The Lord Of The Rings Symphony (Howard Shore)

Une Symphonie pour le Seigneur

Disques • Publié le 15/11/2011 par

THE LORD OF THE RINGS SYMPHONY (2011)
Compositeur : Howard Shore
Durée : 115:50 | 6 pistes
Éditeur : Howe Records

 

 

3.5 Stars

Dix ans après la sortie en salles du premier volet de The Lord Of The Rings (Le Seigneur des Anneaux), Howard Shore continue à faire vivre son œuvre par le biais d’une symphonie en six mouvements. C’est d’ailleurs le label créé par le compositeur qui édite The Lord of the Rings Symphony : Six Movements for Orchestra & Chorus, enregistrée lors d’un concert à Lucerne en février 2011. Ludwig Wicki y prend la tête du 21st Century Symphony Orchestra & Chorus – ce dernier ayant été créé par le chef d’orchestre en 1999 spécialement pour l’interprétation de musiques de films – après avoir mené de nombreux ciné-concerts de la trilogie à travers le monde.

 

Cette œuvre concertante adaptée des partitions originales par le compositeur et John Mauceri (chef d’orchestre, producteur et arrangeur qui a officié ici en tant que conseiller artistique et monteur) se veut dans l’esprit des livres de JRR Tolkien, selon les dires de Shore lui-même. Pourtant, le déroulement de la symphonie rappelle avant tout les films puisqu’elle reproduit les ajouts et les changements qu’ils ont amenés en tant qu’adaptation. Ainsi, la symphonie s’ouvre avec The Prophecy, narrant l’histoire de l’Anneau de Pouvoir avant qu’il ne soit trouvé par Bilbo, au lieu de Concerning Hobbits, chapitre inaugurant le Livre I de Tolkien. Le choix des six mouvements n’est pas anodin, mais c’est bien là tout ce qui rappelle les six Livres qui constituent l’œuvre de Tolkien. Pas d’écart thématique donc, mais l’on remarque au fil de l’écoute que presque tous les thèmes présentés n’apparaissent qu’une seule fois, privés en quelque sorte de leur statut de leitmotiv. L’Anneau se veut tout de même le fil conducteur, son thème apparaissant à plusieurs reprises au long de la symphonie, comme c’est également le cas de celui de la Communauté. La progression dramatique héritée des films n’est donc ici qu’un moteur, mais en tant qu’amateur des partitions originales, on peut parfois avoir l’impression d’écouter une compilation – non exhaustive – des thèmes écrits pour les films, ce qui handicape tout de même le statut d’œuvre véritablement originale de cette symphonie. Difficile en effet d’oublier que celle-ci est tirée d’une bande originale au succès mondial…

 

Les durées de chaque tome sont loin d’être équivalentes : celui de The Two Towers est moins conséquent que les deux autres. La volonté de Shore était sans doute de donner plus d’importance à The Fellowship Of The Ring et à The Return Of The King, le premier chapitre posant les bases esthétiques tandis que le dernier s’attarde sur une conclusion riche en évènements. Le compositeur a peut-être ainsi voulu fuir un simple recensement des thèmes connus et construire un canevas représentatif du monde créé par Tolkien.

 

 

Alors que Shore dirige habituellement ses musiques pour le cinéma, le changement de chef ne constitue pas ici une révolution par rapport aux scores originaux. La direction de Ludwig Wicki procure simplement une forme d’unité à l’ensemble et lisse les divers effets qui tendent à dramatiser la musique destinée à l’image. Ainsi, les chœurs évoquant les Nazgûls sont moins virulents et se fondent à l’ensemble orchestral : c’est une interprétation certes moins passionnée que dans la bande originale, mais plus cohérente en termes d’écoute et d’appréciation des thèmes en tant que tels. Mais quelle que soit la démarche, l’on ne peut que frissonner de nouveau à l’écoute de la beauté menaçante que représente ce passage… D’autres composantes spécifiques donnent un cachet symphonique à l’œuvre, notamment les voix solistes comme celle du baryton Marc-Olivier Oetterli, qui chante à la place d’Aragorn lors de son couronnement. L’on notera aussi la présence d’une seule et unique voix pour interpréter Gollum’s Song et Into The West, deux des trois chansons de la trilogie reprises ici par Kaitlyn Lusk.

