Shogun (Maurice Jarre)

La Voie du Samouraï

Disques • Publié le 20/05/2019 par , et

ShogunSHOGUN (1980)
SHOGUN
Compositeur :
Maurice Jarre
Durée : 227:35 | 120 pistes
Éditeur : Intrada

 

4.5 Stars

 

Une mini-série historique pleine de bruit, de fureur et d’amour adaptée par Jerry London du roman à succès de James Clavell, avec le charismatique Richard Chamberlain, superstar de ce type de production à l’époque, Yoko Shimada et Toshiro Mifune, qui conte le destin de John Blackthorne, navigateur anglais qui deviendra shogun (chef de guerre) dans le Japon féodal. Mélange de douleur et de douceur, le score, très organique, associe brillamment l’élan épique, l’aspect dramatique et l’exotisme des instruments traditionnels japonais (shakuhachi, koto, biwa et shamisen). La multitude des thèmes, la richesse des coloris et les ruptures de rythme génèrent un véritable feu d’artifice, prétexte à un pont musical entre les deux cultures. La partition s’épanouit comme une fleur de lotus, alternant plages de brève méditation et explosions orchestrales parfaitement maîtrisées.

 

Le thème principal, héroïque et sautillant, présenté dès le générique (Shogun), épuise les possibilités de son matériel mélodique au fil de multiples variations : pastorale (The Japans), en forme de love theme (Mariko) et dans un motif martial et extrême-oriental. Les passages les plus exotiques utilisent une écriture modale propre aux conventions de la musique japonaise à Hollywood. Une valse aux sonorités grotesques (tuba), très inattendue dans le contexte du score, illustre le délire du héros tandis qu’une fanfare indépendante du thème principal ouvre et clôt l’album. L’inventivité des orchestrations souligne ce qui porte cette composition au bord extrême, ce qu’est son ambitieuse exigence. Alors que le format de l’œuvre ne s’y prête que trop bien, Jarre refuse d’en rajouter dans l’ascétisme propre aux produits télévisuels de l’époque, cultivant au contraire le plaisir du dépaysement, mettant en valeur la clarté de toutes ses pièces, leurs fibres frémissantes, la pure saveur instrumentale. Une telle respiration, une telle concentration n’est possible que si l’on exclut, dans une mesure adéquate, la sentimentalité, au profit d’autres sensations, plus matures. Shogun est cet égard l’expression d’une radicalité brûlante. Un résultat exceptionnel pour une dramatique télé.

 

Richard Chamberlain dans Shogun