Miracle On 34th Street (Bruce Broughton)

Santa Claus Is Coming To Town

Disques • Publié le 01/01/2011 par

Miracle On 34th StreetMIRACLE ON 34TH STREET (1994)
MIRACLE SUR LA 34ÈME RUE
Compositeur :
Bruce Broughton
Durée : 66:35 | 30 pistes
Éditeur : Intrada

 

3.5 Stars

Lors de la sortie du remake de Miracle On The 34th Street, réalisé par Les Mayfield en 1994, le label BMG Music avait mis sur le marché un album contenant les traditionnelles chansons de Noël ainsi que deux petits extraits de la musique originale, ce qui avait évidemment frustré bon nombre de béophiles. Il aura fallu ensuite attendre huit ans pour que Douglass Fake, le patron d’Intrada, puisse enfin proposer une version convenable du score composé par Bruce Broughton, contenant presque 70 minutes de musique. Hélas tirée à un nombre d’exemplaires très limité, celle-ci s’est trouvée par conséquent très rapidement épuisée, ce qui est d’autant plus regrettable que Broughton, doté d’une solide formation classique, mélodiste de talent et excellent orchestrateur, faisant partie aux côtés d’Alan Silvestri et de Joel McNeely des compositeurs estampillés Disney et spécialiste de la comédie familiale et du cartoon, était tout désigné pour exceller avec la musique d’un film de Noël.

 

Le Main Title expose avec force le thème principal, très conventionnel mais d’une efficacité indéniable, marqué par des sonneries de cuivres et de cloches semblant annoncer un mariage ou quelque grande cérémonie. Tout l’esprit de Noël, fait de magie, d’émerveillement et de recueillement, est restitué dans ce thème avec une éloquence qui force l’admiration. Fréquemment associé au personnage du Père Noël, ce motif chaleureux et entraînant, immédiatement identifiable et mémorable, va imprégner la partition jusqu’aux fanfares triomphales du finale. Tout le score sera à l’avenant : très classique mais toujours séduisant, alternant passages d’émotion pleins de tendresse et morceaux vifs et enlevés témoignant à chaque instant du don de Broughton pour les thèmes lyriques et généreux.

 

Richard Attenborough & Mara Wilson

 

Pour tous les fans du compositeur comme pour les amateurs de musique symphonique à l’ancienne, Miracle On The 34th Street s’écoutera avec bonheur car il constitue un véritable pot-pourri de tout ce qui fait l’art de Bruce Broughton depuis ses débuts : outre les instrumentations typiques de Noël employées par tous les musiciens qui se sont essayés à ce genre, on y trouve des solos de flûtes et de hautbois de toute beauté parsemant habituellement les partitions intimistes du compositeur (et magnifiés aussi dans Tombstone), ainsi qu’un Love Theme interprété par un saxo très rétro dans la lignée de For Love Or Money (Le Concierge du Bradbury) et dont la mélodie préfigure le thème principal de Homeward Bound II (L’Incroyable Voyage à San Francisco), tout en fraîcheur et en délicatesse. Enfin, bon nombre de passages plus malicieux associés à la petite fille et à sa relation avec le Père Noël donnent lieu aux morceaux sautillants que Broughton, avec son expérience de la comédie, sait écrire à la perfection. Le seul reproche qu’on pourrait adresser à ce score serait de devenir passablement ennuyeux au fil de l’album car un peu trop monochrome. Plus d’une heure durant, l’exercice de style, aussi brillant soit-il, finit par lasser. Les nombreux adagios et autres longues pistes réflexives illustrant la romance ou les scènes de tribunal se ressemblent trop et occasionnent de fréquents décrochages en milieu de parcours.

 

Heureusement, Broughton se rattrape en semant ici et là de petites perles tout au long de sa partition. Susan At The Window, Completely Out Of His Mind et A Big Fat Cake, mystérieux et envoûtants, pleins de nostalgie et d’humour, fleurent bon l’hommage à Casse-Noisette de Tchaikovsky (l’emploi du hautbois et du cor anglais faisant penser à la Danse arabe, et les clochettes à quantité d’autres passages du même ballet), constante source d’inspiration pour les compositeurs de merveilleux. Le très beau morceau liturgique The Bellevue Carol, illuminé par la voix d’un jeune soprano, rappelle au spectateur les origines religieuses de Noël, tandis que Merry Mayfield et Charmin’ Armin se révèlent d’excellents pastiches de pièces baroques à la manière de Purcell ou Haendel. Le pastiche est encore présent dans Leading The Witness, rappelant la symphonie La Surprise de Haydn. Une telle richesse d’écriture et une utilisation aussi judicieuse et élégante des références classiques rattrapent donc largement les errances ponctuelles de la partition, faisant de Miracle On The 34th Street un score fort savoureux et recommandable qui engage à (re)découvrir cet excellent compositeur hélas trop souvent oublié.

 

Miracle On 34th Street

Gregory Bouak

Gregory Bouak

Contributeur (2010-2012)
Toujours un peu décalé, Grégory écoute de la musique classique à l’âge où les autres écoutent du rock, de la variété, ou rien, ce qui fait qu’à quinze ans, il pense avoir fait le tour de la question et se retrouve tout démuni. Il aime aussi depuis longtemps le cinéma et surtout les Star Wars, les Batman, les James Bond, dont il goûte les musiques avant tout parce qu’elles lui rappellent les films. Un jour, en voyant Stargate, il découvre que les musiques de films peuvent être d’une grande richesse et s’apprécier pour elles-mêmes en écoute isolée, se présentant comme les dignes héritières de son genre de prédilection, la grande musique symphonique telle qu’elle a atteint son apogée à la fin du XIXe siècle. C’est le début d’une longue et belle amitié qui n’a jamais connu de rupture. A partir de 2000, il se met à écrire des articles et des critiques de musique de film pour le site internet TraxZone, puis pour LeFantastique.net et Khimaira Magazine, tous deux spécialisés dans le fantastique, la fantasy et la science-fiction. En parallèle, il publie des articles dans la version papier de Khimaira. En 2006, il crée Horreurs et Merveilles, un blog puis un site consacré aux musiques des films de l’imaginaire. En 2010, suite à un bug irrémédiable d’Horreurs et Merveilles, dont il soupçonne secrètement les membres d’UnderScores d’être les instigateurs afin de l’inciter à rejoindre leur équipe, il accepte avec joie de contribuer au nouveau magazine de référence de la musique de film en langue française, afin de continuer à promouvoir sa passion.
Gregory Bouak