 

Le premier mouvement présente des caractéristiques intéressantes qui laissent augurer du meilleur. Tout d’abord, une construction en dents de scie alterne moments intenses et accalmies, ce qui met en valeur chaque tendance et motif. Sa conclusion achève de démontrer la volonté de créer des suites musicales fluides en terme d’écoute, les deux derniers morceaux s’enchaînant parfaitement, quitte à rapprocher deux thèmes distincts – mais à l’esthétique proche – et à faire une petite entorse à la chronologie des évènements. Bien que la suite formant le second mouvement fonctionne à merveille, le montage des thèmes rappelle trop la construction du soundtrack album. L’enchaînement des morceaux laisse une impression de déjà entendu, d’autant que ce qui manque entre les pièces choisies n’aurait pas été inintéressant… Mais voilà, la symphonie doit en quelque sorte condenser l’œuvre originelle tout en gardant une cohérence stylistique et il faut dire que le but est largement atteint, quand bien même le troisième mouvement pourrait provoquer quelques frustrations. Outre le fait que le thème de Rohan ne soit cité qu’une fois, malgré son rôle central dans The Two Towers, ce mouvement, bien qu’il soit plus court, semble tout de même moins captivant que ce qui précède, les temps morts étant plus nombreux et la sélection moins contrastée que dans le premier mouvement. Et le choix d’y inclure la partie percussive consacrée à Treebeard s’avère périlleux : son arrivée après The White Rider provoque un blanc quelque peu gênant, même si son enchaînement avec The Forbidden Pool est tout de même réussi. En revanche, le quatrième mouvement, très court, opère une accélération fulgurante en retraçant la conclusion dantesque du film par le montage des morceaux relatifs à la guerre qui débute : la bataille dans le Gouffre de Helm, son éblouissante conclusion puis la bataille en Isengard laissent l’auditeur essoufflé. Enfin, c’est Gollum’s Song qui conclut la suite par la voix de Kaitlyn Lusk qui, même si elle ne joue dans le même registre qu’Emiliana Torrini, s’est superbement adapté à la chanson.

 

 

Tout en exposant des moments phares du troisième film, le cinquième mouvement est également assez court et fait office de tremplin pour le sixième et dernier mouvement de la symphonie qui, après un magnifique The End Of All Things narrant la destruction de l’Anneau, réserve une conclusion en douceur, à l’image de l’épilogue de son équivalent filmique. Encore une fois, l’agencement rappelle l’album et tient à l’écart le score dans sa version complète, mais ce choix procure au dénouement une certaine fluidité naturelle, un aspect renforcé par la direction d’un Ludwig Wicki à la fois passionné et mesuré.

 

Dans son ensemble, The Lord Of The Rings Symphony : Six Movements For Orchestra & Chorus, censée s’inspirer des livres de JRR Tolkien, ne se compose en réalité que des thèmes exposés dans les soundtrack albums, le compositeur et John Mauceri ayant pris le pari de s’orienter, sans doute à dessein, vers une sélection plus abordable pour le public qui n’a pas forcément le goût des Complete Recordings plutôt réservés aux amateurs éclairés. Alors que certains compositeurs comme John Williams arrangent systématiquement leurs albums pour une écoute plus confortable hors image, il paraît clair qu’Howard Shore a voulu en quelque sorte démocratiser davantage ses scores. Dans ce sens, le pari est réussi mais en fin de compte, les auditeurs avertis n’y trouveront qu’un intérêt limité. Pour eux, mieux vaut se tourner vers les ciné-concerts exceptionnels qui se tiennent à travers le Monde et qui prolongent véritablement le plaisir en créant une nouvelle expérience autour de la musique de The Lord Of The Rings.

 

Sebastien Faelens

Sebastien Faelens

Rédacteur
Cinéphile depuis sa plus tendre enfance, ce n’est qu’à ses dix-huit ans que Sébastien commence réellement à écouter la musique de film en dehors de son support. Effectivement, il s'écoulera de nombreuses années d’errements dans les vidéo-clubs de Beauvais à la recherche de films bien trop violents pour son âge, avant sa rencontre pendant ses études avec Vivien Lejeune, qui deviendra rapidement un ami et un premier guide passionné dans l’univers de la B.O. Puis c’est l’escalade : la rencontre avec Olivier Soudé, puis la participation aux magazines Dreams to Dreams et Cinéfonia finiront de rendre le jeune métalleux complètement accroc aux trames sonores, ce qui a longtemps conforté ses parents dans l’idée qu’il avait probablement des fréquentations peu recommandables malgré son apparente tranquillité. Mais le célèbre magazine périclite en 2006 et c’est après trois ans d’une retraite bien méritée qu’il reprend du service comme rédacteur puis secrétaire de rédaction d’UnderScores : les années ont passé mais la passion est restée intacte !
Sebastien Faelens