The Book Thief (John Williams)

John Williams et la Voleuse de Livres

Disques • Publié le 25/11/2013 par

The Book ThiefTHE BOOK THIEF (2013)
LA VOLEUSE DE LIVRES
Compositeur :
John Williams
Durée : 52:01 | 22 pistes
Éditeur : Sony Classical

 

4 Stars

John Williams a beau afficher 81 années au grand compteur du temps, il a encore suffisamment d’énergie, de curiosité et d’envie pour solliciter Hollywood lorsque le sujet d’un film l’intéresse. C’est ce qu’il a fait pour The Book Thief, pour lequel il a contacté l’équipe du film afin de proposer ses services. Pour qui a lu La Voleuse de Livres, le choix du compositeur de se tourner vers cette adaptation est tout sauf anodin : des enfants, une période historique dramatique, le savoir acquis à travers les livres comme élément constitutif de l’humanité, la Mort faisant partie de la vie… Autant de thématiques que l’on retrouve dans l’œuvre de maestro américain, notamment Schindler’s List (La Liste de Schindler), Sleepers, A.I. Artificial Intelligence (A.I. Intelligence Artificielle), ses Harry Potter, Empire Of The Sun (Empire du Soleil), Angela’s Ashes (Les Cendres d’Angela)… Peu importe si le film ne sort chez nous qu’en février 2014 : le « dernier Williams » constitue toujours un évènement. D’autant que le film laisse augurer un score sensible, lyrique peut-être, et c’est avec une déception certaine que s’égrènent les morceaux au fil de la première écoute du disque.

 

Certes, l’esthétique musicale, comme à l’accoutumée chez Williams, est irréprochable. Le compositeur a fait le choix d’une partition pour cordes, piano, octuor de bois auxquels il a ajouté par moment quelques cors d’harmonie et des percussions discrètes. L’ensemble apparaît donc assez diaphane et peut rappeler The Accidental Tourist (Voyageur Malgré Lui) et Stepmom (Ma Meilleure Ennemie). Ce qui déçoit la première fois, c’est l’absence d’une thématique marquée. Un sentiment renforcé par une impression d’univers feutré, lointain, comme si Williams avait eu peur d’en faire trop. Ceux qui espéraient retrouver la veine lyrique de Schindler’s List en sont pour leurs frais. On aurait pu en rester là et classer ce Williams dans la catégorie « œuvres mineures ». Mais on y revient, et au fil des écoutes, car il en faut plusieurs en effet, The Book Thief révèle les charmes de sa thématique. Car des thèmes et motifs, il y en a, même si on peut regretter qu’il n’y ait pas suffisamment de temps pour permettre au matériel de se développer. La seconde partie du disque est, de ce point de vue, beaucoup plus satisfaisante, la musique bénéficiant de plus d’espace.

 

The Book Thief

 

Le thème principal, exposé dès la première piste (One Small Fact), est construit sur une figure descendante au piano. Il revient dans la partition dès qu’il s’agit d’illustrer la passion de Liesel (la voleuse de livres) pour la lecture et de l’écriture. On trouve également un thème lié à la mort (dans le livre, c’est la Mort elle-même qui raconte), qui ouvre et clôt le score et réapparaît lorsqu’une mort survient dans la vie de Liesel. La famille Hubermann, qui recueille Liesel au début, possède également son thème et ses déclinaisons. La relation entre Liesel et Max a aussi son thème, qui connaît plusieurs variations d’instrumentation. Ces thèmes, Williams les réunit tous dans une suite située à la fin du disque. La musique peut alors briller indépendamment, loin du cadre visiblement réduit qu’a pu lui offrir le film. Bien que le nombre de thèmes en soi ne suffise pas à faire un bon score, on constate que Williams a construit un véritable canevas, développant séparément chacun d’eux mais les mêlant également.

 

Alors, The Book Thief, révolutionnaire ? Non. Vain ? Sûrement pas ! C’est une œuvre mature, le reflet d’émotions toutes contenues, typiques chez le compositeur. L’octogénaire ne réinvente pas la roue, et clairement ce score passera pour anecdotique aux oreilles de beaucoup. Mais les sonorités et la construction même de sa musique restent uniques dans le paysage contemporain.

 

Au-delà de The Book Thief, réjouissons-nous que le compositeur ait accepté de revenir à Star Wars pour le septième opus. Puisse la Force couler dans les veines de John williams jusqu’à ses 100 ans, comme il le souhaite, afin de nous offrir d’autres moments merveilleux dans une galaxie lointaine, très lointaine !

 

The Book Thief

Olivier Soude

Olivier Soude

Contributeur (2008-2018)
Jamais la conscience du rôle de la musique pour l’écran n’aurait jailli si tôt sans les repiquages (avec les bruits ambiants de la pièce !) de génériques de dessins animés et de génériques de fin de (télé)films dès le début des années 80. A force d’écouter en boucle, forcément, l’intérêt grandit. En 1984, quand sort Indiana Jones And The Temple Of Doom, c’est le choc musical! La K7 de la bande originale du film constitue la toute première pièce de sa collection. Ceci explique sans doute pourquoi pour lui, aujourd’hui encore, l’œuvre de John Williams reste inégalée. Au début des années 90, à la faculté d’Amiens, sa rencontre avec d’autres mordus de béos enracine définitivement sa passion et sa curiosité pour cet art particulier. En 1996, au Barbican Center de Londres, après un concert, il échange quelques mots avec John Williams. Peu de temps avant de débuter la carrière d’enseignant à laquelle il se destine, en 1998, il commence à participer au fanzine Dreams To Dreams. Il s’entretient alors avec certains des compositeurs anglo-saxons qui le fascinent. Sa rencontre à Lunéville en 1999 avec Michael Kamen restera le point culminant des années passées en tant que rédacteur de Dreams Magazine.
Olivier Soude