Where The Wild Things Are (Carter Burwell)

Il est libre, Max

Disques • Publié le 07/06/2010 par

Where The Wild Things AreWHERE THE WILD THINGS ARE (2009)
MAX ET LES MAXIMONSTRES
Compositeur :
Carter Burwell
Durée : 26:43 | 12 pistes
Éditeur :
Interscope Records

 

4 Stars

Placé sous les feux de la rampe grâce à Twilight, dont le succès au box-office a rejailli sur la musique, Carter Burwell, homme de collaborations, ne s’est pas pour autant transformé en compositeur de blockbusters. Il s’est plutôt attelé à A Serious Man, son treizième film avec les frères Coen, et à The Blind Side, de John Lee Hancock, pour qui il avait déjà signé The Rookie (Rêve de Champion) et The Alamo (Alamo). C’est ainsi qu’il rejoint tout naturellement Spike Jonze pour Where The Wild Things Are (Max et les Maximonstres), après Being John Malkovich (Dans la Peau de John Malkovich) et Adaptation. De façon inattendue, il partage la vedette avec Karen O (Karen Orzolek, chanteuse du groupe new-yorkais The Yeah Yeah Yeahs déjà présente dans les bandes originales de House Of Wax [La Maison de Cire] et de The Ruins [Les Ruines]), si bien que tous deux sont crédités au même titre au générique en tant que compositeurs du score. Il est alors intéressant de voir à quel point leur travail est complémentaire, de sorte qu’aucun ne peut exister sans l’autre.

 

En effet, les chansons de Karen O confèrent au film une personnalité indéniable en parfaite adéquation avec les images de Spike Jonze : elles sont le reflet des délires présents dans la tête de Max, de ses relations avec sa mère, de ses relations avec les Maximonstres… Tendres, rêveuses, humoristiques, nostalgiques et le plus souvent dionysiaques, interprétées par la voix envoûtante de la chanteuse accompagnée de chœurs d’enfants, elles illustrent la plupart des scènes mémorables du film – poursuites, batailles, conflits, isolement, séparations, voyages – et font preuve d’une belle énergie ainsi que d’un sens de la poésie immédiat et très touchant. Percussions, guitare acoustique et électrique, piano, harmonica, sonorités synthétiques planantes, cris d’enthousiasme et d’excitation, fredonnements, claquements de mains, tout est là pour restituer l’atmosphère unique du film et marquer durablement le spectateur, sans oublier des extraits de dialogues judicieusement choisis.

 

Where The Wild Things Are

 

Sachant que l’album de chansons a été édité en CD et bénéficie d’une visibilité en magasin que n’a pas le score instrumental puisqu’il n’est disponible qu’en téléchargement, quelle est au juste la place de Carter Burwell ? Qu’on se rassure, il n’a pas été oublié. Son travail s’harmonise à merveille avec celui de Karen O : tandis que celle-ci crée l’atmosphère générale dans laquelle évoluent les personnages et les propulse dans une longue série de danses orgiaques, le compositeur de Gods And Monsters va nous inviter à méditer en décuplant l’impact de certains moments forts et en augmentant encore la part de rêve et d’émotion contenue dans les images. Habitué des musiques intimistes, il fait appel à des orchestrations minimalistes à dominante rock, tant pour harmoniser ses compositions avec celles de la chanteuse que par inclination personnelle et parce qu’il est ennemi de l’emphase d’une façon générale. Hormis le très dynamique et explosif Dirt Clod Fight et l’inquiétant Carol’s Dark Night, l’ensemble est à l’image du berçant, hypnotique et jazzy Lost Fur, présent tant dans la compilation de Karen O que dans la sienne.

 

Grâce à son mélange inédit d’orchestre à cordes, de textures électroniques brumeuses et évanescentes, de harpe et de guitare aux sonorités cristallines, de piano et de chœurs, il crée une profonde émotion et surtout une sensation de rêve éveillé particulièrement puissante, au point que l’on a vraiment l’impression de plonger loin en soi et de retrouver les émotions complexes de son enfance, teintées de poésie et de merveilleux. À tout moment, comme dans les excellents Fur et Twilight, on a le plaisir d’entendre le style du compositeur s’affirmer pleinement et se dégager de toute influence, notamment de celle de Thomas Newman, souvent trop présente dans ses partitions. Finalement, si Where The Wild Things Are, le film, n’est hélas pas convaincant, la musique de Carter Burwell, concentré de beauté, de sobriété et d’émotion, est un petit bijou que l’on recommande fortement, au même titre que les chansons de Karen O.

 

Where The Wild Things Are

Gregory Bouak

Gregory Bouak

Contributeur (2010-2012)
Toujours un peu décalé, Grégory écoute de la musique classique à l’âge où les autres écoutent du rock, de la variété, ou rien, ce qui fait qu’à quinze ans, il pense avoir fait le tour de la question et se retrouve tout démuni. Il aime aussi depuis longtemps le cinéma et surtout les Star Wars, les Batman, les James Bond, dont il goûte les musiques avant tout parce qu’elles lui rappellent les films. Un jour, en voyant Stargate, il découvre que les musiques de films peuvent être d’une grande richesse et s’apprécier pour elles-mêmes en écoute isolée, se présentant comme les dignes héritières de son genre de prédilection, la grande musique symphonique telle qu’elle a atteint son apogée à la fin du XIXe siècle. C’est le début d’une longue et belle amitié qui n’a jamais connu de rupture. A partir de 2000, il se met à écrire des articles et des critiques de musique de film pour le site internet TraxZone, puis pour LeFantastique.net et Khimaira Magazine, tous deux spécialisés dans le fantastique, la fantasy et la science-fiction. En parallèle, il publie des articles dans la version papier de Khimaira. En 2006, il crée Horreurs et Merveilles, un blog puis un site consacré aux musiques des films de l’imaginaire. En 2010, suite à un bug irrémédiable d’Horreurs et Merveilles, dont il soupçonne secrètement les membres d’UnderScores d’être les instigateurs afin de l’inciter à rejoindre leur équipe, il accepte avec joie de contribuer au nouveau magazine de référence de la musique de film en langue française, afin de continuer à promouvoir sa passion.
Gregory Bouak