Arthur Christmas (Harry Gregson-Williams)

Père Noël et fils

Disques • Publié le 19/12/2011 par

Arthur ChristmasARTHUR CHRISTMAS (2011)
MISSION :  NOËL
Compositeur :
Harry Gregson-Williams
Durée : 46:50 | 18 pistes
Éditeur : Sony Classical

 

4 Stars

Après la relative bonne surprise que pouvait constituer Cowboys & Aliens (Cowboys et Envahisseurs), Harry Gregson-Williams nous revient en cette fin d’année 2011 avec Arthur Christmas (Mission : Noël – Les Aventures de la Famille Noël), et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il ne fait pas dans l’originalité ! En effet, il ne semble exister pour lui, tout comme pour son ancien comparse John Powell (souvent plus doué néanmoins), que deux genres et deux registres : celui du thriller contemporain, formé d’infinies variations à partir du score matriciel de Spy Game (Spy Game – Jeu d’Espions), et celui du film épique à l’ancienne, qui réemploie à l’envi les formules entendues dans The Chronicles Of Narnia (Le Monde de Narnia). A l’instar des derniers travaux du compositeur, Arthur Christmas appartient à la seconde catégorie, mais tout en ne s’éloignant jamais de ce que le compositeur a pu effectuer depuis ses débuts, il se révèle heureusement fort satisfaisant.

 

Vieux routier du film d’animation, Gregson-Williams s’acquitte de sa tâche avec un grand professionnalisme mais aussi un enthousiasme d’autant plus appréciable que ses récentes partitions en étaient plutôt dénuées. La réussite est louable dans la mesure où le genre du film de Noël est sans doute l’un des plus balisés qui soient : orchestrations saturées de flûtes chatoyantes et de clochettes scintillantes, sonorités tantôt doucereuses et cristallines tantôt triomphales et pompières, thèmes accrocheurs et mémorables, alternance de morceaux de mickeymousing, d’action et d’émotion… A-t-on déjà entendu beaucoup de musiciens ne pas respecter cette sacro-sainte recette ? Certes non, mais il s’en trouve de plus inspirés que les autres, capables de livrer de plus belles mélodies et des scores plus virtuoses ; celui d’Arthur Christmas en fait partie.

  Arthur Christmas

 

Dès la première piste, avec le mélange de piano, de cordes et de bois, on se croirait revenu dans Narnia, ce qui peut provoquer un léger agacement. Mais le compositeur a tôt fait de s’orienter, à l’aide du glockenspiel et des chœurs, vers un univers plus typiquement estampillé «Noël». Très vite, l’action démarre et la tonalité se fait plus dramatique, l’ensemble prend rapidement une dimension plus ample afin d’illustrer l’importance de la mission de la famille Noël. Les majestueux et épiques Operation Christmas et Space Travel constituent alors les temps forts de la partition, dans un style tonitruant et généreux très proche de celui d’Alan Silvestri, autre spécialiste du genre. L’influence de l’auteur de The Polar Express (Le Pôle Express) et de A Christmas Carol (Le Drôle de Noël de Scrooge) se fera d’ailleurs sentir dans l’ensemble de la composition, tant dans les passages de suspense et de comédie que dans les moments de tendresse.

 

A l’écran comme en écoute isolée, il est indéniable que le score de Gregson-Williams fonctionne à merveille : rafraîchissant, trépidant et chamarré, il contient ici et là de très belles envolées lyriques et nous rappelle tout de même régulièrement que le compositeur, dont la carrière actuelle s’avère plutôt décevante, a été à l’origine de réussites comme Sinbad (Mission Control), Prince Caspian («Worry Me!») et Shrek Forever After (Race To Gwen’s House). Outre le choix assez judicieux de faire appel à des sonorités très modernes, rythmes synthétiques entraînants et guitare électrique, pour conférer à la partition une énergie bienvenue, le compositeur émaille sa musique de pastiches savoureux témoignant d’un sens de la fantaisie fort appréciable : ainsi pense-t-on en souriant aux délires du Mars Attacks! de Danny Elfman quand apparaît le thérémin dans Paris Zoo?, ou encore aux incursions de James Horner dans l’univers hispanique de The Mask Of Zorro (Le Masque de Zorro) et aux propres essais de Gregson-Williams dans le genre du western avec The Wrong Trelew. Très foisonnant, Arthur Christmas ne contient pas vraiment de thème très marquant et fédérateur (hormis un motif dynamique bien mis en valeur dans Bring Them Home), mais rattrape ce manque par la qualité et la conviction de l’ensemble. Situé au-dessus du tout venant en matière de musique de Noël, ce nouvel opus devrait donc finalement ravir les fans du compositeur et même séduire les autres, à condition bien sûr de ne pas être allergique à l’univers très sucré et exubérant du Noël à l’américaine !

  Arthur Christmas

Gregory Bouak

Gregory Bouak

Contributeur (2010-2012)
Toujours un peu décalé, Grégory écoute de la musique classique à l’âge où les autres écoutent du rock, de la variété, ou rien, ce qui fait qu’à quinze ans, il pense avoir fait le tour de la question et se retrouve tout démuni. Il aime aussi depuis longtemps le cinéma et surtout les Star Wars, les Batman, les James Bond, dont il goûte les musiques avant tout parce qu’elles lui rappellent les films. Un jour, en voyant Stargate, il découvre que les musiques de films peuvent être d’une grande richesse et s’apprécier pour elles-mêmes en écoute isolée, se présentant comme les dignes héritières de son genre de prédilection, la grande musique symphonique telle qu’elle a atteint son apogée à la fin du XIXe siècle. C’est le début d’une longue et belle amitié qui n’a jamais connu de rupture. A partir de 2000, il se met à écrire des articles et des critiques de musique de film pour le site internet TraxZone, puis pour LeFantastique.net et Khimaira Magazine, tous deux spécialisés dans le fantastique, la fantasy et la science-fiction. En parallèle, il publie des articles dans la version papier de Khimaira. En 2006, il crée Horreurs et Merveilles, un blog puis un site consacré aux musiques des films de l’imaginaire. En 2010, suite à un bug irrémédiable d’Horreurs et Merveilles, dont il soupçonne secrètement les membres d’UnderScores d’être les instigateurs afin de l’inciter à rejoindre leur équipe, il accepte avec joie de contribuer au nouveau magazine de référence de la musique de film en langue française, afin de continuer à promouvoir sa passion.
Gregory Bouak