Shout At The Devil (Maurice Jarre)

Le Diable par la Queue

Disques • Publié le 23/01/2011 par

Shout At The DevilSHOUT AT THE DEVIL (1976)
PAROLE D’HOMME
Compositeur :
Maurice Jarre
Durée : 37:49 | 14 pistes
Éditeur : Quartet Records

 

3 Stars

Shout At The Devil (Parole d’Homme) est un peu à Maurice Jarre ce que Take A Hard Ride (La Chevauchée Terrible) est à Jerry Goldsmith : une musique fougueuse, généreuse, énorme, ludique, bref une musique qui en fait trop pour un film qu’il est difficile de prendre au sérieux tant il mélange allègrement les genres et fait feu de tout bois. Et que faire face à un tel film sinon jouer le jeu au premier degré, en appliquant ses recettes habituelles (le danger étant de surjouer son propre style) ? Précisons simplement que Shout At The Devil est un film d’aventure africaine sur fond de première guerre mondiale réalisé en 1976 par Peter Hunt, avec Lee Marvin et Roger Moore. Si le film a sombré depuis longtemps dans l’oubli, la musique, elle, était attendue depuis longtemps par certains amateurs dans une édition digne de ce nom. L’infatigable James Fitzpatrick, à qui on devait déjà en 2009 la très belle surprise de Pope Joan (Jeanne, Papesse du Diable), les a exaucés en produisant pour Quartet Records ce CD qui reprend le programme de l’édition vinyle originale.

 

C’est donc Jarre faisant du Jarre, sans grande surprise mais sans déplaisir non plus. L’invention mélodique inépuisable du compositeur est ici encore au rendez-vous et nous vaut un thème séduisant (Rosa) et des pièces d’action robustes où il lance son imposante machinerie, avec pianos percussifs (Battleship) et dissonances crues (Burning Of Lalapanzi, avec en particulier un passage de trompettes en traits rapides assez surprenant). Si Time Bomb est un morceau de suspense construit avec adresse sur l’idée rythmique du tic-tac d’une l’horloge, le reste est toutefois plutôt bon enfant : Adventure affiche un ton insouciant et presque « bande dessinée », Lee Marvin pousse la chansonnette dans O’Reilly’s Daughter, on a droit à une chanson de rameurs (The Boating Song) et même à une très jolie berceuse vocale (Lalapanzi Lullaby), une des pièces les plus attachantes du disque.

 

Inutile de préciser que pour tout cela, Jarre puise allègrement dans des formules déjà utilisées sur d’autres films de la même période, voire des motifs et des phrases entières. Flynn Patrick O’Flynn est une de ces pièces humoristiques, au rythme sautillant et à l’orchestration loufoque, très typiques du compositeur (proche par exemple de Ruffled Men dans Crossed Swords [Le Prince et le Pauvre]), tandis que la marche de The Story Continues est la jumelle de celle de The Man Who Would Be King (L’Homme Qui Voulut Être Roi), ce qui confère nécessairement à l’ensemble un côté un peu « fabriqué ». Malgré ses efforts méritoires, Shout At The Devil ne saurait donc prétendre à une place de tout premier plan dans la discographie du compositeur, tout en contenant ses bons moments. A déconseiller toutefois aux allergiques de Jarre !

 

L’enregistrement réalisé aux studios CTS possède beaucoup de relief et tend à mettre comme à l’habitude tous les instruments au premier plan. Notons aussi la présence de quelques bruitages plutôt encombrants (comme sur Burning Of Lalapanzi ou Time Bomb). Pour la petite histoire, mentionnons encore que ce film marque une des toutes premières (sinon la première) collaborations entre Jarre et un jeune musicien anglais très instruit et passionné par la musique de film, Christopher Palmer.

 

Shout At The Devil

Stephane Abdallah

Stephane Abdallah

Contributeur
Mélomane professionnel, cinéphile bénévole, plumitif compulsif, critique expéditif, promeneur invétéré, apprenti dilettante, sarrusophoniste pervers, il dévore très jeune les critiques enthousiastes de Bertrand Borie dans l’Ecran Fantastique et découvre ainsi, médusé, les noms de Jerry Goldsmith, Georges Delerue et autres Arié Dzierlatka, dont les noms côtoient bientôt chez lui ceux de Stravinsky, Ravel et Bartok. Depuis, il n’a de cesse de convaincre un monde incrédule des beautés coruscantes de la musique d'écran, à grand renfort d’images audacieuses, de métaphores contrapuntiques, d’analyses fleuries et d’envolées pindariques.
Stephane Abdallah

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