkin pour faire la musique de sa nouvelle production. Bien avant que ce dernier n’ait pu voir le moindre rush, le producteur demande au compositeur de lui présenter une demi-douzaine de thèmes, enregistrés avec un grand orchestre symphonique. Le cahier des charges est laconique : Selznick veut entendre un thème d’amour, un autre pour les vieux souvenirs, un esquissant l’idée de jalousie, un thème pour les scènes de flirt, un pour le conflit/danger et un dernier au potentiel plus ou moins orgiaque ! Si Selznick aime beaucoup les cinq premiers, il tique davantage sur le dernier, le considérant comme insuffisamment érotique. Tiomkin le retravaille plusieurs fois avant que le producteur ne finisse par accepter. Le compositeur ira ensuite au-delà des six compositions demandées car il écrira pratiquement un thème pour chaque personnage, plus quelques motifs supplémentaires pour des situations particulières. Cependant, l’originalité du score réside dans le fait que le personnage de Pearl (Jennifer Jones) ne possède pas son propre thème alors qu’il s’agit, sans conteste, de l’héroïne principale du film. Chacune de ses apparitions est associée avec un autre thème, souvent en jouant sur des variations. Le thème du personnage de Gregory Peck est difficile à cerner car il est mouvant, comme le personnage. Tiomkin décide néanmoins d’illustrer son côté sexy par quelques notes de saxophone (alors que cet instrument est souvent utilisé, dans les films noirs, pour dépeindre l’attractivité d’un personnage féminin). Cela confère au thème un versant un peu too much, voire cheesy, mais qui a finalement beaucoup de sens.

 

Jennifer Jones et Gregory Peck dans Duel In The Sun

 

Le score contient beaucoup de moments de bravoure et de panache et, fait assez rare pour ne pas être mentionné, le film débute par un Prelude de plus de neuf minutes sur une image fixe de roches arides apparaissant sous un lourd soleil. Tiomkin y développe presque toutes ses idées centrales en commençant par un thème fier et noble (galvanisantes variations dans Roundup et Riding Cavalcade), des thèmes et motifs incontestablement western, et toujours mélodiques. A la demande de Selznick, la matriarche du ranch, Laura Belle, est affublée du fameux Beautiful Dreamer de Stephen Foster, merveilleusement orchestré par Tiomkin qui en donne plusieurs variations tout au long du score. Parmi les moments d’actions, on peut citer une musique que l’on pourrait croire avoir été composée pour une scène d’attaque d’indiens alors qu’il s’agit d’une pièce  utilisée à l’image pour une scène de danse dans un casino ! Un motif rythmique récurrent de trois notes porte la mélodie jusqu’à un paroxysme rien moins que jubilatoire. Mais le score ne s’arrête pas là et va culminer, de manière insensiblement continuelle, de crescendo en crescendo, dans un Duel And Transfiguration où le plomb finira par avoir le dernier mot.

 

La musique de Dimitri Tiomkin n’est pas toujours réputée pour sa grande finesse (surtout dans l’action, où on lui reprocha souvent d’être comme les oeuvres de Richard Strauss, hypertrophiée dans l’orchestration) mais ici, la fluidité des thèmes l’emporte sur tout le reste. Le City Of Prague Philharmonic Orchestra and Chorus (plus de 150 musiciens et choristes sur certains morceaux !) s’en donne à cœur joie sous la houlette du chevronné Nic Raine. Il s’agit ici d’un réenregistrement d’une excellente qualité, tant dans le rendu sonore que dans la fidélité à la partition d’origine, réenregistrement qui trottait depuis longtemps dans la tête du boss de Prometheus Records, Luc Van de Ven. Le double CD se conclut par une suite de douze minutes intitulée The Duel In The Sun Concert Suite, qui a été trouvée dans la collection des partitions de Tiomkin à l’University of Southern California et que son compositeur avait intitulée Radio Version.

 

Duel In The Sun

 

Christophe Maniez

Christophe Maniez

Rédacteur
Alors à l'orée de l'adolescence, au début des années 80, le jeune Christophe découvre à la télévision, coup sur coup, deux chefs d'œuvre qui marqueront son esprit à jamais. Le premier, Rocky, fait naitre en lui la jubilation par les mélodies riches en émotion de Bill Conti, devenu maintenant un de ses compositeurs fétiches. Le second, Vertigo d'Alfred Hitchcock, le plonge dans la musique du géant Bernard Herrmann, par le biais d'une partition pleine de mystère et de romance. Puis c'est l'escalade : il est tellement absorbé par la puissance des plus belles pages de la musique de film qu'il en vient à étudier de plus près le solfège et la composition (en quasi autodidacte, d'où son niveau plutôt moyen). Durant les mois suivants, il découvre John Williams et son Return Of The Jedi au cinéma. Transporté par la musique, il devient rapidement fan de ce compositeur. Son cercle de connaissances s'élargit et il en vient, plus tard, à admirer James Horner (un autre de ses compositeurs préférés) et Franz Waxman, notamment. Et puis, en 1989, c'est la claque : alors que tout le monde s'éclate sur la Bat Dance de Prince, il n'a d'oreille que pour les notes du Batman de Danny Elfman (par ailleurs, un des premiers CDs qu'il achète). Depuis lors, son amour pour la musique du compositeur attitré de Tim Burton ne s'est jamais démenti. Aujourd'hui, Christophe erre dans les couloirs obscurs d'UnderScores où il peut disputer le bout de gras avec d'autres êtres atteints du même syndrome que lui. Et l'aventure continue...
Christophe Maniez

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