The Help (Thomas Newman)

Mississippi blues

Disques • Publié le 26/09/2011 par

The HelpTHE HELP (2011)
LA COULEUR DES SENTIMENTS
Compositeur :
Thomas Newman
Durée : 59:33 | 25 pistes
Éditeur : Varèse Sarabande

 

3 Stars

Mais qu’est-il donc arrivé à Thomas Newman ? Depuis Wall-E en 2008, il n’a cessé de tourner en rond et de proposer des scores faisant preuve d’une inspiration de plus en plus limitée. Après Revolutionary Road (Les Noces Rebelles), qui avait surtout pour lui de porter un film assez fort sur le plan émotionnel, il n’y a eu que Brothers en 2009, musique peu mémorable, puis The Debt (L’Affaire Rachel Singer) et The Adjustment Bureau (L’Agence) en 2010-2011, partitions glacées et austères, la première s’avérant tout de même moins insipide que la seconde. C’est pourquoi la participation du compositeur à The Help (La Couleur des Sentiments), film chaleureux et coloré – sans mauvais jeu de mots – semblant renouer avec l’univers de Fried Green Tomatoes (Beignets de Tomates Vertes), qui avait si bien lancé sa carrière, s’avérait fort attendue. Hélas, cette nouvelle partition n’apporte pas vraiment le réconfort espéré.

 

Tout d’abord – et les détracteurs pourront dire : mais à quoi vous attendiez-vous ?, le compositeur n’offre absolument rien de nouveau en guise d’orchestrations, de couleurs et d’atmosphère. Et lorsqu’on parle de nouveauté, il aurait pu s’agir tout simplement d’un retour aux musiques symphoniques des années 90, ce qui aurait déjà largement satisfait les amateurs ; mais non, Newman préfère s’entêter dans l’expérimental et le planant, proposant des sonorités toujours plus froides et plus électroniques, délaissant toujours plus les mélodies marquantes et les envolées orchestrales. Certes, on peut lui savoir gré de toujours préférer la sobriété aux débordements lacrymaux, mais pour un film comme celui-ci, on pouvait légitimement s’attendre à plus d’expansivité. Ensuite, on ne trouvera ici quasiment aucune mélodie mémorable hormis le motif répétitif et hypnotique entendu dans le premier morceau et réapparaissant à deux ou trois reprises dans la partition, interprété en outre par un piano électrique dont les sonorités artificielles réjouissent peu les oreilles. On ne trouvera non plus aucun morceau un peu plus ample faisant appel au grand orchestre, mais toujours de petites formations mettant en avant des cordes (là encore en partie électriques), une guitare et un banjo, quelques instruments métalliques et/ou cristallins et des sonorités électroniques, mélange déjà entendu ad nauseam dans les scores de Newman post-American Beauty, lorsque le musicien avait connu une première période peu inspirée. Pour ne pas être injuste, il faut sans doute supposer que le score convient à merveille aux images et qu’il en renforce de façon efficace la dimension émotionnelle : bon nombre de morceaux élégiaques fondés sur l’association habituelle de piano, de cordes vaporeuses et de synthétiseur planant s’avèrent en effet assez émouvants, mais ils ont déjà été tellement entendus auparavant dans d’autres partitions du compositeur que l’on en arrive désormais à une saturation totale.

 

Ici et là l’on peut trouver une petite minute qui se détache un peu du reste : Jim Crow, interprété par une guitare country dont les accents poignants renouent avec l’esprit du Vieux Sud déjà présent dans Fried Green Tomatoes ; The Terrible Awful, morceau un peu plus enlevé et fantaisiste faisant appel aux habituels pizzicati de cordes et aux instruments métalliques un peu fous typiques du compositeur, là encore déjà souvent entendus mais rompant agréablement avec le reste de la partition ; et surtout Ain’t You Tired (End Title), où Newman, fidèle à ses habitudes, se résout à développer enfin ses mélodies. Ce morceau long de six minutes, incontestablement le meilleur d’une série par ailleurs beaucoup trop monochrome, justifie à lui seul l’acquisition de l’album. En définitive, The Help est un score très en demi-teinte, certes plus satisfaisant que les précédents mais encore beaucoup trop mineur et peu inventif pour régaler les fans de la première heure. Gageons que ceux qui en sont encore à découvrir Thomas Newman se montreront sans doute plus indulgents.

  The Help

Gregory Bouak

Gregory Bouak

Contributeur (2010-2012)
Toujours un peu décalé, Grégory écoute de la musique classique à l’âge où les autres écoutent du rock, de la variété, ou rien, ce qui fait qu’à quinze ans, il pense avoir fait le tour de la question et se retrouve tout démuni. Il aime aussi depuis longtemps le cinéma et surtout les Star Wars, les Batman, les James Bond, dont il goûte les musiques avant tout parce qu’elles lui rappellent les films. Un jour, en voyant Stargate, il découvre que les musiques de films peuvent être d’une grande richesse et s’apprécier pour elles-mêmes en écoute isolée, se présentant comme les dignes héritières de son genre de prédilection, la grande musique symphonique telle qu’elle a atteint son apogée à la fin du XIXe siècle. C’est le début d’une longue et belle amitié qui n’a jamais connu de rupture. A partir de 2000, il se met à écrire des articles et des critiques de musique de film pour le site internet TraxZone, puis pour LeFantastique.net et Khimaira Magazine, tous deux spécialisés dans le fantastique, la fantasy et la science-fiction. En parallèle, il publie des articles dans la version papier de Khimaira. En 2006, il crée Horreurs et Merveilles, un blog puis un site consacré aux musiques des films de l’imaginaire. En 2010, suite à un bug irrémédiable d’Horreurs et Merveilles, dont il soupçonne secrètement les membres d’UnderScores d’être les instigateurs afin de l’inciter à rejoindre leur équipe, il accepte avec joie de contribuer au nouveau magazine de référence de la musique de film en langue française, afin de continuer à promouvoir sa passion.
Gregory Bouak