The Snows Of Kilimanjaro (Bernard Herrmann)

La Neige et le Feu

Disques • Publié le 23/12/2019 par

The Snows Of KilimanjaroTHE SNOWS OF KILIMANJARO (1952)
LES NEIGES DU KILIMANDJARO
Compositeur :
Bernard Herrmann
Durée : 66:24 | 37 pistes
Éditeur : Naxos

 

4.5 Stars

 

Pour les amateurs de partitions anciennes, voire oubliées, le duo John Morgan / William Stromberg fait figure d’incontournable. Le premier s’est spécialisé dans la reconstruction des partitions parfois perdues à partir de la bande son du film (ce qui relève souvent de l’exploit) et le second s’est bâti une solide réputation de chef d’orchestre à la précision et l’enthousiasme redoutables. Au début de l’année 2000, le duo s’attaque au réenregistrement d’une des partitions emblématiques du style Herrmann pour l’adaptation filmique de roman d’Hemingway, The Snows Of Kilimanjaro. Le sujet, ouvertement romanesque, ne pouvait que convenir à une âme aussi torturée que celle du compositeur de Psycho (Psychose).

 

Si le film d’Henry King prend quelques libertés avec le roman, notamment en inventant un personnage (celui d’Ava Gardner), et en en modifiant la fin (par un happy end qui provoquera d’ailleurs la colère de l’écrivain), l’esprit général reste assez fidèle au destin tourmenté de son héros principal incarné par l’impeccable Gregory Peck. Dans le score, on trouve, à l’état embryonnaire, plusieurs motifs et enchainements d’accords qui feront la renommée de la musique du chef d’œuvre d’Hitchcock Vertigo (Sueurs Froides), comme dans le superbe Adagietto et le non moins émouvant The Farewell. On perçoit également quelques réminiscences de The Ghost And Mrs. Muir (L’Aventure de Madame Muir) et de North By Northwest (La Mort aux Trousses), notamment avec le crépusculaire hautbois de Nocturne, qui présente le love theme (et une superbe variation dans The River) où l’ultra-romantique Barcarolle. Les couleurs automnales, voire nocturnes, élégantes et raffinées mais aussi sombres et quelque peu mélancoliques, sont à l’honneur dans plusieurs morceaux à l’atmosphère pleine de mystère, comme dans Helen ou bien encore les cinq notes répétées à la flûte traversière puis la clarinette de The Death-Watch.

 

Gregory Peck et Susan Hayward dans The Snows Of Kilimanjaro

 

Si la tonalité générale du score d’Herrmann est plutôt romantique, la partition débute cependant par une Overture où les cordes s’en donnent à cœur joie, propulsées par de fiers accords de cuivres. Il est intéressant de noter que, malgré quelques scènes ayant un certain potentiel pour l’agitation orchestrale, la musique d’Herrmann ne dévie que peu de son carnet de route. Tout juste peut-on entendre une certaine ébullition orchestrale dans la fin de la piste The Fall (qui reprend d’ailleurs un peu le motif de l’ouverture) ou dans les premières mesures de Witch Doctor et Panic.

 

Dans une correspondance avec son avocat, après la fin des enregistrements de la partition, Herrmann écrira « Je viens juste de terminer Les Neiges du Kilimanjaro. Dieu que je suis épuisé ! Cela m’a pris dix semaines entières d’un travail intense mais le résultat est très satisfaisant. Zanuck (le producteur du film) a été très élogieux sur la musique et n’a de cesse de répéter autour de lui combien mon travail est de qualité. » Pour un compositeur au caractère si trempé et à l’ego si fort, voilà un contentement qui confine certes à la vanité, mais qui met bien en lumière l’apport essentiel qu’Herrmann pouvait avoir sur un film.

 

L’interprétation de l’orchestre symphonique de Moscou, sous l’impulsion de Stromberg, aurait sans doute beaucoup plu à Herrmann tant la précision et les nuances sont au rendez-vous. Il existe peu de différences entre cette nouvelle interprétation et celle d’origine dirigée par le compositeur lui-même et éditée par Kritzerland en 2016, si ce n’est, bien entendu, le rendu sonore bien plus à l’avantage de la version Morgan / Stromberg mais qui omet quelques minutes de la partition d’origine comme The Memory Waltz. Les deux versions, complémentaires, permettent aussi de mettre en lumière le génie de Bernard Herrmann pour les combinaisons timbrales novatrices et la finesse de la direction d’orchestre de William Stromberg, capable de se glisser avec maestria sous la volcanique armure du compositeur longtemps attitré d’Hitchcock. John Morgan a restauré la partition comme il a pu le faire également pour la seconde oeuvre présente sur le CD produit par Naxos, 5 Fingers, connue également sous le titre de Operation Cicero, une œuvre un peu plus bouillonnante que The Snows Of Kilimanjaro mais qui porte, elle aussi, la marque des caractéristiques essentielles de son auteur.

 

Ava Gardner et Gregory Peck dans The Snows Of Kilimanjaro

Christophe Maniez

Christophe Maniez

Rédacteur
Alors à l'orée de l'adolescence, au début des années 80, le jeune Christophe découvre à la télévision, coup sur coup, deux chefs d'œuvre qui marqueront son esprit à jamais. Le premier, Rocky, fait naitre en lui la jubilation par les mélodies riches en émotion de Bill Conti, devenu maintenant un de ses compositeurs fétiches. Le second, Vertigo d'Alfred Hitchcock, le plonge dans la musique du géant Bernard Herrmann, par le biais d'une partition pleine de mystère et de romance. Puis c'est l'escalade : il est tellement absorbé par la puissance des plus belles pages de la musique de film qu'il en vient à étudier de plus près le solfège et la composition (en quasi autodidacte, d'où son niveau plutôt moyen). Durant les mois suivants, il découvre John Williams et son Return Of The Jedi au cinéma. Transporté par la musique, il devient rapidement fan de ce compositeur. Son cercle de connaissances s'élargit et il en vient, plus tard, à admirer James Horner (un autre de ses compositeurs préférés) et Franz Waxman, notamment. Et puis, en 1989, c'est la claque : alors que tout le monde s'éclate sur la Bat Dance de Prince, il n'a d'oreille que pour les notes du Batman de Danny Elfman (par ailleurs, un des premiers CDs qu'il achète). Depuis lors, son amour pour la musique du compositeur attitré de Tim Burton ne s'est jamais démenti. Aujourd'hui, Christophe erre dans les couloirs obscurs d'UnderScores où il peut disputer le bout de gras avec d'autres êtres atteints du même syndrome que lui. Et l'aventure continue...
Christophe Maniez

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